David Douglas Duncan, témoin du monde

PhotographieL’Américain, 100 ans, est le seigneur de la Nuit des images du Musée de l’Elysée, à Lausanne. Coup de fil au photo-reporter.

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Né à Kansas City en 1916, David Douglas Duncan a fait trois grandes guerres: 39-45 (dans le Pacifique), Corée et Vietnam. Mais l’homme de Life Magazine, par ailleurs officier dans les marines, a tout photographié. Ses clichés montrent Acapulco, les guerres civiles de Palestine, les migrations de nomades en Asie centrale, Ava Gardner dans La comtesse aux pieds nus, Picasso au plus intime (15'000 photos en dix-sept ans d’amitié), les trésors du Kremlin et Martin Gray. Le soin particulier qu’il apporte aux textes de ses nombreux livres leur donne une aura toute singulière.

Avez-vous photographié ce matin?

J’ai pris une douche, mon petit-déjeuner, mais pas encore de photos. J’en prends encore beaucoup, mais pas tous les jours. J’ai beaucoup d’autres choses à faire. Je viens de finir un livre qui s’appelle My 20th Century, qui propose une série de mes meilleurs clichés à travers le siècle passé.

Quel appareil utilisez-vous?

Un Nikon que j’ai payé 50 ou 80 euros et qui est tellement formidable. J’ai donné certains de mes vieux boîtiers à l’Université du Texas, où sont stockées mes archives. J’ai usé par le passé des Leica avec une optique Nikon, des appareils qui me coûtaient à l’époque dans les 375 dollars. Or, il y a deux ans, lors d’une vente aux enchères à Vienne, un de ces appareils est parti pour 180'000 dollars.

Connaissez-vous l’Elysée?

Oui, je m’y suis rendu souvent. Et j’ai logé pas loin pendant près de deux ans. Je ne me rappelle pas le nom de l’hôtel, mais, lorsque depuis la gare vous descendez la colline, au lieu de prendre à gauche pour l’Elysée, vous prenez à droite ( ndlr: le Royal Savoy). C’était les années 50 car je travaillais sur Picasso. Jean Genoud, quelqu’un de remarquable, a édité plusieurs de mes livres, qui étaient reliés chez Roth & Sauter à Denges. Dans la même ville, je connaissais Ami Guichard, qui éditait Automobile Year. Et j’étais très ami avec le psychiatre Oscar Forel (ndlr: fils d’Auguste et père d’Armand).

Si vous étiez jeune reporter-photographe, dans quelle région partiriez-vous aujourd’hui?

( Long silence.) Il y a tellement d’endroits… mais peut-être au Moyen-Orient. J’ai habité au Caire, à Istanbul, à Jérusalem. Mon livre The World of Allah se passe entre le Maroc et l’Indonésie. Cette longue route m’a pris plusieurs années. Je travaillais seul, et il ne m’est jamais rien arrivé que… l’hospitalité. ( Il répète le mot trois fois.) Si je retournais là-bas, aujourd’hui, en moins d’une semaine je serais enlevé et probablement exécuté, car je constitue, comme Américain célèbre, le prisonnier idéal.

Vous avez aussi connu l’Afghanistan.

J’y suis resté de nombreux mois en 1955, effectivement. Bien avant que Russes et Américains ne détruisent le pays. C’était absolument fascinant. D’autant plus que, jeune, j’avais rêvé de devenir archéologue. J’ai étudié la branche à l’Université d’Arizona. L’Afghanistan était donc un rêve: un pays occupé par tant de conquérants après Alexandre le Grand. En voiture en direction de Hérat, il n’y avait plus qu’une piste poussiéreuse sur laquelle on roulait entre 10 et 20 km/h. Sur le devant de la voiture, nous avions disposé deux drapeaux américains. Imaginez cela aujourd’hui… Je me souviens d’une fête: devant des centaines de villageois venus de partout combattaient deux colosses dans une atmosphère de détente et de paix. Et c’est devenu le pays des talibans.

Vous aimez dire que vous avez été chanceux?

Qui l’a été davantage que moi? Il y a eu les voyages. Il y a mes livres, et j’ai échappé à la mort. Lors de la bataille d’Okinawa, dans le Pacifique, nous survolions une rivière. Nous étions assez bas. Je prenais des photos derrière l’épaule d’un Leo Kennedy. Soudain l’avion a essuyé des tirs, le gars a été tué. J’ai été projeté au fond de la carlingue et n’ai été blessé qu’au poignet gauche. (24 heures)

Créé: 23.06.2016, 18h22

Au menu de la Nuit des images

Suzi Pilet fête aussi ses 100 ans cette année. La Nuit des images rend hommage à cette Lausannoise à travers une centaine d’images extraites des archives déposées au Musée de l’Elysée. A savourer donc au Grand écran portraits, paysages, photomontages et mondes oniriques.

C’est aussi samedi soir que sera révélé le nom des huit nominés de la 2e édition du Prix de l’Elysée, choisis parmi 400 candidats du monde entier. Aussi au menu, «Les collections du musée en 30 œuvres», une carte blanche à l’ECAL. Toujours au Grand écran, «Screen Play» et «Fade to Slide», vidéos de Christian Marclay, sur une musique de L’ensemBle baBel.

Projetée en plus petit, une suite de prises de vue sur le thème «Un air de famille». Dans la section «Appel d’air», Bertrand Stofleth présentera son voyage de huit ans sur le cours du Rhône de la source à ses embouchures. Et encore beaucoup à découvrir.


Lausanne, Musée de l’Elysée
Sa 25 (16h-2h)
Rens.: 021 316 99 11
www.nuitdesimages.ch

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