Quand l'art s'installe dans l'architecture

Intérieur/ExtérieurUn ouvrage signé par l’historienne de l’architecture Nadja Maillard recense les œuvres conçues pour les bâtiments publics du canton depuis 1974.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Des blocs hiératiques posés, à Chavannes-près-Renens, par le sculpteur André Raboud dans le jardin des Archives cantonales dessiné par les architectes de l’Atelier Cube. Des bandes colorées tracées par l’artiste Robert Ireland dans le préau du gymnase de Burier, agrandi par l’Atelier Nord-Sud. Des chewing-gum roses géants encastrés par la plasticienne Raquel Dias dans le plafond de l’Ecole professionnelle de Lausanne, transformée sous la direction du bureau CCHE. Sous l’impulsion du Canton, l’ouvrage Vaud. Art et Architecture recense les rencontres entre architectes et plasticiens menées depuis quarante ans dans le canton, dans des prisons ou des écoles, des cures et des hôpitaux, mais aussi des centres d’entretiens ou des bâtiments administratifs. Un mariage entre deux disciplines qui s’est trouvé encouragé depuis l’après-guerre.

Dans les années cinquante, on parlait encore de «décoration» d’édifices publics, soutenue depuis l’ouverture d’un Fonds cantonal des arts et des lettres en 1945. Dix ans plus tard, le vocabulaire n’a pas changé. Mais décision est prise de dédier, en moyenne, le minimum d’un pour cent du coût total des constructions publiques à l’embellissement de la ville et au soutien de la création contemporaine de pièces souvent monumentales. Un principe qui sera systématisé à partir de 1974. Il s’agit désormais d’«animations artistiques» – aujourd’hui on dit «interventions», «intégrations artistiques» –, décidées par voie de concours d’idées, sélectionnées par un jury. Plus d’une centaine d’œuvres ont ainsi été spécialement imaginées par des artistes d’ici ou d’ailleurs. Documenté en images par le photographe Nicolas Delaroche, ce corpus est recensé et très richement commenté par l’anthropologue et historienne de l’art et de l’architecture Nadja Maillard. Interview de la spécialiste.

Comment s’est concrètement réalisé ce mariage entre art et architecture?
Tous les cas de figure existent. Parfois l’artiste est intervenu une fois le bâtiment – ou sa transformation – terminé; mais le plus souvent, le dialogue entre les artistes et les architectes se noue dès les prémices du projet, au moment d’un concours d’architecture, par exemple. Cela peut aboutir à des œuvres totalement solubles dans la construction, comme c’est le cas avec le travail de Lorna Bornand pour le Centre de détention pour mineurs à Palézieux. Avec les architectes, elle a défini le calepinage, c’est-à-dire le dessin selon lequel les briques des murs ont été posées.

Ces interventions permettent à l’art d’aller à la rencontre du public. Sont-elles toujours bien accueillies?
C’est très variable. Dans une école, par exemple, elles facilitent le travail de sensibilisation auprès des enfants, qui se retrouvent ainsi quotidiennement confrontés à des formes d’expression dont la compréhension n’est peut-ête pas immédiate. Mais j’ai pu constater que dans la majorité des cas ces œuvres sont globalement méconnues, à cause de leur «excessive évidence», si vous me permettez ce paradoxe. Les usagers finissent souvent par ne plus les voir. Les réactions du public varient aussi entre l’appropriation et le rejet. Parfois le public choisit de rebaptiser l’intervention artistique d’un surnom plus ou moins sympathique. Lorsqu’elle s’avère plus difficile à appréhender, il n’est pas rare d’entendre des commentaires qui la décrètent comme définitivement ratée…

Ce corpus est-il représentatif de ce qui s’est réalisé artistiquement ces quarante dernières années?
On peut sentir parfois l’air du temps. C’est sûr que le paysage artistique mondial et ses tendances se reflètent dans certaines propositions, comme cela peut également s’observer du côté de l’architecture. Mais dégager une tendance me paraît très difficile.

Pourquoi?
Il y a parfois de réelles prises de risque ou des interventions originales, singulières, voire très inspirées, mais les artistes comme les décideurs tentent généralement d’éviter la polémique. La diversité des lieux d’intervention est également un facteur important: on n’imagine pas le même genre d’installation pour une école que pour une prison. Il s’agit aussi de travaux qui doivent répondre à de très nombreux et différents critères, qui vont jusqu’à des questions d’entretien, de sécurité, etc. Le choix des œuvres est donc toujours le fruit d’un consensus. C’est la loi du genre, avec une procédure légale stricte qui préside aux travaux du jury et régit un processus avant tout démocratique et participatif.

Une quarantaine d’œuvres sont plus largement commentées dans votre ouvrage. Comment s’est fait le choix?
Il s’agissait de montrer la diversité des supports et des types d’intervention, tout en veillant à couvrir l’ensemble du canton et à ne pas privilégier un artiste plutôt qu’un autre, puisque certains ont multiplié les participations aux concours. En tant qu’historienne, je me suis plongée dans les archives. En tant qu’anthropologue, j’ai choisi de rencontrer tous les architectes et artistes concernés. Cela m’a pris beaucoup de temps mais cette démarche permet de véritablement mettre en dialogue les deux disciplines. (24 heures)

Créé: 25.01.2015, 10h40

Intégrations artistiques

1) Le peintre Pierre-Alain Morel a intégré ses corps en mouvement au vitrage de la salle sportive créée en 2009 par le bureau Bovet Jecker architectes sur le site du gymnase de Beaulieu, à Lausanne.
2) L’hydromobile d’André-Paul Zeller Sémaphore Métaphore est acquis par l’Etat en 1975 pour être installé à proximité du Centre cantonal de la police de la circulation fraîchement bâti au Mont-sur-Lausanne.
3) A Dorigny, les artistes Daniel Schlaepfer et Claude Muret imaginent
la fresque Grand Œuvre pour le bâtiment Batochimie construit par les Ateliers Cube et Niv-O sur le site de Dorigny en 1995. Photos Nicolas Delaroche

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 novembre 2018
(Image: Bénédicte) Plus...