Balthus s’invite inachevé sur le chantier du MCBA

CultureLe projet d’exposition d’œuvres inédites sur dix jours cet été s’est noué il y a peu à Lausanne avec le plasticien et metteur en scène star, l’Américain Bob Wilson.

L'atelier de Balthus à Rossinière est resté en l'état depuis son décès en 2001 avec des pièces inachevées à voir à Lausanne à la fin de l'été.

L'atelier de Balthus à Rossinière est resté en l'état depuis son décès en 2001 avec des pièces inachevées à voir à Lausanne à la fin de l'été. Image: Raphael GAILLARDE

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Puzzle en construction avec un Musée des beaux-arts bientôt sous toit (la remise des clés est annoncée pile dans une année), avec le Mudac et l’Élysée dont l’avenir sur site débutera le 5 octobre par la pose de la première pierre, le futur pôle muséal vaudois avance aussi ses propres pièces en tir groupé!

Certaines sont fermes comme le chèque de 2 millions de francs d’Audemars Piguet montant à 28 millions la part privée sur la facture de 100 millions pour la deuxième étape du chantier. D’autres, inopinées, surprennent lorsque le conseiller d’État Pascal Broulis lâche que derrière l’appellation Plateforme 10 – parfois mal comprise voire controversée – de nouveaux noms surgiront pour chacune des institutions. Mais il y a aussi l’imprévisible comme la dation de six œuvres suite au décès du professeur Jean-Claude Givel ou… la révélation de la pièce encore manquante: ce goût d’exceptionnel qui donne envie et précise l’ambition comme le potentiel périmètre d’action du Musée cantonal des beaux-arts (MCBA), futur phare du site.

On le sait depuis lundi, arrivé avec cette cascade de nouvelles, l’extraordinaire se matérialisera du 31 août au 9 septembre pour des petits groupes de visiteurs dans un pas de deux inédit entre Balthus – le roi des chats décédé en 2001 à Rossinière – et Bob Wilson, plasticien et metteur en scène star. La nouvelle sent encore la peinture fraîche pour le MCBA, elle s’est scellée suite à la venue du Texan il y a dix jours à Lausanne. Le créateur y a pris ses marques, il y a fait ses premières ébauches en homme ultra-demandé, donc pressé, mais son désir de mise en scène des œuvres inachevées et jamais encore montrées de Balthus date. Bâti avec la complicité de la famille du peintre, il figure sur le site Internet de son laboratoire à idées depuis plusieurs mois. Avec raison!

L’inachevé, ce stigmate de la mort venue chercher le nonagénaire presque devant son chevalet est aussi une composante dans l’œuvre. Sa tension constante, le mystère d’une beauté fascinante reposent sur une folle précision mathématique. «Mais il cherchait aussi des équilibres, souffle un expert, laissant parfois inachevée une partie du corps ou une autre.»

Le moment idéal

Lui aussi encore en chantier, le MCBA miroite cette fragilité ou cette promesse d’un devenir. Quelle meilleure mise en abyme que ce «Balthus unfinished», balade visuelle et sonore imaginée par Wilson autour de cinq ou six huiles et d’une dizaine de dessins? «À l’origine, il était question de monter cette exposition plus tard, une fois le musée lancé. Mais nous avons jugé plus pertinent de jouer la carte de cet «inachevé» jusqu’au bout», explique son directeur Bernard Fibicher. Aucunement frustré d’accueillir une idée préexistante «d’autant que l’organisation concrète incombe au musée.» Résultat, aussi, de liens étroits tissés avec la famille depuis le dépôt en 2016 de cinq œuvres de Balthus dont l’iconique autoportrait «Le roi des chats», prélude à la venue d’une centaine d’autres, de la bibliothèque de l’artiste et de futures synergies.

