L’actrice Capucine devient un personnage de roman

LittératureAvec pudeur et élégance, Blaise Hofmann a choisi pour héroïne de fiction une belle étoile du cinéma hollywoodien tombée dans l’oubli. Elle s’est suicidée il y a 25 ans à Lausanne.

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Un visage marmoréen, un regard éperdu et éblouissant de bichette, mais vide, ou toujours absent. Et une majesté naturelle qui fit d’elle un mannequin de premier choix pour Dior, Balmain ou Givenchy. Telle fut Capucine (1928-1990), Germaine Lefebvre de son vrai nom. Une des plus grandes beautés de Hollywood au cap des années 1950, qui fut dirigée au cinéma par un George Cukor, un Joseph Mankiewicz. A Cinecittà, elle subit la houlette de Fellini. Elle eut, entre autres partenaires, John Wayne, David Niven, Jane Fonda, Romy Schneider, Woody Allen, Alain Delon et Paul Belmondo.

Puis, soudain, elle tomba dans l’oubli, ne conservant que très peu d’amitiés anciennes depuis son installation en 1975 à Lausanne, dans le quartier Sous-Gare. Sa seule confidente de ce monde dont elle était exclue était la généreuse Audrey Hepburn, qui, elle, vivait à Tolochenaz, sur La Côte. Ces deux déesses du septième art communiquèrent souvent par téléphone. Puis, un vilain 20 novembre 1990, la toujours belle, mais trop déprimée Capucine, née à Saint-Raphaël dans une famille de bourgeois toulonnais, se jeta dans le vide – en une éternité à laquelle elle ne croyait peut-être plus. Son balcon se trouvait au 8e étage d’un immeuble du chemin de Primerose.

Autodérision tragique

La complexité mordorée de ce personnage a séduit le romancier lausannois Blaise Hofmann, auteur de très bons récits de voyage, dont l’un, intitulé Estive, fut couronné en 2008 à Saint-Malo, par le Prix Nicolas Bouvier (son modèle littéraire aux semelles de vent). Parues l’an passé, ses Marquises ont confirmé qu’il a un vrai bagout de conteur.

Un quart de siècle après le suicide de Capucine, sa vie inspire un roman où elle s’exprime à la première personne. Dans un chapitre sur deux, elle dialogue avec son double, comme pour un journal intime imaginaire. Dans les autres, c’est un narrateur investigateur de l’an 2015 qui parle, décrivant les diverses étapes de la vie de son héroïne. Cette alternance classique entre des «je» et des «elle» a été jugée maladroite par quelques comptes rendus littéraires. Le soussigné la trouve plutôt réussie. Ne serait-ce que pour cette kyrielle de questions sans réponses que l’enquêteur se pose avec une autodérision tragique: «Pourquoi revisiter la vie d’une morte? Pourquoi remettre en scène cette femme qui n’a déjà fait qu’être scénarisée de son vivant?»

Icône abandonnée

Il lui confère pourtant des pensées raffinées, hautes en couleur et parfois piquantes: «Je jouais les femmes fatales. Mes couples se faisaient, se défaisaient, je devins une croqueuse d’hommes, glamour, insolente. Je dénudais une épaule, j’apprenais le regard de braise.»

On aime autant les termes pudiques qui décrivent les derniers instants de Capucine: «Elle ne s’endormira pas sur le canapé, elle ira jusqu’au bout, elle filera comme une étoile, fatiguée de voler à contrevent, elle fera la comète, trois ou quatre secondes seulement.»

Blaise Hofmann a-t-il seulement voulu redorer une icône que l’histoire a abandonnée? Non, il a rallumé une étoile, une star française revenue tristement des USA. Et, en exergue du récit, il y a cette belle observation astronomique, que ne désavouerait pas Patrick Modiano: «Une étoile, le temps que sa lumière vous parvienne, elle a disparu.» (24 heures)

Créé: 07.10.2015, 08h12

Infos pratiques

«Capucine»
Blaise Hofmann
Ed. Zoé, 212 p.

Lausanne, Cinémathèque suisse
«Hommage à Capucine (1928-1990)», en sept films signés Federico Fellini, George Cukor, Blake Edwards ou Joseph L. Mankiewicz.
Jusqu’au ve 24 octobre.
www.cinemathequesuisse.ch

Morges, Musée Alexis-Forel
Exposition «Qui se souvient encore de Capucine?»
Me à di, de 14 h à 18 h
jusqu’au di 6 décembre
www.museeforel.ch

Un billet d’entrée à l’une des manifestations donne un accès gratuit à l’autre.

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