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L'art brut lève le rideau à Lausanne

Pour sa 4e Biennale, l’institution sonde ses collections dans leur rapport au théâtre. Qu’il soit imaginaire, classique ou décomplexé.

"Théâtres" présente les pièces de 28 artistes dont les créations de Vahan Polodian décédé en 1982.
"Théâtres" présente les pièces de 28 artistes dont les créations de Vahan Polodian décédé en 1982.
DR

Bien sûr, il n’y a pas d’unité d’action ni de lieu ou de temps même si, dans sa quatrième biennale – après «Véhicules», «Architectures» et «Corps» –, la Collection de l’art brut scrute les relations entre la façon d’être au monde, viscérale, parfois compulsive, de ses créateurs. Et l’art de donner un monde en représentation sur les planches. Il fallait y penser et, pour y penser savamment, déjouer l’évidence! La commissaire de «Théâtres», Pascale Jeanneret, s’est donc glissée dans les réserves de la collection lausannoise en exploratrice. Libre de tout préjugé.

Le théâtre, ses poussées existentielles, son dressing débordant de possibilités de paraître ou de disparaître dans le rôle d’un autre, semblait lié par une criante analogie aux créateurs de la marge. Parfois démiurges, souvent metteurs en scène de leur existence ou «performeurs», comme le Japonais Eijiro Miyama, 85 ans, qui déambule dans les rues coiffé de drôles de pièces montées et le corps bardé d’étoffes cousues d’excentricités. Sauf que ces autodidactes solitaires ne confèrent pas une forme visible à leur théâtre intime pour être vu. Quand bien même leurs ficelles narratives, décoratrices ou cabotines s’apparentent souvent aux codes scéniques. Tout est donc théâtre et rien ne l’est… Avec l’art brut, sa part d’insondable ou de non-explicable, le doute sinue en permanence.

Et l’exposition ne cherche pas à confondre les genres, elle accroche des clés de lecture sur un trousseau à la fois sensible et attrayant. Elles amènent aux portes de directeurs de casting, dont Guy Brunet, l’homme qui fait son cinéma, armé de silhouettes en carton à l’effigie des stars du septième art. Elles ouvrent celles des tout-puissants, qui décident de leur cosmogonie en dramaturges (Aloïse, Wölfli, Marguerite Burnat-Provins). Ces clés mènent encore vers des esprits fougueux qui font de l’espace de création ou public le théâtre de leur propre réalité.

Une vaste distribution

Certains orchestrent tous les rôles, comme l’Américain Morton Bartlett, géniteur d’une lignée de poupées – un touchant jeu d’enfant ou... un glaçant jeu d’adulte? – qu’il développe dans le secret de son appartement. Il crée, habille, fantasme la vie de cette famille coulée dans le plâtre, et finit par la mettre en scène, marionnettiste, pour la photographier. Alors que d’autres créateurs surgissent de cette sphère intime en performeur spontané. Comme Martial Richoz, «l’homme-bus» lausannois. Comme Dunya Hirschter, ses textiles hirsutes, Madge Gill, sa robe cousue de mille éclats flamboyants. Ou encore comme Vahan Poladian, agissant en costumier autant qu’en gardien de son paradis perdu: l’Arménie.

«Théâtres» – le pluriel importe pour dire cette variété de points de vue – les met littéralement sur le devant de la scène comme elle met en lumière nombre d’auteurs plus confidentiels, voire jamais montrés. On croise les effervescences populeuses de Brooks Yeomans, Américain de 62 ans qui se pose en spectateur d’un événement: un concert d’Elvis Presley, les répétitions d’un chœur, le Super Bowl. Les vues sont aériennes, panoramiques, grisantes, leur intensité dramatique tenant dans la limpidité fébrile du stylo-bille. Il y a encore Pierre Carbonel, ses silhouettes grésillantes, ses créatures totémiques, ses figures spectrales, toutes engagées dans une transe communicative. La fascination renaît d’une rencontre à l’autre, grisante.

Et c’est fou comme on se sent appelé, pour ne pas dire épié. Les yeux sont partout! Il y a ces foules compactes de Berthe Coulon faites de kyrielles de mirettes lancées à l’assaut de l’espace du regardeur qui devient le centre de toutes les attentions. Pareil avec Aleksander Lobanov: le Russe se fait prendre en photo par un pro, confectionne le cadre, et c’est lui qui regarde, les billes écarquillées. Il y a encore ces voyeurs de papier découpés en grappe d’humanités par Ni Tanjung ou ces œillades aux longs cils de Gaston Dufour qui restent frontales, peu importe que ses «Pôliçhinêle» soient saisis de profils ou de face. Somme toute… l’habituel théâtre de la vie! Il se joue en plusieurs actes aussi singuliers que personnels, le défilé des uns et des autres envoûte, incarné et chargé d’émotions. Mais là on est dans le ressenti, pas dans le théâtral.

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Lausanne, Collection de l’art brut Jusqu’au 26 avril 2020, du ma au di (11-18h) www.artbrut.ch

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