Le Musée Forel à Morges, un centenaire si contemporain

ExpositionEn attendant David Lynch à la rentrée, l’institution en fête, multiplie ses accrochages.

Les porcelaines du musée ne tournent pas si rond avec Heike Schildhauer qui aime bousculer l’ordre quotidien.

Les porcelaines du musée ne tournent pas si rond avec Heike Schildhauer qui aime bousculer l’ordre quotidien. Image: MUSEE FOREL

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Des Morgiens! Rien que des artistes contemporains pour faire entrer le Musée Alexis-Forel dans son deuxième siècle, il y a de l’idée. Même de la suite (dans les idées) pour la maison historique morgienne se régalant depuis quelques années, et avec grande pertinence, du mariage des anachronismes. L’expérience lui donne raison. Anouchka Perez, Martial Leiter, Albertine et Germano Zullo, tous ont marché sur le fil de la subtilité pour venir au choc avec la demeure, son gothique tardif, ses plafonds à caisson, ses âtres majestueux ou ses collections de mobilier et de céramique.

Cette fois, le ton est collectif et le septuor d’élus fait front et fort dans une performance d’ensemble, sans être celle d’une unité concertée. Des parcours bien établis en Suisse comme à l’étranger pour la plupart, des cheminements en cours pour les plus jeunes, chacun a reçu carte blanche, inutile donc de chercher une osmose autre que cette appartenance géographique, ce lien avec une ville qui les voit vivre et créer. Photos, installations, sculptures, peintures, le souffle se régénère d’une salle à l’autre – on le reprend –, la singularité est assurée, la frappe ajustée. Narrative ou poétique.

Ou alors irradiante, pour qui ne se laisse pas embobiner par le présage «Droit dans le mur» servant de titre à l’installation d’Anouchka Perez dans la cour du musée. Il faut le savoir, avec la plasticienne, constructrice autant que déconstructrice, l’ambiguïté infuse dans ses œuvres! Quelque 200 lambourdes distribuées dans un mikado géant qui aurait entraîné dans sa chute plusieurs chaises en fer forgé et l’évocation tient autant du faisceau de sens que du feu de bois.

Comment les démêler? Comment l’éteindre? Peut-être qu’en évoluant autour de l’immense chassé-croisé comme on tourne autour des mots… Peut-être qu’en cherchant du côté de la valeur poétique ou alors du sens littéral… En attendant, le regard divague et l’esprit aussi! Un peu comme dans la balade photographique tracée sur mesure par Pierre Nydegger. Son musée dans le musée pose une question récurrente au visiteur dans une parfaite mise en abyme, serait-il le regardeur, le regardé, les deux à la fois? À chacun sa réponse, à chacun son trouble.

Le choix de l’immersion

Des questions, pour qui aime les prendre au vol (sans devoir forcément y répondre) ou accepte de se laisser déconcerter par une autre lucidité, il y en aura encore le long de ce parcours. Elles sont subtiles. Métaphoriques même, lorsque Mounia Steimer – artiste en résidence 2017-2018 du musée – les pose, nouées autour de la vulnérabilité de notre héritage environnemental. Dans ses clichés sur un thème souvent traité, la menace progresse, les glaciers dissimulent leurs craintes sous d’immenses protections, mais derrière cette esthétique abattant la carte de la majesté silencieuse, le discours ne dévie pas. Concerné. Concernant.

La conscience n’étant plus la cible, mais l’âme oui, alors seul un murmure s’échappe des pastels de Corinne Kramer venus des ténèbres. Ses «noirs» commencent par se défendre contre l’informe dans une danse du trait avant de se frayer un chemin vers l’essence de l’intime, cette sensualité aussi caverneuse que soyeuse. Le calme envahit la pièce, seuls les sens sont en éveil comme devant ces fantasmes et allégories accrochés par Heike Schildhauer dans une course désordonnée.

Des petits riens. Mais aussi des dessins, des photos. Au final, tous fusionnent dans un grand cri sarcastique. Ce même choix de l’immersion, Marielle Blanc le teinte d’une subversion assumée, prenant possession de l’espace. L’être humain, éclipsé par son propre système, a quitté la scène, restent les stigmates de ses combats (perdus?). Un fauteuil roulant. Une trappe. Mais l’échelle des choses semble vouloir débarquer la fatalité de sa toute-puissance, laissant le non-sens prendre le pouvoir. Grinçant. Et… surtout engagé.

Dans cette traversée de l’art, aujourd’hui, la poétique des signes n’est pas oubliée, son éternité imprégnée sur les bâches d’Olivier Saudan. Des paysages chimériques, ces «Tombés du ciel» striés d’éclats de vie et de grésillements fusant dans tous les sens. Comme, d’ailleurs, l’ardeur de cette exposition.

Créé: 24.07.2018, 09h34

Informations pratiques

Morges, Musée Alexis-Forel

Jusqu’au 12 août, du me au di (14 h-18 h)

www.museeforel.ch

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