«L’année phénoménale» du Béjart Ballet Lausanne

RétrospectiveDix ans après la mort de Maurice Béjart, la compagnie dirigée par Gil Roman, fils spirituel du chorégraphe, n’a rien perdu de son éclat. Et continue à faire rayonner très loin le nom de Lausanne.

Depuis dix ans, Gil Roman préside à la destinée du Béjart Ballet Lausanne, créé il y a trente ans par le chorégraphe disparu en 2007.

Depuis dix ans, Gil Roman préside à la destinée du Béjart Ballet Lausanne, créé il y a trente ans par le chorégraphe disparu en 2007. Image: LIEVEN VAN ASSCHE/AFP

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Deux mille cinq cents paires de chaussons usées en 2017 par les 44 danseurs du Béjart Ballet Lausanne (BBL). Quatorze ballets différents présentés au cours des douze derniers mois, dont La flûte enchantée, recréée en juin passé. Au total, la compagnie a assuré 66 représentations dans 11 pays et 21 villes, de la Belgique à la Russie, de Madrid à Beyrouth, d’Athènes à Shanghai ou Tokyo en passant par Zurich et Mézières. Devant 500, 1000, 2000 et parfois même 4000 spectateurs par représentation. C’était le cas à Hérode Atticus, en Grèce, où les ovations du public ont montré à quel point la ferveur qui entoure le chorégraphe, son œuvre, ses interprètes est toujours intacte.

Avec Dixit – la nouvelle production qui rend hommage au Marseillais arrivé il y a trente ans dans la capitale vaudoise et mélange danse, théâtre et cinéma –, le BBL, créé en 1997, a bouclé la semaine passée à Beaulieu son année jubilaire. Celle-ci avait débuté en décembre 2016 à Lausanne, avec la création par Gil Roman de t ‘M et variations…, un ballet imaginé comme un journal intime du BBL où «les pas sont autant de mots adressés à Maurice».

Ces chiffres donnent le tournis. 2017 est pourtant une année tout à fait ordinaire lorsque l’on arrête le bilan et ses compteurs. Mais ces douze mois deviennent «extraordinaires» à entendre Gil Roman tourner les pages de l’album. «Avec trois créations personnelles et les ballets de Maurice, la première partie de saison a été carrément phénoménale», ose le directeur artistique. Fort du souvenir du maître qu’il perpétue depuis dix ans, il cultive son répertoire en faisant ressurgir sur scène grands et petits ballets imaginés par le chorégraphe en cinquante ans de carrière. Et, avec ses propres chorégraphies ou des invitations faites à d’autres artistes, il écarte la compagnie d’un formol dans lequel elle aurait pu glisser une fois son père fondateur disparu.

Quelque chose de vivant

«Le BBL est une compagnie de création, qui se sert de son répertoire afin de s’ouvrir de nouveaux horizons artistiques, rappelle le passeur de témoin. Ma mission consiste à voir comment l’on peut utiliser ce que nous avons reçu de Maurice, des ballets parfois inscrits dans leur époque, pour proposer quelque chose de vivant, d’intéressant pour le public d’aujourd’hui et de stimulant pour les danseurs.» Des danseurs qui, pour la plupart, ont rejoint le ballet après la disparition de Béjart. «Rares sont ceux qui ont eu l’opportunité de le côtoyer de son vivant. Aujourd’hui dans la troupe, ils ne sont plus que trois ou quatre «anciens» à avoir véritablement travaillé avec lui.» Quelques-uns l’ont connu parmi la quarantaine d’employés ou de temporaires, des techniciens ou membres du personnel administratif, qui gravitent autour du BBL et de l’École-Atelier Rudra Béjart. Une petite entreprise qui, contrairement à d’autres grandes compagnies d’État subventionnées, doit amener elle-même du beurre dans ses épinards. Faire fructifier son héritage artistique tout en complétant les revenus assurés à hauteur de 5,2 millions de francs par la Ville de Lausanne, sur un budget annuel de 13 millions.

Mais derrière ces «affaires courantes» et l’énergie déployée par Gil Roman depuis qu’il a repris les rênes du BBL, il y a surtout une magie qui donne encore et toujours son envol au BBL: le culte voué, aux quatre coins du monde, à l’œuvre de Béjart. Une admiration que le temps n’estompe pas. «Il y a une évidence que l’on vérifie à chaque représentation, observe Gil Roman malgré les goûts variés de chacun, face à un ballet de Maurice, le public ressent et reçoit une émotion profonde. Certains passages peuvent être ratés, comme il le reconnaissait lui-même, mais quoi qu’il en soit, sa danse finit toujours par emporter.» Et cela dure depuis 1966, lorsque le jeune chorégraphe a fait son entrée fracassante dans le monde de la danse avec sa Symphonie pour un homme seul.


