L’arbre de Penone fait monter la sève au MCBA

EvénementOfferte par Alice Pauli, la sculpture de l’Italien sera la première œuvre que les visiteurs verront en entrant dans le bâtiment. Elle est aussi la première à y avoir pris ses quartiers.

«Luce e Ombra» une pièce de bronze, d’or et de granit de l’Italien Giuseppe Penone a été présentée vendredi, en présence de l’artiste, de la donatrice Alice Pauli, de la conseillère d’Etat, Cesla Amarelle et du directeur du MCBA, Bernard Fibicher.

«Luce e Ombra» une pièce de bronze, d’or et de granit de l’Italien Giuseppe Penone a été présentée vendredi, en présence de l’artiste, de la donatrice Alice Pauli, de la conseillère d’Etat, Cesla Amarelle et du directeur du MCBA, Bernard Fibicher. Image: KEYSTONE

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Le sublime s’est installé au Musée cantonal des beaux-arts et… on dira que, comme dans une histoire d’amour, la sacralité vertigineuse de «Luce e Ombra», sculpture monumentale de Giuseppe Penone, et la minéralité silencieuse du hall d’entrée étaient faits pour se rencontrer. Et que comme dans un conte, il fallait le petit coup de baguette magique d’une bonne fée, Alice Pauli. Il y a quelques années, la galeriste et collectionneuse lausannoise avait passé commande d’une sculpture pour elle, en précisant bien à l’Italien, qu’elle expose depuis les années 2000 dans sa galerie, qu’un jour, cette pièce serait «pour le musée».


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LE musée? Ce phare culturel qu’Alice Pauli, en infatigable ambassadrice des arts et de la culture, désespérait de voir sortir de terre un jour, après l’échec du projet de Bellerive et quelques atermoiements. Alors vendredi, au moment de revoir l’œuvre monumentale qui jusque-là enchantait le jardin de la galeriste, l’émotion est forte. «J’y pensais à chaque fois que j’ouvrais ma fenêtre et que je ne la voyais plus.» Mais avant tout, c’est celle de l’artiste qu’elle veut entendre, soucieuse, alors… elle le questionne encore et encore.

«Qu’est-ce que vous en pensez? Vous êtes content? Elle a trouvé sa place, non?» Sculptant l’espace de ses 14,5 mètres de haut, le poétisant d’un discours sur la force, l’énergie et la puissance de la nature, l’œuvre de Giuseppe Penone, figure majeure de la scène artistique internationale, fait le lien entre le ciel et la terre, entre la matière et la spiritualité, entre le règne végétal et la nature humaine. Elle fait littéralement entrer le visiteur dans la dimension de l’art.

Du jardin au musée

Géographique, névralgique mais surtout symbolique, l’emplacement de la sculpture – le même que pour «Germination», l’œuvre commandée par le Louvre Abu Dhabi à l’Italien – est celui de l’entrée en matière. «De l’élévation vers la lumière, ajoute Bernard Fibicher, directeur du MCBA.» Le geste est d’importance, iconique même, de ce qui se passe dans un musée, et ce bronze, empreinte parfaite d’un arbre qui faisait partie de la nature, devient pour le directeur «véritablement une sculpture», en même temps que «le symbole de l’art». «Il y a quelque chose de souverain qui se passe. On le doit à l’artiste, poursuit-il, et bien sûr, à Madame Pauli. Vous avez perdu une œuvre, mais vous nous l’avez dit: «Une œuvre n’appartient pas à une seule personne, une collection n’est pas personnelle, elle est pour le plus grand nombre.» Dans votre jardin, «Luce e Ombra» faisait partie de la nature, là elle renaît dans un contexte différent et acquiert une signification particulière.»

Le premier choc émotionnel de la galeriste lausannoise face au travail de l’enchanteur et acteur majeur de l’Arte Povera (attitude opposant le dépouillement à l’industrie culturelle) date de 1982, à la Documenta de Kassel. Mais pour entrer en contact avec lui, Alice Pauli a dû s’armer de patience et se trouver un ambassadeur!


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Ce sera Claude Berri, le «parrain» du cinéma français et fan absolu du génie sombre du Vaudois Louis Soutter. «Il savait que j’avais des œuvres de lui et venait souvent me voir de façon très intéressée. Un jour, confiait-elle dans ces colonnes à une autre occasion, j’ai craqué et je lui ai cédé une pièce que je m’étais pourtant promis de ne pas vendre. Mais comme je le savais très proche de Giuseppe Penone, je lui ai dit oui, à condition qu’il me l’amène.»

La première exposition aura lieu en 2000. Trois autres ont suivi, dont la dernière, à l’automne 2018, autour d’un triptyque magistral «A occhi chiusi», qui a lui aussi rejoint les collections du MCBA. Cadeau! Comme un Pierre Soulages, un Anselm Kiefer donnés en 2017 en même temps que l’arbre qui pousse désormais à l’intérieur du MCBA.


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«C’est un très beau musée qui n’a pas été fait pour le geste architectural, glisse Giuseppe Penone, mais avec une vraie réflexion sur l’utilisation des espaces, une chose devenue rare si l’on considère les derniers exemples. Et si «Luce e Ombra» n’a pas été fait en fonction d’un lieu, ce qui m’arrive parfois, Alice Pauli a su choisir. Comme à son habitude! Une sculpture est toujours en dialogue avec l’espace et je suis très content que celle-ci soit installée ici, à Lausanne. Cet endroit qui m’a accueilli, ce lieu avec lequel j’entretiens un rapport presque familial grâce à Alice.»

Créé: 26.04.2019, 20h58

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