Comment Instagram est devenu le réseau business des tatoueurs

GenèveAlors que la 22e Convention de tatouage de Genève se tient ce week-end, coup de projecteur sur les pratiques du milieu.

La Convention internationale de tatouage de Genève en 2017.

La Convention internationale de tatouage de Genève en 2017. Image: Magali Girardin

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Cinquante participants, pour autant de styles différents. Le choix sera difficile ce week-end au Lignon, à la Convention internationale du tatouage de Genève, au moment de se faire marquer la peau. Entre une tête d’aigle, un dessin tribal ou une estampe japonaise, quelques clichés font état des forces en présence sur le site de l’événement. Et si ce n’est pas suffisant? Il y a les comptes Instagram des artistes, bien sûr.

Car depuis quelques années, un tatoueur sans sa page fait figure d’exception. Réseau social de l’image, le média s’est rapidement imposé comme la plate-forme idéale d’une communauté en pleine expansion. Sous la bannière du #tattoos – plus de 37 millions de publications – ou encore du #inked – «encré» en français, pour plus de 20 millions de publications – clients et professionnels partagent et commentent les créations du monde entier. «Il s’est clairement passé quelque chose avec Instagram, commente Yvan Pec, de Marché Noir, à Carouge. C’est plus épuré que Facebook, tu n’as pas besoin d’avoir des millions d’amis ou de payer pour être visible. C’est juste plus simple et adapté.»

La rose de Los Angeles

Conséquence de cette visibilité, la plate-forme est devenue un élément important des affaires au quotidien. Chaque semaine, des clients se présentent à Marché Noir après avoir découvert les œuvres d’Yvan Pec – 5000 abonnés – sur Instagram. Dirty Randy, quelque 16 000 abonnés et tatoueur à Lausanne, parle, lui, de 70% de rendez-vous fixés via la plate-forme. «Cet accès facilité à tout ce qui se fait est aussi bénéfique pour les clients, ajoute Dirty Randy. Une personne qui souhaiterait se faire tatouer une rose à plus de chances de trouver celle qui lui correspond vraiment.»

Une perspective séduisante qui se heurte néanmoins à une réalité physique. Si Instagram ne connaît pas de frontière, le voyage a toujours un coût pour le client. Et si la rose parfaite d’un Genevois se trouve à Los Angeles? Il faut alors compter sur la mobilité des artistes. Et là encore, le réseau social a agi comme un facilitateur. «Avec les conventions, les tatoueurs ont toujours eu pour habitude de bouger, explique Yvan Pec. Avec Instagram, on est passé à l’étape supérieure. Luke Palan, un tatoueur de Las Vegas, vient bosser chez moi à Genève deux fois par an, depuis que je lui ai dit en ligne que j’appréciais ses créations.» Et avec plus de 80 000 abonnés sur son compte, l’Américain n’a aucun problème à remplir deux semaines de rendez-vous en Suisse.

Un nouveau paradigme qui réjouit Dirty Randy, lui-même amateur de voyages. À coups d’un déplacement mensuel en moyenne en 2017, le Lausannois a fini l’année fatigué mais satisfait. «Les rencontres sont enrichissantes et le système est intéressant car il permet de moins transiger avec son art. Imaginez un tatoueur spécialiste des chats roses. À Lausanne, passé les quelques clients potentiels, il n’aurait plus de rendez-vous. Maintenant, grâce à Instagram, il peut espérer aller à la rencontre d’un public d’amateurs plus large et poursuivre sa quête.»

Dessiner, le cœur du métier

À Carouge, Christian Nguyen, de Inkvaders Tattoo, compte quelque 23 000 abonnés. Une satisfaction? «Avec vingt-cinq ans de métier, je compte plus sur ma réputation et le bouche-à-oreille pour me ramener des clients. C’est plus vrai. Une photo en ligne, ça s’embellit avec le bon filtre, ça fait le buzz avec le bon hashtag.»

S’il ne condamne pas le réseau – qui lui a d’ailleurs permis de dessiner pour une marque russe de coques de smartphone – Christian Nguyen tient juste à rappeler les fondamentaux du métier: dessin et écoute du client. «Instagram est un outil intéressant mais extrêmement chronophage. Les heures passées dessus à mettre en ligne la plus belle des photos sont autant de temps perdu pour dessiner, pour créer.»

Des propos qui font finalement écho aux discours d’Yvan Pec et de Dirty Randy. Le premier ne publie pas plus d’une fois par jour quand le second déconnecte le week-end. Quant aux participants à la Convention internationale de tatouage de Genève, les organisateurs leur demandent de garder quelques places ouvertes durant le week-end. Parce qu’Instagram, c’est bien, mais que le tatouage doit rester humain. (24 heures)

Créé: 20.01.2018, 11h31

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