Le mot de l’année: Le «texte» relance le débat entre anciens et modernes

C’est le mot qui a traversé l’année théâtrale 2017, animant d’un bout à l’autre la polémique lancée, le 13 mai, par Jean-Luc Borgeat. Dans les colonnes de 24 heures, le comédien lausannois a dénoncé la ligne artistique très contemporaine qui prévaudrait dans la capitale vaudoise, approuvé dans sa démarche par d’autres metteurs en scène et comédiens vaudois. Dans son viseur? Le Théâtre de Vidy et des scènes institutionnelles qui verseraient trop vers «les formes performatives, vers un genre qui devient de plus en plus un «merchandising» de prestige, ne s’adresse qu’à une élite et n’hésite pas à malmener avec violence le spectateur. (…) Nous sommes beaucoup à avoir l’impression que les propositions qui reposent encore sur le texte sont en train d’être repoussées des scènes institutionnelles vers les scènes alternatives, comme si l’on faisait table rase du passé.» Sur Internet comme dans les médias, très vite les esprits s’échauffent. Et la polémique prend la forme d’une querelle entre anciens et modernes autour des formes scéniques contemporaines, de la tradition et du théâtre de répertoire mais aussi des investissements réalisés par la Ville pour défendre tous les genres ou de la place faite aux créateurs locaux. Mis en cause, le directeur du vaisseau amiral de la création romande réplique: «Dire qu’il n’y a pas de texte à Vidy, c’est ne pas prendre la peine d’ouvrir le programme ni de venir découvrir les spectacles à l’affiche. Cette saison, nous avons présenté Molière, Lessing, Shakespeare…», répond Vincent Baudriller, convaincu que le théâtre doit s’inventer et se réinventer sans cesse. Au sujet de la baisse de fréquentation qui toucherait Vidy, c’est le syndic, Grégoire Junod, qui riposte: «Il y a un public qui aujourd’hui réunit quatre générations… avec des spectacles qui affichent un taux de remplissage de plus de 80%», explique-t-il aux conseillers communaux.

Créé: 28.12.2017, 07h09

Points forts


26 février
L’incroyable success story qui a débuté au Festival de Cannes 2016 amène Ma vie de Courgette à Hollywood. Le film d’animation rentrera bredouille de la soirée des Oscars mais avec les honneurs d’avoir porté loin le talent de son réalisateur, le Valaisan Claude Barras.

13 avril
Point culminant des festivités du 500e anniversaire de la Réforme, la création en avril à Lausanne de La Passion selon Marc – Une passion après Auschwitz de Michaël Levinas a marqué les esprits par l’audace symbolique du propos et par la force d’une musique savante et bouleversante, réunissant juifs et chrétiens autour d’un meurtre individuel et collectif. L’OCL et l’EVL ont fait rayonner cette œuvre à Genève, à Fribourg et à Strasbourg.

18 juillet
Si longtemps espérés, finalement à l’affiche du 42e Paléo, l’excitation était à son comble. Mais en livrant une prestation qui ne fait pas l’unanimité, les Red Hot Chili Peppers ont laissé des espoirs déçus et un débat sur l’Asse.

17 août
Soupçons de conflit d’intérêts. En juillet, la polémique a éclaté autour de l’accession (plébiscitée par le Conseil d’État) de l’ancienne ministre de la Culture, Anne-Catherine Lyon, à la présidence de la Fondation pour le Musée cantonal des beaux-arts. Le musée est intégré au projet Plateforme10, présidé par Chantal Prod’hom, proche de la socialiste. Le 17 août, la politicienne – non reconduite par son parti pour les dernières élections cantonales – renonce finalement à sa nouvelle charge. Pendant ce temps-là, le chantier de construction du côté de la gare se poursuit.


22 novembre
Ai Weiwei glisse son art de le dire – aussi esthétique que polémique – dans l’ensemble du Palais de Rumine. Une venue événementielle à Lausanne qui clôt le programme du MCBA dans ses murs en même temps qu’une année riche pour les institutions lausannoises avec notamment l’exposition inédite «Gus Van Sant», encore en cours à l’Élysée, ou l’accrochage des chefs-d’œuvre de la collection Bührle qui a accueilli 90'000 visiteurs en sept mois.

La culture en deuil


L’année 2017 aura été marquée par la disparition de grands noms de la littérature, du cinéma ou de la musique, avec en point de mire le deuil national décrété par la France au décès de Johnny Hallyday, le 6 décembre, à 74 ans.

Le chanteur adulé par les foules a rejoint les comédiens Emmanuelle Riva (27 janv, 89 ans), Victor Lanoux (4 mai, 80 ans), Claude Rich (20 juil, 88 ans), Jeanne Moreau (31 juil, 89 ans), Mireille Darc (28 août, 79 ans), Jean Rochefort (9 oct, 87 ans) et Danielle Darrieux (17 oct, 100 ans), Robert Hirsch (16 nov, 92 ans) ou encore Roger Moore (23 mai, 89 ans) et Jerry Lewis (20 août, 91 ans). Sont également décédés: le père de la musique électronique Pierre Henry (5 juil, 89 ans), le guitariste Chuck Berry (18 mars, 90 ans), le chanteur Al Jarreau (12 fév, 76 ans), les écrivains John Berger (2 janv, 90 ans), Max Gallo (18 juil, 85 ans) et Jean d’Ormesson (5 déc, 92 ans), l’homme d’affaires et mécène Pierre Bergé (8 sept, 86 ans) ou encore, dans le canton de Vaud, l’homme de culture et fondateur du Musée de l’Elysée, Charles-Henri Favrod (15 janv, 89 ans), le sculpteur Zaric (22 août, 56 ans) le photographe Marcel Imsand, (11 nov, 88 ans), le metteur en scène Pierre Bauer (5 déc, 71 ans) et le peintre Walter Mafli (11 déc, 103 ans).

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