Anna Sommer dessine au cutter

DécoupagesLes grandes filles paraissent aux Cahiers dessinés et le livre est verni, jeudi soir, à l’Espace Richterbuxtorf à Lausanne. Coup de fil à l'illustratrice zurichoise.

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Les publications des Cahiers dessinés nous sautent contre avec grâce. Et le troisième d’Anna Sommer, Les grandes filles , tout spécialement. Cette collection parisienne, sous la férule éclairée de Frédérik Pajak, offre à un artiste parmi les plus beaux écrins imprimés. Soin de l’objet, texture du papier, qualité d’impression suisse, tout concourt au meilleur. Amourettes de la Zurichoise est paru en 2002, suivi, sept ans plus tard, du très personnel Tout peut arriver. Cette fois, elle a droit à la couleur. Normal pour son premier titre en solo entièrement consacré à ses papiers découpés, qu’elle dédicace ce soir à Lausanne.

«Au début des années 1990, je travaillais comme graphiste dans une boîte de pub. J’avais parfois du temps pour moi. Je me suis servi de ce que j’avais sous la main, cutter, papier noir, papier blanc et une très bonne photocopieuse, pour me lancer dans des découpages. A la pause de midi, je composais des cartes postales pour des amis.» Cette technique s’est ajoutée à la gravure, au dessin à la plume. «Les premiers collages en noir et blanc ont paru dans la Wochenzeitung.» Et puis, ils ont essaimé, en quadri, dans des magazines et des revues comme Strapazin, Vibrations, NZZ Folio, ou Du. La publicité aussi s’en est entichée.

Les grandes filles, du nom d’un chapitre du livre réunissant des travaux récents, permet de suivre l’évolution de l’illustratrice depuis 1998. «J’ai un œil plus objectif sur les plus vieux. Je ne les juge pas sévèrement, car, sans eux, je n’en serais pas où j’en suis. Et j’ai encore beaucoup de choses à découvrir. Le choix des papiers est énorme.»

Maigres papiers suisses

Anna Sommer ne peut plus voyager sans se mettre à chasser toutes sortes de feuilles. Elle traque aussi les papiers japonais dans des magasins spécialisés dans le fait main. Elle collectionne, stocke, n’écarte pas ce qui sert à la tapisserie. Elle joue sur les épaisseurs, les textures, les imprimés. Elle déplore la misère de son matériau favori dans les papeteries suisses.

«La Belgique se révèle un paradis.» Si vous souhaitez lui faire plaisir, offrez-lui les produits de la marque Ingres. «Laissez parler les p’tits papiers», chante Gainsbourg, qu’on retrouve dans ce livre à l’enseigne poétique des «Têtes coupées», en compagnie d’Almodóvar ou du musicien Robert Wyatt. L’Argovienne de Zurich ne se contente pas de trancher avec le cutter. Elle dessine, créant ses propres formes, contrairement à la plupart des «collagistes». «Dans mes workshops , je pousse les étudiants à considérer le cutter comme un instrument à dessiner. Avec l’habitude, on devient de plus en plus sûr de soi. Le corps des femmes se prête bien à cet exercice. Le plaisir vient des arrondis.»

Femme, nudité, sexualité

Depuis qu’elle crée, mais «sans le chercher», Anna Sommer est arrimée à la femme, la nudité et la sexualité. Avec sa fragilité, sa tendresse, ses caprices, sa drôlerie, son sens du détail et des situations les plus insolites. En elle souffle un vent de liberté. Elle transforme les animaux en «Bêtes de salon». Sait se montrer cruelle en décortiquant le réel. Oui aux contes, non à la mélasse commerciale. Vision décalée sur images expressives. «Elle est plus proche de la marqueterie que du découpage aux ciseaux», écrit, en préface du livre, Anette Gehrig, qui dirige le Cartoonmuseum de Bâle. (24 heures)

Créé: 04.02.2015, 17h38

Dédicace

Les grandes filles
Anna Sommer
Les Cahiers dessinés
Espace RichterBuxtorf : Dédicace demain dès 17 h 30, expo jusqu’au sa 7 février www.richterbuxtorf.ch

Le trait dans tous ses états

On retrouve Anna Sommer dans la titanesque exposition Les Cahiers dessinés, à la Halle Saint-Pierre de Paris.En guise de catalogue: le 10e numéro de la revue annuelle Le Cahier dessiné. Un anniversaire qui ne passe pas inaperçu! Au menu: un vertige de près de 700 œuvres regroupant 67 artistes.
«C’est ici l’occasion d’offrir un panorama du dessin, une sorte d’«état des lieux»: dessins d’aujourd’hui et d’hier, dessins d’artistes, dessins d’humoristes, dessins célèbres,
dessins d’autodidactes, dessins d’inconnus», écrit Frédéric Pajak.
Rien d’exhaustif pourtant, mais toutà fait bouleversant, à entendre ceux qui ont vu l’expo. Tout commence à Victor Hugo et s’achève avec Mix & Remix. Parmi des signatures
de toute la terre mais surtout d’Europe occidentale, les Suisses ne sont pas en reste. On y savoure, dans le désordre, Francine Simonin, Jean Scheurer, Jean-Michel Jacquet, Leiter, Noyau, Olivier Saudan, Félix Vallotton et Poussin. Du côté du «Langage de la rupture», présenté par Lucienne Peiry, spécialiste vaudoise de l’art brut, impossible de contourner Louis Soutter (crayons des années 1920)et Gaston Teuscher (né en 1903 à Montherod) qui, après une vie d’instituteur et de nomade, s’est mis à dessiner à 71 ans. Tout le gratin des humoristes du crayon fait partie du voyage. Reiser, bien sûr, Chaval, Bosc, Sempé, Gébé ou Siné. Sans oublier Willem, Copi et Philippe Vuillemin au style trash violemment coloré. Moins vues, les compositions fouillées de Pierre Fournier, pionnier du combat antinucléaire et fondateur de la revue La gueule ouverte .
Paris, La Halle Saint-Pierre
2, rue Ronsard
Jusqu’au ve 14 août
www.hallesaintpierre.org

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