Accrochage et le Prix Manor font le coup du vide au Musée cantonal des beaux-arts

ExpositionEntre la salle déserte d’Annaïk Lou Pitteloud et les colifichets contemporains, il faut chercher les œuvres valides. Mais il y en a. Critique.

Avec le Prix culturel Manor Vaud 2016, Annaïk Lou Pitteloud, il ne reste plus qu’à lever les yeux au ciel et tenter d’apercevoir un infini qui s’échappe.

Avec le Prix culturel Manor Vaud 2016, Annaïk Lou Pitteloud, il ne reste plus qu’à lever les yeux au ciel et tenter d’apercevoir un infini qui s’échappe.

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A visiter la treizième mouture d’«Accrochage», exposition annuelle consacrée à la scène artistique vaudoise, il est tentant de rouvrir le procès de l’art contemporain. Les impasses et les insignifiances du genre se bousculent en effet au Musée cantonal des beaux-arts, dispensant largement de quoi alimenter les arguments de ses contempteurs qui ne voient en lui qu’un système en circuit fermé, destiné aux spécialistes et aux collectionneurs. Il y a de quoi s’inquiéter puisque les 28 artistes exposés sont issus d’une «sélection sévère» – selon les mots de la conservatrice Nicole Schweizer – effectuée parmi 208 dossiers de candidatures.

Les monochromes, fussent-ils le produit d’un calotype et portant la trace manuelle de leur auteur, peinent à faire frémir. Les tapisseries criardes et lacunaires, même portant le terme de «cannibale» dans leur titre, ne parviennent pas à dissiper l’impression qu’elles ont été achetées dans un magasin de souvenirs mexicain (d’où sont peut-être aussi issus les colifichets de shamanisme plastifiés de la salle suivante). Le ficus sur lequel s’appuie une plaque de plexiglas attirera peut-être l’attention de vegans intégristes qui viendront à son secours et le banc en Sagex faussement marbré muni d’une discrète tuyauterie vous laissera probablement assis, à moins de vouloir plonger dans l’écran d’une performance de natation dans le lac de Joux…

Le pompon de l’imposture et de la vacuité délibérée revient toutefois à Annaïk Lou Pitteloud, Prix culturel Manor Vaud 2016 avec sa «pièce» The Piece Outside qui ne fait donc pas partie d’«Accrochage». Il s’agit tout bonnement d’une salle de Rumine déserte dont l’ouverture de la verrière du plafond laisse filtrer l’air extérieur. Pour ceux que cela intéresse, la température y est d’un peu moins de 12 C° – de quoi rafraîchir les esprits enfiévrés par la chaufferie conceptuelle environnante… Pour rappel, Yves Klein exploitait le vide, dans l’exposition du même nom, en 1958 déjà et ses suiveurs, relativement nombreux des années 1960 à 2000, ont souvent peiné à améliorer la qualité d’un néant vendu à prix d’or. Pour Annaïk Lou Pitteloud – qui n’exclut pas la possibilité de vendre sa création –, l’œuvre pourrait susciter un sentiment «d’abandon». On ne saurait mieux dire, l’art et la raison sont ici encore les grands absents… Les courants d’air en profitent.

Voilà pour un petit aperçu, au fond assez comique, des enjeux très faibles dans lesquels se débat notre scène contemporaine. Le Prix du Jury 2014, Anne Hildbrand, ne relève que modestement le niveau, même s’il faut lever les yeux pour contempler son mobile géométrique de couleur crème tournoyant.

Du vide au plein

Tout n’est pourtant pas vain dans cette cuvée d’«Accrochage». Tout n’est pas vide non plus à l’image du Slip Form de Tarik Hayward, un rouleau de terre compressée que l’on pourrait confondre avec un poteau télégraphique couché sur le plancher. S’il révèle sa nature réelle, c’est pourtant par accident, puisque brisé à l’une de ses extrémités il relâche ses entrailles de glaise. Heureuse brisure, mais involontaire.

Les photographies très plasticiennes de Virginie Rebetez méritent largement le détour et magnifient l’étrangeté de ces rituels d’emballement de pierres tombales en Afrique du Sud. Les peintures de bout de santiags de Vincent Kohler agrémentent leur vérisme d’une pointe d’humour encore accentuée par son chapeau de cow-boy débordant de cactus de verre. Réminiscence pop amusante.

A glaner dans les coins, il est loisible de se perdre en fascination devant les graphies en rouge et bleu de Nathalie Perrin, qui déploie toute une constellation de références, sur des chemins de fourmis qui peuvent vous mener de Francis Ford Coppola à Leonard Cohen.

Créé: 21.01.2016, 19h37

L'exposition

Lausanne, Musée cantonal des beaux-arts
«Accrochage [Vaud 2016]»
Jusqu’au lundi 6 mars
Rens.: 021 316 34 45
www.mcba.ch

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