«Le MCBA doit absolument figurer dans les lieux à visiter en Europe»

InterviewOlivier Steimer, président de la Fondation du Musée cantonal des beaux-arts depuis seize mois, mesure la responsabilité de faire vivre Plateforme10

Olivier Steimer a suivi le dossier du nouveau MCBA depuis les prémisses.

Olivier Steimer a suivi le dossier du nouveau MCBA depuis les prémisses. Image: VANESSA CARDOSO

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Qui a dit que l’impatience n’arriverait pas à troubler la réserve naturelle d’un banquier vaudois? Chez Olivier Steimer, trente ans de carrière dans le milieu et président du conseil de fondation du Musée cantonal des beaux-arts (MCBA), cette frénésie n’est ni agitée ni remuante. Mais elle se lit dans le temps qui a passé depuis l’échec du projet de Bellerive, puis dans la considération des étapes qui ont suivi – l’évaluation d’un nouveau site, le choix définitif, la présidence du concours d’architecture, la recherche de fonds au travers de la présidence de la Fondation de soutien à Plateforme 10 – jusqu’au remplacement d’Anne-Catherine Lyon, à la tête de la Fondation du MCBA. En poste depuis seize mois, le sexagénaire n’avait pas encore pris la parole: «Ça va être phénoménal! Trois nouveaux musées et cet esprit de «Museumsinsel» qui va flotter comme à Berlin ou à Vienne sur ces 22 000 m2 rendus aux Lausannois. L’ensemble correspond aux modes de vie d’aujourd’hui, et dans ce contexte, la responsabilité de faire vivre ce quartier culturel est énorme.»

Andy Warhol voyait dans le pouvoir d’attraction des supermarchés les musées de demain! Comment conserver le juste équilibre entre le divertissement et le culturel?
Il faut plusieurs atouts dans un jeu tout en évitant de trop se disperser pour conserver une ligne claire. Ce n’est pas un supermarché, mais nous devons faire venir beaucoup de monde sur ce site, la responsabilité en incombe d’une part au calendrier des expositions, avec huit à dix propositions par année, soit deux fois plus que dans l’ancienne formule. C’est une responsabilité! Et non seulement par rapport à ce que souhaite le visiteur, mais également en regard des collections. Nous devons montrer ce patrimoine qui contribue à la réflexion – comme à la construction d’une société – parce qu’il alimente le cerveau, en contrepoint à la digitalisation galopante qui nous formate de plus en plus.

Mais entre être un quartier culturel sur le papier et le devenir dans la réalité, il y a une alchimie à trouver…
Ce sera aux trois musées de le faire, d’organiser des événements dans l’objectif de faire vivre cette nouvelle place dans la ville et ne pas recréer une deuxième Riponne. Mais, pourquoi pas, une alternative à Ouchy, un poumon, un lieu d’échanges. Un musée, ce n’est pas l’activité toute trouvée des jours de pluie mais un lieu de rencontre autour d’expositions, un écrin pour l’art et les artistes, en plus d’être une place de débat. Il peut apaiser certaines idées, en amener d’autres et ouvrir des horizons: c’est le reflet de la société. Un bien commun, même! D’autant qu’à l’inventaire des collections du MCBA – propriétés du Canton de Vaud – figure de l’art contemporain, moderne mais aussi ancien, ce qui permet de lire une trajectoire, d’observer des constantes, de voir des choses qui se recoupent et de trouver des repères.

C’est ce que vous cherchez dans un musée consacré aux arts visuels?
Je ne suis pas quelqu’un qui s’y rend pour le bâtiment en soi, mais je sais que d’autres le font, attirés par le geste architectural spectaculaire. Ici, l’espace, comme l’environnement urbain, ne s’y prêtait pas, il n’y avait pas la place. Une fois à l’intérieur, je ne suis pas attiré par les parcours obligés allant d’un point à l’autre, préférant ceux qui donnent envie de rester. Je visite ciblé, concentré sur le nombre de salles que je peux absorber, j’aime être surpris. Lorsque je présidais le conseil d’administration de la BCV, je faisais partie de la commission d’acquisitions pour notre collection, et, parfois, j’avais de la peine à comprendre les choix. Mais cet exercice m’a aussi fait comprendre qu’il n’y avait pas qu’une seule façon d’appréhender l’art et qu’il faut cette tolérance par rapport à la diversité. Aussi, je me réjouis de voir ce que le MCBA contient dans son ensemble.

Vous n’êtes pas le seul…
On le découvrira dès «Atlas. Cartographie du don», l’exposition inaugurale qui ouvrira le 5 octobre. Un accrochage monté à partir des collections existantes dont ces nombreuses œuvres entrées à l’inventaire grâce à des legs, des dons ou même des prêts de longue durée. Peut-être cela donnera-t-il envie à de nouveaux collectionneurs de s’investir? L’ouverture, en Suisse, d’un musée d’art ( ndlr: Fondation Beyeler, 1997; le Schaulager, 2003; Paul Klee Zentrum, 2005; LAC, 2015 ) reste rare.

Si ces collections sont méconnues, le rôle du conseil de fondation du MCBA l’est tout autant, quel est-il?
Le Conseil d’État fixe les objectifs stratégiques sur un plan quinquennal, notre conseil surveille leur mise en application: on parle des missions classiques d’exposition, de conservation, d’accroissement du patrimoine mais aussi de médiation. Et pour l’heure, il y a une priorité: réussir le déménagement. Depuis 1906, date de son transfert d’Arlaud à Rumine, c’est un musée qui n’avait plus déménagé, le travail est en cours.

