Les archéologues syriens appellent à l'aide

PatrimoineLa guerre civile et les destructions de Daech ont mis en péril ce qui reste de l'héritage culturel millénaire syrien. A Lausanne, l'ancien directeur adjoint du Musée d'Alep fait un constat dramatique.

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«Voici la dernière carte sur la situation en Syrie. J’en utilise une nouvelle à chaque présentation. Alors ici il y a les rebelles, là il y a le régime, ici les Kurdes… Depuis le début du conflit, personne n’a vraiment pensé aux humains. Alors les pierres, évidemment non plus. On est pourtant en situation d’urgence absolue.»

Mohamad Fakhro, le ton un peu désabusé, était de passage à Lausanne mardi soir pour évoquer l’autre drame que vit la Syrie depuis 2011. Celui d’une destruction démesurée de son patrimoine plusieurs fois millénaire.

L’ancien directeur adjoint du Musée des antiquités d’Alep est réfugié à l’Université de Berne et réside en Allemagne depuis 2014. «70% de la ville d’Alep sont détruits. Le musée n’a plus de vitrines et ses caves sont inondées. Par chance, nous avons pu sauver 90% de la collection, ce qui n’a pas été le cas ailleurs.» Resté dans la zone contrôlée plus ou moins par le régime, cet archéologue a vu des collègues se faire blesser par des tirs de mortiers, et des sites entiers se faire rayer de la carte en quelques heures.

«On a beaucoup parlé de Palmyre, poursuit Mohamad Fakhro, mais il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas. Des collections ont disparu, plus de 15 000 tablettes datant des débuts de l’écriture. Le pillage est hors de contrôle, quand il n’a pas été organisé par des groupes mafieux. Des zones entières sont définitivement perdues… j’ai même découvert des objets de sites que j’avais fouillés dans des boutiques à Bâle.»

Pour l’ancien directeur, le risque est désormais de voir le patrimoine être détruit une nouvelle fois: «Les gens reconstruisent des bâtiments et des monuments comme ils peuvent, en retaillant les pierres ou avec du béton. Ce sont des dégâts irréversibles, quand il n’y a pas des travaux à visée politique. Il faut vraiment tout arrêter, réfléchir, mettre en place des coordinations internationales et former des spécialistes. C’est notre héritage. C’est aussi là que l'avenir du pays est en jeu.»

Créé: 20.02.2019, 11h46

Mohamad Fakhro, ancien directeur adjoint du musée des antiquités d'Alep, était de passage à Lausanne pour une conférence sur le patrimoine Syrien, encore plus en danger maintenant que durant le conflit selon lui. (Image: Patrick Martin)

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