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Anselm Kiefer entre les lignes

La Fondation Michalski invite à découvrir à Montricher l’œuvre plus intime de l’Allemand.

«La ligne Siegfried» (1982-2013) Un immense collage de gravures sur bois de 16 pages à hauteur d’homme.
«La ligne Siegfried» (1982-2013) Un immense collage de gravures sur bois de 16 pages à hauteur d’homme.
ANSELM KIEFER / PHOTO © CHARLES DUPRAT

Sans le livre, ses pages feuilletant la vie, l’inscrivant dans une durée, la confrontant à ses origines ou à son histoire, Anselm Kiefer ne serait peut-être pas cet artiste d’une incomparable portée. Sans ce socle de références littéraires, mythologiques, religieuses, historiques que l’érudit brasse dans ses œuvres, il ne serait peut-être pas cet esprit volant aussi haut que sa cote sur le marché – ce qui lui permet d’ailleurs d’interdire à ses galeristes de l’exhiber dans les foires d’art!

Il le dit et le répète au fil de ses interventions publiques, pour lui, ces livres sont comme des «répertoires de formes». Et ce n’est pas de l’ivresse des premières lectures d’un gosse allemand né sous les dernières bombes de 39-45 dont il est question, la maison familiale n’avait guère de place pour une bibliothèque et encore moins pour une ouverture à la littérature étrangère. Mais bien de ces livres que le septuagénaire façonne depuis bientôt un demi-siècle, en artiste si singulier de la scène contemporaine.

Foisonnement de matières

Des ouvrages de toutes les formes, de toutes les tailles, de tous les poids, des livres qui se lisent autrement qu’à travers leurs lignes et que la Fondation Michalski à Montricher expose dans leur incroyable foisonnement de matières et de thématiques. Avec la preuve qu’une exposition peut être modeste par la taille et, à la fois, si riche en sensations, en histoires à prendre et à raconter. Du plâtre, des collages, des photographies, de l’argile mais aussi de vrais cheveux, des cendres ou encore des végétaux séchés: l’éventail des matériaux sur lequel Anselm Kiefer s’appuie pour créer est aussi vaste que les environnements qu’il explore.

Souvent, les présentations publiques et médiatiques s’arrêtent au peintre, au sculpteur, lequel s’est construit une esthétique et un discours existentiel d’artiste sur les ruines de l’Allemagne défaite. Souvent encore, elles prennent le temps des «Occupations», série inaugurale d’un jeune de 24 ans qui se fait photographier sur les terres européennes dans l’uniforme paternel de la Wehrmacht, le bras droit levé pour un salut hitlérien. Un travail, prélude d’un processus créatif, où la photo joue un rôle de support autant que de mémoire, et d’un cheminement personnel dans lequel les moyens disent le chaos autant qu’ils le déconstruisent pour recomposer, redire, relire passé et présent.

«Un tableau, a-t-il l’habitude de dire, c’est un réservoir de possibilités, d’entrées multiples.» Et partout où il passe, Anselm Kiefer plante son décor. Un champ de ruines et de gravats sous la verrière du Grand Palais à Paris. Ses immenses formats peints, de portée philosophique autant qu’épique à la Royal Academy de Londres. Plus récemment ses livres d’artistes. Restés plutôt confidentiels jusqu’à l’exposition de la Bibliothèque nationale de France en 2015, ces objets, ces manifestes, ces divagations libres sont arrivés à la Fondation Michalski à Montricher dans leurs vitrines, accompagnés de sculptures et de quelques peintures, tels que mis en scène par l’artiste.

Auteur, acteur, passeur

Dressés, à plat, monumentaux, plus confidentiels, figés ou mouvants, tous sont ouverts subjectivement sur une page, impossibles à feuilleter ou juste entrouverts pour libérer une partie de l’histoire autant que leur part de mystère. Les mythologies, l’histoire, la kabbale, les références sont doctes, personnelles, abondantes, mais qu’elles parlent ou pas, peu importe! Cette balade livresque est trop belle. Trop précieuse pour avoir peur de ne pas tout comprendre, de ne pas tout savoir. Dans ses livres, dans ses pensées érotiques suivant les mêmes traits fluides que celles de Rodin, dans ses recherches mystiques, dans ses voyages historiques ou personnels transformés en images venues de la nature, Anselm Kiefer est aussi bien auteur, acteur que passeur.

Montricher, Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature Jusqu’au 12 mai, du mardi au vendredi (14 h-18 h) et samedi et dimanche (9 h-18 h). Rens.: 021 864 01 01. www.fondation-janmichalski.com

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