Guido Buzzelli revient nous tenir encore et toujours en haleine

Bande dessinéeL’Italien qui aurait préféré peindre fait fort du côté des laids et des cassés.

Portrait de Zalmazur sorte de double de l’auteur.

Portrait de Zalmazur sorte de double de l’auteur. Image: BUZZELLI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Revoici ce formidable Italien à qui Georges Wolinski a donné des ailes en le publiant en France dans les années 70. Guido Buzzelli est mort d’un cancer en 1992. Et, il faut bien l’écrire, son œuvre géniale avait passablement disparu des radars.

Il y a un an revenait à la surface «Le labyrinthe», «Annalisa et le diable» et surtout «Zil Zelub», nom d’un personnage aux bras et jambes indépendants du tronc et de la tête. La pêche miraculeuse se poursuit en ce début d’année avec le tome II de ses «Œuvres». Parmi les titres ressurgis, la très emblématique «Révolte des laids» et «L’agnion» qui carbure à une noirceur bien cramée. Il est rare que la bande dessinée propose pareils sommets. Les scénarios de l’auteur n’ont pas pris une ride et son dessin reste spectaculairement beau.

La première de ces histoires remonte à 1967. On est plus proche de Forest que de Tardi et presque du côté de «Metropolis» de Fritz Lang. Imaginez un peuple d’oisifs se baignant en surface dans de larges vasques. L’eau les rend encore plus beaux par les sels qu’elle contient. Ses «onguents» sont extraits par le peuple des affreux qui vivent sous la terre. La révolte passe par une bataille entre mochetons rivaux que l’on croit échappée de l’«Enfer» de Dante. Guido Buzzelli en grand peintre, qu’il est, dessine comme un maître. Ses cases sont ses tableaux, car la peinture ne le nourrit pas.

«L’agnion» nous invite dans un autre bas-fond. Il a été produit six ans plus tard. L’auteur s’y représente doublement: à la fois Zurmalas, metteur en scène en quête d’inspiration dans les égouts, et Zalmazur, prince sans foi ni loi de ces derniers. Quant à l’agnion, c’est une sorte de bélier, bête imprévisible parfois agressive et féroce, parfois d’une douceur attendrissante. Zurmalas explique: «Je veux représenter le pouvoir de façon à susciter chez le spectateur un sentiment de nausée, de refus total […]» Le lecteur plonge de fait dans un lumpenprolétariat cauchemardesque. Et le trait de Buzzelli d’exceller dans un noir et blanc d’exception. (24 heures)

Créé: 20.02.2019, 17h11

Articles en relation

Pierre Schilling revient avec un polar décalé

Bande dessinée L'auteur genevois publie «L’enquête de l’inspecteur Mc Cullehan» et expose des planches originales en l'Ile. Plus...

Zep se téléporte dans exactement cent ans

Science-fiction Avec Dominique Bertail au dessin, l’auteur genevois scénarise l’album «Paris 2119». Une bande dessinée d’anticipation brillante, au climat angoissant. Plus...

La jeune bande dessinée genevoise met Wagner en cases

Art visuel et musique En partenariat avec le Grand Théâtre, 29 étudiants de l’ESBDI ont planché sur la Tétralogie du «Ring». Résultat original et parfois décalé. Plus...

Oeuvres II
Guido Buzzelli
Les Cahiers dessinés, 238 p. (Image: BUZZELLI)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.