Avec cette exposition, le MCBA joue encore l’agenda – pas l’actualité américaine d’une pétition qui sur fond de mouvement «metoo» demandait au Metropolitan Museum de décrocher l’un de ses Balthus – son accrochage sera verni la vieille de l’ouverture de la grande rétrospective Balthus à la Fondation Beyeler à Riehen. En plus de s’ajouter en bonus au programme prévu pour le lancement d’une institution qui déroulera ses 3700 m2 de surface d’exposition – dont 1200 pour les événements temporaires – dès octobre 2019. Mais pour parler contenu, la patience est encore demandée! Bernard Fibicher jurant qu’il ne faut lire dans cette temporisation, ni déconvenues, ni difficultés à obtenir des prêts pour un édifice n’ayant pas encore fait ses preuves au niveau de la conservation des œuvres.

«Un musée citoyen»

«Cette petite inconnue est là, nous devons travailler avec. Et si les prêts pour la première exposition sont accordés, poursuit le directeur, ils le sont sous réserve d’une stabilité climatique dans le bâtiment. Mais surtout, nous souhaitons communiquer sur un ensemble d’événements afin de montrer une cohérence.» Intention fermement relayée par la conseillère d’État Cesla Amarelle qui promet de lever le voile cet automne sur «une politique globale de programmation d’un musée citoyen qui passera à une douzaine d’expositions annuelles dont trois principales et d’autres dites «dossier» et «projet», un musée qui ne se consacrera pas seulement à la présentation du patrimoine, mais sera attentif aux forces émergentes de la création artistique.»

Plateforme 10 Samedi 2 juin (10 h-17 h): ouverture au public du chantier. Du 31 août au 9 septembre: «Balthus Unfinished» www.plateforme10.ch (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 21h54

Balthus, né Balthasar K?ossowski le 29 février 1908, il est décédé en 2001 à Rossinière dans son Grand Chalet acquis en 1977. À la recherche constante de la beauté, son œuvre est rare, elle compte 350 tableaux.

Bob Wilson est né en 1941 au Texas. L’artiste américain obtient une consécration internationale, en 1971 en France, avec son spectacle «Le regard du sourd». En 1993, il reçoit
le Lion d’or de la sculpture à Venise.

Le retour de Bob Wilson à Lausanne

Deux immenses artistes sur une même affiche pour un dialogue qui s’annonce fécond entre le peintre préféré d’André Breton et le metteur en scène adoubé par Aragon. Pour éclairer les œuvres inachevées qui passeront par les sous-sols du futur MCBA, la famille de Balthus a eu la bonne idée de contacter Robert – dit «Bob» – Wilson. Et de confier la scénographie de cette exposition à ce plasticien d’avant-garde et créateur visionnaire qui partage sa vie entre la France et les États-Unis, où il a créé, en 1992 dans les Hamptons, The Watermill Center, un incubateur interdisciplinaire et laboratoire d’idées qui nourrit ses créations. «Balthus unfinished» signera le retour à Lausanne du grand metteur en scène de théâtre et d’opéra américain. En 1993 à Vidy, il y créait l’événement avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre de son «Orlando» d’après Virginia Woolf. G.CO.

Des choix d'importance

Le 21 mars, le Musée cantonal des beaux-arts était de la vente aux enchères de la Collection Givel à Bâle visant notamment un Louis Soutter, mais l’escalade des prix (jusqu’à 90'000 fr.)
a dépassé ses moyens. Mais avant que cette vente n’ait lieu, le Musée avait pu choisir et recevoir six pièces de cette importante collection vaudoise par le biais d’une dation (en paiement d’impôts sur les successions). Ce sont donc, comme annoncé lundi, un Giovanni Giacometti, deux Louis Soutter et trois Félix Vallotton qui rejoignent ainsi son inventaire. Des choix faits en parfaite cohérence avec les fonds existants au MCBA. Lequel possède déjà une trentaine de Giacometti mais il lui manquait une huile de sa période fauve. Alors que les deux peintures au doigt de Louis Soutter s’intègrent en pièce d’exception dans un fonds de 600 feuilles et huiles, les trois Vallotton se distinguent en œuvres charnières de son travail.

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