«L’abstrait, c’est un cœur à cœur»

ExpositionFigure de l’art contemporain, Fabienne Verdier dévoile ses réflexions musicales à la Galerie Alice Pauli à Lausanne.

l’énergie de l’ondoiement traverse les grands formats de Fabienne Verdier qui revient pour la troisième fois chez Alice Pauli à Lausanne.

l’énergie de l’ondoiement traverse les grands formats de Fabienne Verdier qui revient pour la troisième fois chez Alice Pauli à Lausanne. Image: FLORIAN CELLA

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Tout oublier. Ses savoirs, ses certitudes. Tout oublier, plonger et recommencer… Adepte de la chute libre en art, Fabienne Verdier se met en danger et se vivifie dans les abîmes. A 22 ans, déçue, elle quitte la France pour une année de voyage initiatique en Chine. La discipline calligraphique et les infiltrations spirituelles dans l’art la retiendront dix ans. A 47, figure de l’art abstrait, elle remonte le cours de l’histoire de l’art pour filtrer le souffle du siècle d’or flamand. A 53, c’est une recherche d’intériorité et une vibration inédites qu’elle accroche à la Galerie Alice Pauli à Lausanne. Encore une! Une immersion dans le sublime des territoires inconnus.

«Pour se connaître, glisse-t-elle, il faut oser la polyphonie. J’avais, jusqu’ici, une vision esthétique très minimale. Pour moi, un trait pouvait parler de toutes les formes et puis j’ai osé écouter les voix entremêlées pour laisser éclater les énergies en canon.» Accords toniques, gestes psalmodiés, reliefs qui chantent… un nouveau vocabulaire émaille le discours de l’artiste. Avec dans son sillage l’exaltation d’une renaissance picturale vécue avec et par la musique. «A l’automne-hiver 2014, j’ai été invitée en résidence à la Juilliard School à New York, dans l’idée de déranger l’ordre des choses établies dans les univers visuels et musicaux. Le résultat m’a bouleversée, je pleurais tous les jours, confie-t-elle. Je peignais, les musiciens composaient, mais nous n’avons pas traduit nos langages, nous ne les avons pas superposés, nous avons laissé naître intuitivement un métalangage.»

Pour révéler cet autre sensible, les grands formats de Fabienne Verdier accrochés à Lausanne traversent plusieurs transparences, plusieurs rideaux de sens. Plus tactiles, plus viscéraux, plus symphoniques. «Marches peintes» bleues, rouges ou vertes scandées de cursives et de fulgurances noires, l’ensemble magnétise. Il appelle. Il ondoie. Il ébranle. Variable d’écritures sensorielles, il parle sans avoir à mettre de mots. «L’abstraction, c’est un cœur à cœur entre l’artiste et le spectateur», plaide Fabienne Verdier. A elle… on ose demander sa définition de l’abstraction sans craindre une réponse excluante. «C’est être capable de suggérer, c’est faire d’un rien une réminiscence. L’abstraction, poursuit-elle, c’est établir un échange poétique. Par contre, dès qu’on veut faire de l’art, on part mal! Dommage que le terme ait été perverti, l’échange de spiritualités, c’est pourtant la plus belle chose qui soit. Mais il est précédé d’un immense travail pour que la peinture soit capable de parler d’elle-même.»

Dans son atelier sur mesure où elle peint à la verticale avec un pinceau pesant jusqu’à 60 kilos qu’elle dirige avec un guidon de vélo, Fabienne Verdier impose son rythme: le fil du rasoir. Et… sa manière: un temps de travail éperdument monacal susceptible de durer plusieurs années. «Un jour, j’ai rencontré Alice Pauli. Elle m’a dit: «Enfermez-vous, ne vous occupez plus de rien.» Elle a tenu parole, elle m’a fait entrer chez les plus grands collectionneurs (dont la prestigieuse Fondation Hubert Looser déposée au Kunsthaus de Zurich, ndlr), j’ai tenu la mienne. Sans elle, je ne serai pas là.»

Là… où «peu de peintres se sont risqués», constate Daniel Abadie, l’ancien conservateur au Centre Pompidou à Paris qui signe l’accrochage lausannois. «Depuis ses débuts, tout son travail est fondé sur des mémoires visuelles, là Fabienne Verdier mène une réflexion sur le phénomène musical, elle cherche dans la musique la possibilité de visualiser quelque chose qui n’est pas concret. On est beaucoup plus loin dans la réflexion abstraite et, en même temps, on garde un lien avec la réalité.»

Lausanne, Galerie Alice Pauli Jusqu’au sa 25 juillet, du ma au sa. Rens.: 021 312 87 62 www.galeriealicepauli.ch (24 heures)

Créé: 09.05.2015, 15h24

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