Derrière la signature de Courbet se cachent souvent des pinceaux amis

PeintureLa mise en vente d’un tableau du maître d’Ornans exige une sévère expertise, comme le rappelle l'Institut Gustave Courbet.

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Photo d'illustration Image: Laurent Guiraud

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Le nom de Gustave Courbet dans le texte d’une petite annonce fait un certain effet. L’œuvre d’un maître internationalement connu en vente entre 478 volumes de la Pléiade et un cabanon de jardin à démonter, cela ne passe pas inaperçu. Aucun prix n’est indiqué pour ce «motif sous-bois». On s’en enquiert en téléphonant. «Je l’ai fixé en multipliant par trois le prix auquel il avait été acheté en 1950», répond sa propriétaire actuelle, qui en a hérité mais ne l’a pas fait expertiser. «Quelques milliers de francs, c’est peu si le Courbet est un vrai, et c’est trop si c’est un Cherubino Patà», nous informe l’Institut Gustave Courbet, à Ornans.

Là-haut, dans le Doubs, les «vrais faux Courbet», on connaît ça. Surtout les sous-bois. Quels espoirs éveillent-ils chez ceux qui en héritent! Pourtant, qu’ils soient signés G.C. ou Gustave Courbet, c’est avant tout de la méfiance qu’ils doivent inspirer, car ils sont le plus souvent l’œuvre de Cherubino Patà. Et la cote de celui-ci n’est pas lourde.

«Le prix payé en 1950 pour l’achat de ce sous-bois serait encore trop élevé si le tableau est de Patà», nous dit-on à Ornans. «Mais le seul moyen de le savoir est de le faire expertiser. Les Fernier ont pratiqué les meilleures expertises de père en fils. La troisième génération a maintenant recours à des experts internationaux. Robert Fernier était un cousin de Gustave Courbet et le fondateur du Musée Courbet à Ornans.»

Plusieurs faux Courbet ont été produits dans l’atelier du peintre à La Tour-de-Peilz. Ce qui explique pourquoi nombre d’entre eux se trouvent encore en terre suisse romande. L’artiste franc-comtois vivait en exil au bord du Léman depuis 1873. Homme de gauche, il avait été emprisonné à Paris pour son engagement pendant la Commune. Condamné à financer de sa poche la reconstruction de la colonne Vendôme, symbole napoléonien qu’il avait contribué à faire abattre, Courbet avait fui en Suisse sans argent. «Il était obligé de produire beaucoup de tableaux et se faisait aider par le Tessinois Cherubino Patà», poursuit notre interlocuteur à l’Institut Gustave Courbet. «Pendant son exil, le peintre était nostalgique de sa terre natale. C’est pourquoi il peignait des paysages francs-comtois, souvent des forêts, auxquels participait Patà, mais aussi Marcel Ordinaire, qui était de la même région que Courbet.»

A Genève, certains propriétaires de «vrais faux Courbet» ont longtemps cru en avoir un authentique. Le peintre genevois Emile Chambon, grand admirateur de Courbet et expert en la matière, en avait authentifié quelques-uns qui, après une contre-expertise Fernier, se sont révélés être des Cherubino Patà.

«Un œil exercé reconnaît sans peine un faux Courbet. Il y manque quelque chose, c’est bien fait mais c’est plat. La maître avait une attaque très moderne, un coup de couteau qui n’est qu’à lui.» (24 heures)

Créé: 20.06.2017, 09h17

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