Et les objectifs de rentabilité, de fréquentation, il y en a?
Notre budget va osciller entre 8 et 9 millions. Environ un tiers servira aux expositions temporaires et le solde au fonctionnement du musée. Mais si nous n’avons pas posé d’objectifs clairs en termes de fréquentation, nous avons des attentes, bien sûr, nettement plus élevées que par le passé. Pour que ce musée vive, on tient aussi à un bon équilibre entre des expositions scientifiques et d’autres plus populaires, mais pas que… On ne peut pas avoir investi plus de 80 millions dans ce projet et se contenter de quelques visiteurs de passage. Il faut que ce musée fasse plaisir à tout le monde et le Conseil d’État a décidé que l’entrée pour les collections permanentes serait gratuite.

Vous êtes un homme de chiffres, ne pas avoir à rendre des comptes, ne pas avoir à tenir un budget avec des entrées comme Beyeler et Gianadda, c’est un peu un oreiller de paresse…
Pas du tout! Les collections du MCBA sont propriétés de l’État, il a la responsabilité de ce patrimoine et doit œuvrer à sa restauration. Il est même arrivé que des offres de dons soient refusées parce qu’elles ne sont pas dans la ligne ou parce que l’entretien peut s’avérer onéreux. La preuve qu’on ne peut pas tout se permettre et se payer! Venant du privé il peut paraître paradoxal de ne pas s’aligner sur les seuls critères de rentabilité. Mais nous n’allons pas faire de ce musée un champion de l’économie privée du jour au lendemain, d’ailleurs, je ne sais pas si c’est souhaitable. Si l’appel à des fonds privés sera destiné à soutenir les expositions temporaires, encore faut-il les faire, ces huit à dix expositions annuelles de qualité. Bien entendu qu’une vision d’utilisation efficace des ressources représente un but majeur et nous voulons être mesurés à des critères objectifs. Mais pour l’heure, nous n’arrivons pas encore à évaluer l’impact qu’aura le chantier du bâtiment réservé au Mudac et à l’Élysée. Va-t-il freiner les envies? Nous en avons tenu compte dans nos perspectives étant donné que Plateforme10, ce n’est pas que le MCBA mais un ensemble.

Une force de frappe même! Les autres musées de la place doivent-ils en avoir peur ou discutez-vous déjà d’un circuit muséal sur le modèle de Winterthour et de son «museumbus»?
Bien sûr, des discussions ont toujours lieu! Un pôle d’attraction magnétise, il ne grandit pas au détriment des autres. Mais il faudra aussi qu’on puisse reconnaître le canton de Vaud, et Lausanne, comme un incontournable en termes de culture, il faut qu’on le sache loin à la ronde et que les gens viennent, comme à Martigny, parce qu’il s’y passe quelque chose. Notre responsabilité est de créer, d’ouvrir et de maintenir ce site. Ce qui est déjà pas mal, je vous assure. Mais il faudra également un dialogue avec les autres acteurs de la culture dans notre région. D’après ce que j’ai entendu, plus que sur la fréquentation, les craintes portent plutôt sur les subventions et les mécènes qu’il faudra se partager. Ce dialogue doit donc être permanent, c’est évident, et je plaide pour les collaborations entre les parties prenantes qui ont des intérêts communs.

La tendance est à la hausse pour les musées qui attirent les foules, est-ce une pression supplémentaire ou un élément galvanisant?
Il faut absolument profiter de cette dynamique. Et je pense que même si un jour la cote d’amour pour les musées devait fléchir, vu sa fréquentation historique, cela ne devrait pas être difficile de faire mieux pour le MCBA.

Un chiffre de 70 000 visiteurs annuels (contre 40 000 à Rumine) pour les premiers pas a tout de même été avancé, vous confirmez?
Je ne veux pas me prononcer, tant que l’inconnue de l’impact des travaux n’est pas levée. Mais à terme, oui, il faut des objectifs. Si on n’aboutit pas à un multiple d’importance qui se compte sur plusieurs doigts, c’est qu’il y a maldonne. Je ne le comprendrais pas, je ne peux pas l’imaginer non plus!

Vous arrivez à vous projeter, ici, dans dix ans?
Idéalement, le MCBA devrait figurer dans les lieux à visiter absolument en Europe, c’est la première chose. Et la deuxième, c’est qu’il soit reconnu pour la valeur de ses collections, son côté innovateur dans la manière de présenter les expositions et que l’on ne perçoive pas simplement une pâle copie de ce que font les autres. Et finalement qu’avec Plateforme10, il soit ce lieu de vie où l’on aime venir et qui vit bien, accessible à tous et en interaction avec quelque chose d’unique. (24 heures)

Créé: 25.05.2019, 11h46

Plateforme 10

Le projet
Estimé à 184 millions, dont 84 pour le MCBA, le quartier culturel Plateforme 10 (22'000m2) se concrétise. Le Mudac et l’Élysée suivront en 2021.

L’agenda
Vernissage le 5 octobre de la première exposition, «Atlas, cartographie du don» pile trois ans après la pose de la première pierre.

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