La BD et BDFIL vus par d’ardents festivaliers

Bande dessinéeJusqu’à lundi, la Riponne est en bulles. Extraits de bavardages sur le terrain.

Le ciel et la fosse de l’Espace Romandie dédiés à Dave McKean, l’invité d’honneur de BDFIL. PATRICK MARTIN

Le ciel et la fosse de l’Espace Romandie dédiés à Dave McKean, l’invité d’honneur de BDFIL. PATRICK MARTIN

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La bande dessinée affronte les vents du numérique. Celle de papa se retrouve bousculée par l’émergence de nouveaux supports. Des dessinateurs ont renoncé au papier. L’exposition «BD numérique de création», que montre BDFIL dans l’Espace Romandie, présente travaux et recherches du collectif RVB, animé par le Genevois Yannis La Macchia. Comment est perçu le festival? Quelles sont les attentes des visiteurs? Comment les professionnels du neuvième art esquissent-ils l’avenir? Nous avons écouté les personnes croisées au fil de nos déambulations. Compte rendu forcément subjectif.

Jean-Marie Derscheid, expert en bulles, nous vient chaque année de Belgique. C’est lui qui a convoyé, cette année, les précieux originaux de Dave McKean. «C’est un art en perpétuelle mutation, en évolution permanente, qui aujourd’hui explore des territoires tout à fait nouveaux. Des auteurs comme Bastien Vivès ont abandonné le support papier et travaillent directement sur écran. Ses travaux peuvent se retrouver partout. Car la BD d’aujourd’hui utilise tous les canaux. Cette base peut devenir un livre, une animation, un jeu vidéo et éventuellement un film. Ça devient un art qui mixe les autres, un art global, comme on l’a dit de l’opéra. On est aujourd’hui loin de la BD de nos parents et c’est très intéressant. J’aime bien BDFIL, car sa direction est davantage tournée vers l’exploration que les choses un peu attendues.»

Charles Hug, grand collectionneur de 80 ans, ancien comptable aujourd’hui établi à Genève mais né à Yvonand, n’attend «honnêtement rien du festival, mis à part la rencontre d’amis». Et de se souvenir: «Vous savez, la BD, pour moi, était un apport de rêve quand j’étais enfant. Nous n’avions pas la TV. Heureusement, ma maman comprenait que j’aimais ces livres d’images. Elle m’achetait le «Tarzan», le «Mickey magazine». J’étais fasciné par deux dessinateurs dont plus personne ne parle aujourd’hui: Étienne Le Rallic (1891-1968) et René Giffey (1884-1965). Du dernier, je garde un souvenir vibrant de la page qu’il proposait sur la vie de Buffalo Bill. Il a dû en dessiner 3000. Son adaptation des «Misérables» m’a aussi beaucoup marqué. Il traitait aussi d’érotisme très gentil pour des revues que l’on trouvait en kiosque et qui étaient surtout achetées par les militaires.» Plus tard, on le surprend, l’œil gourmand, devant un dessin à la carte à gratter de Thomas Ott.

Le jeudi et le vendredi, nombre de classes sont à la visite. Richard Tanniger enseigne à la Fondation de Verdeil, à Lausanne. «J’attends en venant ici de découvrir de nouvelles choses. Je connaissais Dave McKean, que j’ai vu à la Maison d’Ailleurs il y a quinze ans. J’avais adoré et j’étais content de revoir des choses en live. Là, je viens avec ma classe pour partager la passion de la bande dessinée, qui pour moi est un art majeur au même titre que la littérature, le théâtre, le cinéma et tout ce qui enrichit nos existences.»

Batman, Titeuf et «Objectif Lune»

Parmi ses élèves, Fabio Justo (12 ans) brûle de s’exprimer: «J’aime bien BDFIL. J’ai déjà vu Dave McKean (il estropie un peu son nom) sur des vidéos car on a travaillé sur la visite en classe avec le prof. Je ne suis pas très fan de BD mais Batman me plaît. Je lis «Titeuf» et un peu «Tintin.» Il cite «Objectif Lune» et avoue ne pas avoir bien lu «car je suis allé un peu vite». Autre élève, mais de l’ERACOM cette fois, Sarah Benharsi (20 ans) remarque: «La BD est un bon moyen de communiquer plein de choses. Je dessine et aimerais bien en faire. Je m’essaie un peu, mais je n’ai pas participé au concours Nouveau talent.

Alex Baladi, lui, en a fait son métier. «Il y a, ici à Lausanne, un très bon contact entre les auteurs. Ce que représente la BD pour moi? Beaucoup de travail. Quand j’ai commencé au début des années 90 – je parle de la scène indépendante –, c’était un tout petit milieu. J’en vis plus facilement aujourd’hui, parce que petit à petit j’ai commencé à être connu, même si mes ventes stagnent. J’ai aussi gagné des bourses, des prix, j’ai vendu des installations en art contemporain, ce qui fait que, financièrement parlant, ça va. Le principal de mes revenus n’a jamais été mes livres. On me demande de plus en plus pour donner des workshops.» Incontestablement une forme de reconnaissance.

Un autre regard sur les œuvres

Patrice Zeltner est venu de Sierre: «Avec les mises en scène des expos, on prend un autre regard sur une œuvre. Je connaissais la BD picturale d’un Mattotti, mais pas celle de Dave McKean. C’est vraiment beau, et les originaux permettent de voir les matières, les collages. Une fois imprimés, plein de détails nous échappent. Ici c’est un vrai bonheur.»

À quelques encablures, au Forum de l’Hôtel de Ville, au milieu des stands de microédition, Pascale Gresbek, jeune retraitée d’Épalinges, s’enthousiasme: «Je ne suis pas très versée dans la BD, mais en marchant ici, j’ai fait de belles découvertes. J’apprécie beaucoup la manière dont le festival est mis en place. Il y a tout un côté artistique qui dépasse ce que l’on imagine a priori de cet art.» Quant à Cuno Affolter, âme du Centre BD de la Ville de Lausanne, il espère que les visiteurs apprécieront son expo sur «La BD dans la presse américaine» du début du XXe siècle. «L’enjeu pour nous est de montrer que nous ne sommes pas qu’une archive dans une cave. Nous sommes vivants et nous avons un message à transmettre: pousser les gens à venir nous visiter hors de BDFIL.» (24 heures)

Créé: 14.09.2018, 21h40

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