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«Alice au pays des merveilles» ressort de son terrier magique

En 1974, Nicole Claveloux donnait sa version du classique de Lewis Carroll. Furieusement moderne.

Drôle de numéro que Nicole Claveloux, artiste d’avant-garde dans les années 1970, dont la stupéfiante modernité séduit toujours. À 79ans, la «vieille dame indigne» peut se targuer d’avoir illustré nombre de contes pour enfants tout en allant s’encanailler dans des revues défricheuses comme «Métal hurlant», «Charlie Mensuel» ou le féministe «Ah! Nana», voire, plus tard, aux Humanoïdes Associés. C’est à cette période, en 1974, forte d’une réputation sulfureuse d’«illustratrice qui fait peur aux enfants», qu’elle produit son «Alice au pays des merveilles».

L’album fit sensation; il se range désormais dans les classiques de la littérature jeunesse. Près d’un demi-siècle plus tard, l’Auvergnate donne suite sans jamais donner l’impression d’une rupture, tant «De l’autre côté du Miroir et ce qu’Alice y trouva» échappe au carcan temporel. Même si le Lapin blanc ne consulte pas sa montre à gousset dans cet épisode.

À ce Five o’Clock surréaliste, Tweedledum et Tweedledee, encore rebaptisés Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, Tralalère et Tralali, se taillent en revanche de belles tranches de cake. À croire même que le réalisateur Tim Burton, lui aussi doté d’un imaginaire biscornu, y est allé piocher quelques idées en 2010, lorsqu’il adapta à son tour le classique de Lewis Carroll. Pour mémoire, la fable datée de 1862, alors que Sigmund Freud publie «L’interprétation des rêves», a inspiré une kyrielle d’artistes.

Exemple significatif: aux délicates versions de John Tenniel ou Arthur Rackham du début du siècle vinrent s’ajouter sans forcer le trait les chromos plus subversifs de la génération LSD. Car dans ce stock de fantasmes traîne partout le bagage paradoxal de Lewis Carroll, professeur féru de logique, pasteur à la sexualité réprimée, photographe fasciné par la nudité. Pas de quoi effrayer Nicole Claveloux, qui aime rappeler la formule de Jean Cocteau: «Les histoires érotiques sont les contes de fées des grandes personnes.» D’ailleurs l’octogénaire ne boude pas les plaisirs graphiques polissons, voire franchement érotiques.

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