Noyau distille son humour en l’Ile

ExpositionLe dessinateur montre une centaine d’œuvres à la gouache, qui malmènent joyeusement les choses et les gens.

Entassés sur un green, des golfeurs agitent leurs cannes avec l’énergie du dérisoire. Une des manifestations de l’humour de Noyau.

Entassés sur un green, des golfeurs agitent leurs cannes avec l’énergie du dérisoire. Une des manifestations de l’humour de Noyau. Image: DR

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Franchement, on n’aimerait pas se retrouver dans la peau d’un personnage croqué par Noyau. La preuve en l’Ile, où l’artiste neuchâtelois établi à Zurich depuis trente ans distille son humour dans une centaine de dessins qui malmènent joyeusement les vaniteux et les nantis. Tiens, voici une escouade de golfeurs entassés sur un green, agitant leurs cannes avec l’énergie du dérisoire. Voilà des automobilistes hargneux, coincés dans des voitures sans roues. Ou un chasseur saisi en plein safari, dans une posture aussi ridicule qu’inattendue: l’homme pointe sa carabine sur d’innocentes gazelles, tandis que quatre body guards musclés assurent sa protection rapprochée, au cas sans doute où les bestioles se rebelleraient.

Comique aberrant

On (sou) rit, plutôt dix fois qu’une, devant ces saynètes où le surréalisme le dispute à une certaine poésie grinçante. «J’aime bien les images dans lesquelles perce un paradoxe, ou une contradiction», explique au téléphone Noyau, Yves Nussbaum à l’état civil. Avec une certaine jubilation, le compagnon de la dessinatrice Anna Sommer extrapole à partir de situations proches de la réalité. «Il suffit parfois de mettre les choses en abyme pour se rendre compte de leur côté aberrant. C’est ce qui provoque le comique.»

Délaissant l’immédiateté du dessin de presse qu’il a longuement exercé, notamment au Tages-Anzeiger ou dans les magazines Cash et Bilanz, Noyau (52 ans) préfère désormais s’attaquer à des thèmes de société. Malaxant la gouache, il soigne la lisibilité de ses «cartoons», comme il nomme les dessins exposés sur les cimaises de la galerie Papiers Gras. De petits bijoux publiés pour l’essentiel dans le livre L’art de vivre, paru l’an dernier aux Editions Les Cahiers dessinés.

«Il faut que le dessin reste compréhensible. Cela implique une grande précision, surtout quand il n’y a pas de légendes. Rien ne doit prêter à confusion. Il s’agit de construire toute l’image pour qu’elle aille dans la direction souhaitée.» Volumes, lumières, compositions, Noyau ne laisse rien au hasard à travers une forme picturale qui s’éloigne du trait qu’il a pu utiliser dans d’autres travaux de bande dessinée ou d’illustration – on pense notamment à ses dessins tout en vivacité réalisés pour la Lanterne Magique.

Archétypes mis en scène

Perfectionniste, il aime creuser ses sujets, en les incluant dans différentes séries. L’une d’elles, montrée en l’Ile, s’intitule «Je me souviens». Réminiscence de Georges Perec? «En fait, j’ai cherché ici à retrouver des sensations éprouvées pour la première fois dans l’enfance, et qui persistent au point de revenir à la surface dans des rêves ou des cauchemars.»

L’auteur, qui se met volontiers en scène dans ces images en noir, gris et blanc, évoque aussi bien l’éveil confus de la sexualité que l’impression pénible que le temps ne nous donnera jamais raison. «Ces situations ne sont pas réelles. Je reprends des archétypes assez puissants et déstabilisants de situations enfantines, et je les mets en scène de manière qu’elles parlent au lecteur.»

Jouer avec le pain

Dans un autre registre, Noyau décline l’expression «notre pain quotidien». Une série de natures mortes surprenantes, où se côtoient mur de biscuits petits-beurre, bretzel cadenassé à un poteau ou biscotte glissée dans un bancomat! «Le pain est assez chargé symboliquement, avec des références relatives à la religion, à la faim ou à la nutrition. Je voulais utiliser cette charge morale émotionnelle assez forte en sortant le pain de son contexte, pour lui faire raconter autre chose que son côté alimentaire.»

Noyau pousse le raisonnement jusqu’au bout en dessinant d’après photo des charentaises façonnées dans deux grosses miches. Confortables, ces pantoufles? «Le premier jour, c’est super-agréable. Après, ça gratte. Ce qui est amusant, c’est ce côté absolument scandaleux de fouler la nourriture aux pieds. Il y a là quelque chose d’assez choquant qui m’intéresse.»

Noyau, peintures et dessins récents, jusqu’au 25 juin, galerie Papiers Gras, 1, place de l’Ile. Lu-ve 12 h-19 h sa 10 h 30-18 h 30. Rens: www.papiers-gras.com

(24 heures)

Créé: 02.06.2016, 10h43

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