Artiste au long cours, il ne restera pas à quai

PortraitLe chanteur et comédien Pascal Parizot incarne une Zaza fellinienne dans "La cage aux folles" jouée chez Barnabé.

Pascal Parizot incarne Zaza dans

Pascal Parizot incarne Zaza dans "La Cage aux folles", qui se joue au Théâtre Barnabé à Servion jusqu'au 24 février. Image: ODILE MEYLAN

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«Pascal sourit trop, il n’arrivera à rien dans la vie!» Assénée avec la bienveillance d’un rouleau compresseur, cette phrase du chef de son père a marqué le chanteur et comédien de Corsier-sur-Vevey quand il avait 10 ans. «J’ai été secoué, mais cela n’a pas entamé mon envie de sourire à la vie, au contraire. C’est une force qui m’a aussi permis de me former plus tard au yoga du rire.» La gentillesse de Pascal Parizot illumine son visage, souligne sa bienveillance, lui qui à 6 ans disait bonjour à tout le monde et qui aujourd’hui porte avec plaisir le cabas des vieilles dames. «La courtoisie met du liant dans une société où tout est heurté. J’aime aider les autres au quotidien. Cela me rend heureux.»

Récemment, son bonheur est venu d’ailleurs. Depuis novembre, il est Zaza dans La cage aux folles monté au Théâtre Barnabé de Servion. «Il a quelque chose de fellinien dans sa manière d’aborder le personnage», note, admiratif, l’hôte de la maison, Barnabé lui-même. Si le comédien est flatté par le compliment, il reste modeste. «Je ne dis jamais que c’est moi qui entre dans le rôle, c’est le rôle qui entre en moi. Il se construit par couches. Il infuse. Dès que mon maquillage est terminé, je suis Zaza…» Personnage haut en couleur, rendu célèbre par Michel Serrault, Albin versus Zaza est le rôle le plus important de sa carrière. «Il est arrivé au moment où je songeais à arrêter le métier à force de galères.» Endetté et désargenté, Pascal Parizot est la figure de l’artiste angoissé par des lendemains qui ne chantent pas, mais qui sur scène est capable de faire oublier tous les soucis des spectateurs. «C’est paradoxal, je suis venu m’installer à Corsier par attachement au personnage de Charlot en pensant qu’il allait me porter chance.» Devant son aquarium, son seul luxe dans le petit appartement qu’il occupe, il avoue que sa timidité lui a joué des tours. «J’ai du mal à me vendre. Un manque de confiance que je tiens de mon enfance. L’école a été pour moi un gros traumatisme qui me poursuit encore aujourd’hui. À l’époque, on m’avait mis dans la rangée des ânes sans déceler que j’avais d’autres capacités que celles purement scolaires.»

Une famille à la fibre artistique

Alors qu’il rêve d’être archéologue, Pascal Parizot devient électricien. Après un passage rapide dans la marine française, où il entre sur les conseils de son grand-père, il va enchaîner les petits boulots avant d’abandonner son dernier métier d’assureur-vie à 38 ans, pour se consacrer pleinement à la comédie. «Mes parents m’ont soutenu. Il y a une fibre artistique dans la famille, tout le monde aime chanter. J’admirais mon grand-père cheminot qui avait été corps franc pendant la Seconde Guerre mondiale, faisant dérailler des trains allemands. Il était aussi artiste, un voltigeur aveugle, c’est-à-dire porteur d’un acrobate non voyant et chanteur sur les marchés.» Amateur d’accordéon, son père Michel aurait lui aussi voulu s’adonner à sa passion. «Adolescent, il a dû vendre son instrument lors de la construction de la maison familiale… Il nous a quittés quelques jours après ma première au Théâtre Barnabé. Je suis heureux qu’il soit parti dans une période où il a pu être fier de moi.»

Croyant, Pascal Parizot est devenu mormon à l’âge de 22 ans. Il en a gardé les valeurs. Formé au chant classique au Conservatoire de musique de Sion, ancien choriste du Chœur de l’Opéra de Lausanne, il a aussi été soliste dans le groupe de gospel Madrijazz. «Je crois que la voix peut adoucir les peines. J’ai créé Requiema, qui offre des prestations artistiques lors des cérémonies funéraires. Le but est de jouer sur tous les sens. Je chante, mais je diffuse aussi des huiles essentielles. Ma voix est moins maîtrisée que lorsque je suis sur scène. L’émotion domine. Quelque chose passe comme si c’était le dernier souffle du défunt…»

L’artiste ne baisse pas les bras devant quelques infortunes, d’autant plus que son désir le plus cher est de devenir papa. «Je lance un appel pour trouver la femme de ma vie. Ma future chérie, la mère de mes enfants. Pour cela il faut que je bénéficie d’une situation stable. Alors soit on m’engage plus régulièrement comme artiste, soit je me lance dans une pratique d’hypnothérapie, dans laquelle je me suis formé récemment.» L’homme bouillonne d’idées pour parer l’adversité. «C’est avec mon ami Francis Rossier, lui aussi chanteur, que nous avions imaginé chanter lors des enterrements. Par boutade, on s’était dit que c’était une activité toutes saisons, pas comme les mariages qui nous prenaient tous nos week-ends d’été. J’ai aussi pensé fonder une entreprise qui associerait des techniques diverses pour la proposer dans les EMS. Calinothérapie, pédicure, hypnothérapie, mais aussi assistants sexuels. Comme certains établissements n’en veulent pas chez eux, j’ai imaginé un sextruck, comme un foodtruck, qui viendrait chercher les résidents…»

En attendant, le comédien s’épanouit sur la scène du Théâtre Barnabé même si, paradoxalement, il n’a jamais aimé voir des hommes s’habiller en femmes. «Si j’ai accepté le rôle au débotté, c’est parce que mon ami Philippe Carle joue le mari d’Albin, l’autre rôle principal. Incarner Zaza m’a permis de révéler le féminin qui est en moi. Je peux être tendre ou hystérique, spectaculaire ou délicat. Cela m’a permis d’élargir la palette de ma voix et d’ouvrir un zoom sur d’autres émotions.»

Servion, Théâtre Barnabé Jusqu’au 24 février. Rés. 021 903 09 03 www.barnabe.ch (24 heures)

Créé: 10.01.2018, 08h02

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