«Les enfants deviennent vite accros au découpage»

ArtsCorinne Karnstädt, 43 ans, fait partie de la jeune génération des découpeurs. Tous les mardis, elle transmet son savoir à Rossinière.

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Lausannoise de naissance, Corinne Karnstädt porte le Pays-d’Enhaut dans son cœur depuis petite. Aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, elle a toujours bricolé, dessiné. En s’installant à La Tine, elle s’est mise à faire beaucoup de peinture. Les scènes que d’autres découpaient, elle les peignait.

Et puis, un week-end où son mari et ses deux fils étaient à l’étranger, elle a acheté le matériel nécessaire au découpage et ne l’a pas reposé pendant deux jours. «J’avais mal aux mains, au dos et je me suis dit que ces découpeurs étaient fous! Mais le virus était là. Je me suis acheté du matériel de meilleure qualité et maintenant, je l’avoue: le découpage est pour moi une addiction complète depuis 2008. A part en vacances, il n’y a pas un jour qui passe sans que je ne découpe.»

Le matériel se trouve dans toutes les bonnes papeteries. Il suffit d’acheter un crayon gris de bonne qualité et suffisamment fin, ce papier fin noir d’un côté, blanc de l’autre, un cutter (certains découpeurs préfèrent travailler au ciseau) et le tapis. Autodidacte, elle avoue que ce sont les critiques qui l’ont fait progresser. «Je ne savais pas vraiment comment m’y prendre. C’est surtout la première étape, celle du dessin qui me posait problème.»

Et petit à petit, elle a trouvé son propre style. «Nous étions trois filles à la maison et je suis restée très girly. Du coup, j’aime intégrer des petites nanas à talons dans mes découpages et faire sécher des soutiens-gorge et des petites culottes au milieu de la lessive plus classique. Mais globalement, mon style respecte les traditions des poyas.»

Une modernité bien perçue par les découpeurs et découpeuses plus traditionnels? «Oui! Mon intégration s’est super bien passée. Il n’existe aucune vraie concurrence dans notre milieu, vu que chacun a son style et que les gens recherchent une signature bien précise. On se fait connaître et ensuite chacun a sa propre clientèle. C’est un monde très ouvert. L’Association suisse des amis du découpage organise régulièrement des ventes et des expositions. Il doit y avoir environ trois quarts de femmes et je fais partie des plus jeunes.»

Exposée au musée
Corinne Karnstädt a d’ailleurs participé au concours lancé par l’association (lire ci-contre) et un de ses tableaux est exposé au Musée national à Zurich. «C’est une magnifique reconnaissance! On devait s’inspirer d’une œuvre existante et en donner notre interprétation. J’ai présenté deux découpages très différents, vu que l’exposition était ouverte à des choses très surprenantes. Un avec Michael Jackson, des paillettes etc., où je me suis vraiment lâchée et l’autre est une poya de 2012, avec la symétrie en hauteur plutôt qu’en largeur. C’est ce dernier qui a été choisi.»

Comment expliquer ce si soudain retour à la mode d’un art qui existe pourtant depuis le XVIIe siècle? Commissaire de l’exposition qui a ouvert hier au Musée national de Zurich (lire ci-contre), Christina Sonderegger tente une explication. «Je crois qu’il y a une vraie prise de conscience en Suisse que nous savons aussi faire des choses bien, que tout ce qui est à la mode ne doit pas forcément venir des Etats-Unis. On opère un vrai retour aux traditions, au fait mains et le «Swissness» (ndlr: la «Suissitude») est partout. Dans un monde de plus en plus virtuel, on s’attache aux vrais objets produits par l’artisanat.»

Vitrines du Bon Génie
«Au Pays-d’Enhaut, le découpage a toujours été à la mode, s’amuse Corinne Karnstädt. Mais j’ai eu beaucoup de plaisir à voir les tableaux géants d’Henriette Hartmann dans les vitrines du Bon Génie à Lausanne pendant les Fêtes. Et le fait qu’elle ait reçu le Prix Patrimoine immatériel de la Fondation vaudoise pour la culture prouve bien qu’il y a un réel engouement pour notre art. De mon côté, j’ai remarqué une petite baisse des ventes en 2013-2014, sans doute due à la crise, mais là, en 2015, c’est reparti!»

«Je travaille beaucoup pour des commandes spécifiques, comme des faire-parts de mariage ou de naissance, mais il y a aussi des particuliers qui me commandent un grand découpage, pour un anniversaire ou un départ à la retraite. J’aime les rencontrer pour m’en inspirer. Je leur demande à chaque fois leur budget et j’essaie toujours de faire plaisir.»

«Certains petits découpages me demandent 4 heures de travail, d’autres trois semaines et c’est terrible parce que je suis tellement impatiente de voir le résultat! Après, il y a encore une dernière étape délicate, qui est le collage. Je le fais à l’aide d’une allumette. Et comme mon mari travaille dans le bois, c’est lui qui fait tous mes cadres.»

Une autre grande partie de l’activité de Corinne Karnstädt est la transmission de son savoir. Au milieu du siècle passé, le découpage était encore enseigné dans les écoles dans le cadre des cours de dessin, mais ce n’est plus le cas. «Nous avons proposé des cours hebdomadaires après l’école aux jeunes âgés de 10 ans à 15 ans des trois communes du Pays-d’Enhaut sur une période de trois mois. A mon grand étonnement, dix élèves se sont inscrits et ils n’ont pas raté la moindre séance! Ils ont réalisé une très belle poya collective. C’était impressionnant de voir que, comme moi, ils étaient accros.»

Créé: 17.01.2015, 13h12

Initiation

Depuis mardi 6 janvier et jusqu’à la fin du mois de mai, Corinne Karnstädt tient une petite permanence au Point I de Rossinière pour tous ceux qui s’intéressent à son art. Avec ou sans rendez-vous, elle propose des démonstrations et même des initiations au découpage pour tout un chacun dès l’âge de 10 ans.

«Nous avons mis six places à disposition et je demande une participation symbolique de 20 francs par heure. L’idée est que chacun reparte avec quelque chose qu’il a créé.»
La jeune femme souligne que sa collaboration avec les offices du tourisme de la région est excellente. Il faut dire qu’elle ne leur répond pas souvent non quand ils lui demandent de venir faire une démonstration de ses talents.

Initiation au découpage et démonstration
Le ma de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h au «Point I» sur la Placette de Rossinière.
Rens.: 026 924 25 25
www.chateau-doex.ch

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