André Raboud écrit dans le noir

ExpositionLe sculpteur chablaisien est venu «en famille» à l’Espace Arlaud à Lausanne pour partager ses «bouts de chemin». Une exposition à vivre de l’intérieur.

André Raboud n’a pas imaginé son exposition lausannoise à l’Espace Arlaud comme une rétrospective mais comme une «succession de bouts de chemin. Les chemins sont si beaux du berceau au tombeau», dit-il.

André Raboud n’a pas imaginé son exposition lausannoise à l’Espace Arlaud comme une rétrospective mais comme une «succession de bouts de chemin. Les chemins sont si beaux du berceau au tombeau», dit-il. Image: FLORIAN CELLA

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Voir noir, c’est l’alchimie de l’absolu pour André Raboud, c’est vivre sans paravent, c’est ressentir les choses sans exégèse. Homme en noir à la ville, chaman de la pierre dans son atelier de Saint-Triphon, le sculpteur a fait du noir, la lumière de ceux qui ne cherchent pas à être heureux tout le temps: «Ce serait con, seul le scepticisme fait avancer.» Il l’a élevé en lecture de l’intime, en perception de l’espace comme Malevitch avec son Carré noir, comme Pierre Soulages.

«J’ai toujours rêvé d’exposer avec le maître de l’outre-noir. Le noir, c’est le contenu. Au début, j’ai eu des envies de couleurs, de marbre rose, mais j’ai vite arrêté, c’est pour les salles de bains! Pas pour la sculpture.» Ce noir qui colore de sensations de vie l’Espace Arlaud à Lausanne, Raboud le façonne le plus mat possible, mais il le cisèle avec ses blessures ou ses ruptures de rythme.

Il suffit de regarder ses cercles d’énergies, jamais ils ne sont idéaux! Creusets de l’existence nourris des références d’un itinérant à l’esprit perméable, ses silhouettes de granit ne disent pas et, surtout, elles ne questionnent pas! Qu’elles visent le ciel ou communient avec la terre, elles sont là comme autant de passerelles silencieuses vers un ailleurs… si proche. «Pourquoi flatter la pierre pour attirer le regard? Ce sont les entrailles qui importent, tranche-t-il. Pour vraiment voir une pièce, il ne faut pas d’interférences, pas de fioritures, pas de résonances.»

Condensant les intériorités dans cette noire audace, l’artiste qui propose de parcourir des «bouts de chemin» dans cette exposition monographique sait aussi poser du sens sur les mots. Sur chacun d’entre eux. Il les aime dans l’élégance mais n’économise pas ceux qui rehaussent le discours sur les égarements de l’art contemporain. «Je pense souvent à Malraux qui assurait «Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas.» Le pauvre, il doit se retourner dans sa tombe! On est en train de gâter plein de choses en parlant de démarches ou de performances artistiques, en invoquant l’esthétique à tort et à travers ou encore en faisant croire à ceux qui sortent des écoles qu’ils sont déjà des artistes.»

La sincérité avant tout

Lui a 20 ans lorsqu’il décide de vivre différemment, il a déjà quelques sculptures derrière lui et décrète que le produit de sa première vente l’enverra voyager aux quatre coins du monde. «Je suis parti découvrir mais, complète-t-il, je suis aussi parti sur le chemin de la création, remplissant des carnets et des carnets. J’ai beaucoup dessiné d’émotions, de traces: toutes sont devenues des sculptures.»

Toutes témoignent d’une formulation en volume des bonheurs et des désespoirs – «j’ai essayé l’écriture et la peinture, mais je n’étais pas bon» – toutes, d’une manière ou d’une autre, habitent l’Espace Arlaud dans une chronologie libérée des diktats de l’évolution d’une œuvre. «C’est comme une famille, il y a quelques erreurs de jeunesse mais je n’en renie aucune.» Elles sont là pour diffuser, pour témoigner de l’itinéraire d’un sculpteur qui avance «sans prétention», sans le «masque de l’artiste» mais qui revendique son art de l’idée comme une constante. «Pour faire toute sa vie la même chose, il faut quand même être obsédé, s’amuse-t-il. Il faut cette pulsion vitale qui ne laisse aucun choix, si ce n’est de faire ce en quoi on croit, ce pour quoi on est fait sinon… bonjour la catastrophe!»

Cette force, le Chablaisien la démultiplie dans une même puissance classique épurée, mais il défend son parti pris comme un «vrai courant artistique. Les choses se font par nécessité, par besoin, je ne crois pas aux hasards. Il faut avoir une idée – c’est fondamental – puis avoir envie de la concrétiser en chair et en pierre. Cette idée, j’ai à cœur de la partager avec la même intensité que je l’ai reçue, et quand ça se passe c’est le nirvana. Peut-être est-ce ça la sincérité en art?»

Créé: 21.01.2016, 19h49

L'exposition

Lausanne, Espace Arlaud
Jusqu’au di 27 mars, me-ve (12 h-18 h), sa-di (11 h-17 h), visite commentée par l’artiste le samedi, dont le 30 mars (15 h)
www.andreraboud.ch

En dates

1949 Naît le 6 avril à Strasbourg. Son père est Valaisan, sa mère Française.

1967 Signe ses premières sculptures, il a 18 ans.

1969 Monte sa première exposition à Monthey.

1972 Epouse l’organiste Marie-Christine Theurillat.

1983 Expose à la Fondation Gianadda à Martigny.

1989 Célèbre 20 ans de création au Musée cantonal des beaux-arts de Sion.

1990-1992 Fait plusieurs voyages au Japon où il expose aussi.

2009 Fête ses 40 ans de sculpture à Monthey.

2011 S’envole pour São Paulo et pour une exposition avec Pierre Zufferey.

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