Alain Bagnoud fait revivre le blues et une galaxie de figures des années 70

LittératureAvec Rebelle, nominé pour le Prix des lecteurs de la ville de Lausanne, l’auteur plonge dans une époque dont il est un peu nostalgique, forcément.

Le Valaisan installé à Genève Alain Bagnoud est en lice pour le Prix des lecteurs de la ville de Lausanne avec son roman <i>Rebelle</i>.

Le Valaisan installé à Genève Alain Bagnoud est en lice pour le Prix des lecteurs de la ville de Lausanne avec son roman Rebelle. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Alain Bagnoud a toujours aimé le blues. Il en joue depuis longtemps. Ce Valaisan de 59 ans installé depuis la vingtaine à Genève s’est d’ailleurs produit dans un groupe de rhythm’n’blues et de folk. Cela devait bien lui inspirer un jour ou l’autre un roman. C’est chose faite avec Rebelle, son quatorzième livre, paru en 2017 aux Éditions de l’Aire, en lice pour le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne. Auteur de romans (La proie du lynx), d’autofictions (Le jour du dragon), d’essais tels que Saint Farinet, il avait envie après L’affaire Giroud et le Valais, son dernier ouvrage sorti en 2015, de se lancer dans «quelque chose d’un peu plus léger».

«Je suis fan du guitariste de blues Rory Gallagher, mort en 1995 après une transplantation du foie. Je me suis mis à réécouter ses disques, et je me suis toujours demandé ce qu’il serait devenu s’il était toujours vivant.» Probablement une sorte de Bob Marques, vieille gloire surgie dans la nuit devant les yeux ébahis de Jérôme, alors qu’il sort d’un bar de Saint-Luc, dans le val d’Anniviers. Guitariste de rock et journaliste culturel en passe de perdre son travail, le jeune homme est venu soigner son blues à la montagne.

L’apparition du vieux guitariste fait ressurgir ces années 70 qu’il n’a pas connues, mais dont lui a beaucoup parlé sa mère Luce, la rebelle qui donne son titre au roman. Luce, féministe qui a voulu s’affranchir d’une éducation bourgeoise. Luce et ses amants. Luce qui a choisi d’élever son enfant seule. Luce qui connaît l’identité du père de son fils, mais ne veut pas le lui dire, pense ce dernier.

Une époque pour laquelle Alain Bagnoud avoue une certaine nostalgie: «Il y avait dans les années 70 un optimisme extraordinaire, avec cette sorte de certitude que tout allait toujours aller mieux. Aujourd’hui, les jeunes s’attendent au pire.» Quand il évoque la jeunesse actuelle, cet enseignant de français et littérature en école de culture générale depuis trente ans sait de quoi il parle. Sans compter ce qu’il a observé chez ses quatre enfants, âgés de 23 à 30 ans. Mais il se méfie aussi du «c’était mieux avant»: «Il ne faut pas idéaliser cette sorte de liberté de l’époque. Il y avait tout un conformisme de groupe. C’était politiquement très carré, il fallait choisir son camp.»

«Il faut s’arranger avec le réel»

En remontant la trace du père, le roman convoque une galerie de figures masculines, et s’interroge sur ce qu’ils sont devenus. «Ce n’est pas un livre psychologique, plutôt un roman balzacien avec des types de personnages, pour décrire une société, et non pas des sentiments personnels.» Pour sa part, plus il vieillit et moins il croit aux idéaux: «Il n’y a pas de système politique parfait, il faut bricoler, s’arranger avec le réel.» Il le dit sans amertume. Tout comme il concède en riant avoir rêvé de devenir Proust, à l’image de l’un de ses personnages, l’écrivain Joseph Dalin: «Ce n’est pas un échec, puisqu’il a continué à écrire et a connu un joli succès d’estime.»

Alain Bagnoud aime «tripoter» ses textes, les remanier. S’agissant de ses personnages, il dit «je crois». Luce sait-elle qui est le père de son enfant? Il a son idée mais préfère laisser le lecteur se faire son opinion. Si le Valais apparaît épisodiquement dans Rebelle, l’auteur originaire de Chermignon craint de n’avoir pas fini d’écrire sur son canton d’origine. S’il y passe trois mois par an, il se trouve très bien à Genève: «Être à l’extérieur du Valais permet de pouvoir en dire des choses.» Quant à la musique, elle n’est jamais loin. Il suffit de lire ces pages évocatrices où Jérôme accompagne Bob Marques en répétition et en tournée. (24 heures)

Créé: 08.02.2018, 10h20

Un récit évocateur et captivant

Dans Rebelle (Éd. de l’Aire), Alain Bagnoud installe son narrateur dans une double temporalité. Jérôme, ses rêves de gloire avec son groupe de rock rangés avec sa guitare, évolue avec son temps, ses problèmes très concrets comme un licenciement, une rupture, une nouvelle relation avec une fille engagée dans une secte. Ce qui constitue d’ailleurs le prétexte à une peinture savoureuse de son gourou.

Des idéaux, Jérôme semble ne pas en avoir, tant l’occupe la quête du père. Sa mère restant obstinément muette sur le sujet, il mène l’enquête auprès des candidats potentiels.

Il y a le bluesman Bob Marques, l’écrivain de gauche Joseph Dalin, soupçonné publiquement d’antisémitisme pour avoir vanté le talent de Céline, ou encore l’ex-gauchiste Franck Rivet devenu politicien de droite.


Le narrateur retrouve aussi son grand-père, un notable sévère que sa mère n’a jamais voulu lui présenter. Revit alors toute une époque. Sans angélisme, avec ironie souvent, le roman interroge les idéaux essorés avec le temps. Un récit fluide aux phrases minutieusement construites, comme pour dire que le réel ne se laisse pas réduire aux idéaux.


Lausanne Palace et Spa
Apéritif littéraire en présence de l’auteur
Sa 17 février dès 11 h, entrée libre sur inscription à prixdeslecteurs@lausanne.ch
www.lausanne.ch/prixdeslecteurs

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