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Baselitz, l'oeuvre à l'envers, la tête à l'endroit

Bâle célèbre le travail chargé de tensions de l’artiste allemand qui fête ses 80 ans à travers deux expositions.

Peintures et sculptures sont présentés à la Fondation Beyeler alors que les oeuvres papier sont au Kunstmuseum de Bâle.
Peintures et sculptures sont présentés à la Fondation Beyeler alors que les oeuvres papier sont au Kunstmuseum de Bâle.
KEYSTONE

La question touche à l’existentiel et juste avant un silence aussi lourd qu’une porte blindée qui claque, la réponse tombe… fondamentale, cinglante. Et négative. Sa puissante silhouette calée dans un canapé, Baselitz l’assure dans un mélange d’élégance et d’irrévérence jouissive: il n’a changé ni sa façon ni sa raison d’être ce dissident de l’art. À 80 ans – il les fête à Bâle dans une double exposition, peintures et sculptures chez Beleyer, œuvres sur papier au Kunstmuseum – le géant allemand peut se prévaloir d’une résistance dans la durée comme dans la constance. La preuve avec ses immenses formats peints à même le sol ou les gigantesques sculptures arrachées au bois qui restent sa mesure du monde alors que son ardeur à vouloir surprendre continuellement en triturant la vie dans la matière est elle aussi pérenne.

Une seule différence; elle est venue avec le temps. Si l’ado en rébellion a refusé tous les carcans, si l’étudiant perspicace s’est forgé avec l’art un moyen d’agir plutôt que de nourrir une opposition de principe, l’octogénaire, presque sage, arrive désormais à se l’expliquer: «Il a toujours fait ce qui avait du sens pour lui. Et en Allemand!» La précision importe, elle fige la réalité d’un artiste qui avait 7 ans à la mort d’Hitler et qu’il claironne un peu partout en mode explicatif. «Ce que je fais est enraciné dans la tradition allemande. C’est laid et expressif.»

Devant son aigle en chute libre, ses spectres hallucinés, ses arbres contorsionnés, on ajoutera, lucide dans l’acceptation d’un passé collectif au pouvoir de nuisance avéré sur les générations suivantes. L’homme tient un discours, son volontarisme intellectuel intéresse, mais Baselitz est avant tout un artiste qui donne à voir. Radical. Extrême jusqu’à flirter avec l’absurde. Il ne craint ni l’offense à l’esthétisme ni l’expression outrancière, libérant la violence dans ses traits et les brûlures de l’existence dans ses couleurs. Des griffures, des couches pâteuses, il est cet inconditionnel de la peinture, cet explorateur en renouvellement constant d’une voie médiane entre la figuration et l’abstraction. Il est cet artiste refusant l’orthodoxie de son milieu, récusant toute appartenance que dans leur complémentarité les deux accrochages bâlois suivent en commençant par le début! Le scandale. La figuration – à l’heure des pleins pouvoirs de l’abstraction – d’un ado se masturbant.

Pas de question religieuse!

«Ma plus grosse connerie, rigole-t-il, mais je vois qu’elle est merveilleusement présentée ici.» Les autres faits d’armes se bousculent, l’état de choc perdure. Place aux figures apocalyptiques peintes en pleine pâte, puis à ses héros, figures hybrides entre la bête et l’artiste. Il y a les tableaux fracturés, les remix de ses œuvres, les motifs pulvérisés et enfin renversés comme autant de façons d’ébranler les règles. Celles de l’art, de la tradition, de la réalité, de la subjectivité. Et jusqu’à l’assaut final de ses dernières créations réseautant avec un au-delà cosmique, il y a encore ces bois sculptés dont Modèle pour une sculpture dans lequel la Biennale de Venise 1980 a lu, ou cru lire, un salut hitlérien. La densité submerge, la confrontation est physique, comment trouver une lueur dans ce langage de la véhémence? Lui aimerait qu’on y voie un peu d’humour! Mais peut-être faut-il se tourner vers l’humain à nu, son sujet…

Baselitz aurait-il foi en lui? Toujours calé dans son canapé, l’artiste imperméable aux religions commence par botter en touche, le regard fixe perdu au loin. «C’est une question religieuse, je ne réponds pas aux questions religieuses.» Mais de sa voix de ténor, il finit par développer: «Je ne sais pas si je peux avoir de l’espoir en l’être humain, parfois oui, parfois non. Dans le même temps, l’histoire de l’humanité est longue, on pourrait y lire un signe d’encouragement.»

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