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À Assens, l’art sort de la boîte à chaussures

L’Espace culturel du Gros-de-Vaud trace son sillon depuis 1998 à la force de la passion et du bénévolat. Collective, l’exposition anniversaire est aussi celle d’une envie de pérennité.

Sur les 240 artistes qui ont participé à une exposition dans les murs ou dans les champs de l'Espace culturel d'Assens, une centaine a participé à l'exposition anniversaire «ça cartonne».
Sur les 240 artistes qui ont participé à une exposition dans les murs ou dans les champs de l'Espace culturel d'Assens, une centaine a participé à l'exposition anniversaire «ça cartonne».
PHILIPPE MAEDER

Les faits et les actes avant les mots! Pas assez forts, souvent superflus. C’est donner à voir l’art et ceux qui le font vivre aujourd’hui en Suisse qui importe à Janine Lanfranconi-Mermoud, fondatrice de l’Espace culturel d’Assens. Elle… elle reste en retrait. Toujours deux pas en arrière lors de la visite de sa grange vibrant de «Ça cartonne», l’accrochage anniversaire qui met au défi une centaine d’artistes à partir d’une boîte à chaussures. Ou alors le temps de l’analyse rétrospective venu, c’est derrière un petit lot de mots, «enthousiasme, passion, bénévolat, reconnaissance», qu’elle se retranche, calée au fond d’un siège. La fierté d’être partie de rien, d’avoir inscrit Assens sur les agendas culturels et d’avoir tenu vingt ans sans grands moyens, n’en fait pas partie. La directrice lui préfère la sincérité d’un «Je suis contente d’avoir pu apprendre continuellement, heureuse de ces contacts créés à travers toute la Suisse. L’art est une richesse et la preuve qu’on ne peut pas tout matérialiser.»

En 1998, l’envol de l’Espace culturel d’Assens n’a même pas la forme d’un rêve enfoui, au contraire, il émerge d’une idée instantanée, vite doublée d’une évidence. «Sauf qu’au moment où j’ai dit à mon mari: «Et si on aménageait la grange à côté du Musée de l’histoire estudiantine?», j’ai cru voir dans son regard perplexe que ça ne se ferait pas.» Le 2 mai, c’est pourtant un pape suisse de l’abstraction, le Chaux-de-Fonnier Claude Loewer, qui signe le premier accrochage. Quelque 240 autres peintres, photographes, sculpteurs, plasticiens ont suivi dans les murs ou dans les champs lors des parcours «Art en paysage» – une quatrième édition est agendée l’année prochaine –, faisant à eux tous éclater les chapelles et les réseaux, sans considération aucune pour les clivages, même linguistiques! Solide, la charpente d’Assens prend appui dans les hauteurs, intègre, son esprit en fait tout autant, sans jamais se commettre avec un quelconque élitisme. Un gage, son gage de sincérité envers l’art, les artistes, le public. L’assurance, aussi, de sa longévité.

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La diversité en réponse

«En plus d’être très courageux tant par l’emplacement que par les choix inhabituels, en plus d’être ce pont entre des générations qui ne se croisent pas forcément et au-dessus de la Sarine – chose encore rare –, ce qui se fait à Assens est extrêmement enthousiasmant», témoigne Carmen Perrin. La Genevoise est du club des 100 à avoir tenu le pari de la boîte à chaussures pour l’exposition du 20e. Dans la tradition de ses forages, les perforations ont eu raison de l’intégrité de l’objet pour le transcender. Dentelé. Atmosphérique. D’autres artistes l’ont pris littéralement ou joué sur sa matérialité. D’autres encore en ont fait une boîte à souvenirs. Un livre. Un écran. Un sanctuaire. Un écho aux tremblements actuels du monde.

«Jamais on ne pensait avoir autant de réponses, ni une telle diversité, s’exclame Janine Lanfranconi-Mermoud. Mais c’est ça le pouvoir de l’art et des artistes.» Pierrette Gonseth-Favre en est. Fidèle. «La première fois, je suis venue ici avec mes jutes, et dans ce cadre paysan, elles se justifiaient. J’ai tout de suite aimé cet espace comme le public, différent, qui le fréquente.»

Mais il y a un «mais»

L’exposition, l’envie d’en être des artistes, la présence de certains après plusieurs années de silence ou au-delà de la mort, ne dit pas le contraire. Sauf qu’il y a un «mais». Il… pointe l’avenir d’une telle structure, indique l’urgence de la redéfinir et de consolider sa dynamique. En le portant dans un défi perpétuel depuis vingt ans, la présidente le sait alors que, dans ses pas depuis dix ans et susceptible de prendre la suite, Clotilde Wuthrich ne s’en cache pas non plus. Et sans concertation aucune, Vincent, l’un des frères Marolf – présents dans l’exposition avec une relecture mimétique d’Ai Weiwei brisant un vase de la dynastie Han –, le dit avec sa perception d’artiste. «Je me demande si on doit vraiment continuer avec ce genre d’espaces, obligés de prendre 40% sur les ventes pour faire leur travail. Est-ce qu’on ne ferait pas mieux de faire nos propres expositions? Une question, il est vrai, que je ne me poserais pas s’il s’agissait d’une institution pesant de tout son poids sur les retombées critiques ou face aux fonds privés et publics investis dans la culture.»

L’effort est monté jusqu’à 12'000 francs annuels pour la Commune d’Assens (en moyenne, l’Espace compose avec 7000 francs pour une exposition dans ses murs) mais le syndic, Guy Longchamp, sait qu’il faut davantage. «Si seulement le Canton pouvait mettre au moins la même chose, notre objectif étant de pérenniser, de faire connaître et de développer cette initiative qui, dès ses débuts, a été portée avec une intelligence de l’art et une clairvoyance rencontrant l’intérêt d’un très grand nombre.» Il résonne loin à la ronde, faisant même son chemin jusqu’au Canton, qui a mis sa part dans le catalogue de l’exposition du 20e. «Après avoir déjà soutenu ponctuellement plusieurs de leurs projets, il nous est apparu important que l’Espace culturel d’Assens puisse marquer cette étape. C’est une belle aventure autant qu’un bel exemple d’intérêts décentralisés. Reste cette question de la pérennisation de tels lieux nés d’une initiative privée, portés par un engagement personnel fort, enchaîne Nicole Minder, cheffe du Service des affaires culturelles. Elle se pose ici, comme dans d’autres domaines culturels, et il peut y avoir autant de réponses que de cas. Pour l’heure, nous avons pris le temps d’une rencontre avec les responsables.»

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