BDFIL internationalise Lausanne

Bande dessinéeA l’ancien Romandie s’est ouvert un monde parallèle parcouru d’Indiens, de légèreté, de puissants cauchemars et d’explosions psychédéliques.

Catherine Meurisse aime jouer autour de l'histoire l'art.

Catherine Meurisse aime jouer autour de l'histoire l'art. Image: Vanessa Cardoso

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Pour sa 2e édition – la 12e de BDFIL –, Dominique Radrizzani ramène le monde à la Riponne. Le directeur artistique a invité 38 dessinateurs à cogiter sur les conséquences nocturnes d’une overdose de fromage. Parmi eux… 13 Suisses, nés des deux côtés de la Sarine. Six planches originales du début du XXe siècle, signées Winsor McCay (belle rareté!) et échappées des Cauchemars de l’amateur de fondue au Chester, rappellent que le thème n’est pas nouveau. L’exposition se présente sous la forme d’un sombre labyrinthe, composé d’une suite enchevêtrée de petites cellules constellées d’œuvres en cimaises. L’ambiance et la qualité des planches s’y disputent la beauté.

A proximité, le visiteur entre au pays de Catherine Meurisse. Du Pont des arts (paru chez Sarbacane en 2013) à La légèreté (Dargaud 2016), la Française a failli perdre le goût du dessin. Car elle a échappé de peu aux tueries de Charlie Hebdo. «Elle raconte volontiers sa curiosité pour Proust, Balzac ou Victor Hugo, souffle Dominique Radrizzani dans la première partie, pimpante, de l’exposition. C’est une littéraire qui confronte la bande dessinée aux peintres du XIXe siècle.» Passé un rideau, le visiteur bascule dans la douleur qu’elle a éprouvée à se reconstruire suite aux massacres de ses pairs. On y retrouve la force sincère, le dépouillement, le vertige profond qu’on ressent à la lecture de son dernier livre. «Elle remplit peu à peu le vide qui l’a envahie, résume Radrizzani. Son dessin se situe dans la ligne de Bretécher et de Sempé.»

Traduction de magazine zurichois

Point de drame à la porte d’à côté, puisqu’elle s’ouvre sur l’univers hautement graphique du magazine zurichois Strapazin. Aux murs, le matériel original du dernier numéro, qui revient sur sa folle existence et son avenir à travers la puissance des cases. Le titre est né en 1984. On y retrouve la plasticité du Grison Andrea Caprez, la pertinence muette du gratteur Thomas Ott, l’émotion très picturale d’Andreas Gefe ou le trait ironique et follement libre d’Anna Sommer. Pour BDFIL, ce qui ne s’était jamais fait en 124 numéros, une édition traduite en français ravira les lecteurs définitivement brouillés avec la langue de Robert Walser.

Et les Indiens? Ceux de Derib naturellement, l’invité d’honneur cette année. Les curieux pourront même découvrir les toutes premières esquisses de Yakari, qui remontent à 1964, lorsque le Vaudois travaillait pour Peyo. Petit Tonnerre, le cheval, porte une bride et le petit Indien un carquois, ce que l’on ne verra jamais dans les albums. Parmi les trésors, planches de Go West sur un scénario de Greg, de Buddy Longway, de Red Road ou des Ahlalààs, s’ouvre dans une vitrine un inédit de deux pages, datées de 1963. Cette histoire, très inspirée de Lucky Luke, a séduit Peyo au point d’engager le petit Suisse dans son équipe. «Derib, en Belgique, est une valeur patrimoniale, atteste le Bruxellois Jean-Marie Derscheid, commissaire de l’expo. Il est un des quatre maîtres du western franco-belge, avec Jijé, Giraud et Hermann.»

La bande à Derib

Comme c’est une rétrospective, les derniers travaux du Boéland ne sont pas oubliés. Il travaille notamment sur le centenaire, en 2018, de la mort de Ferdinand Hodler. On découvre alors que Derib expérimente toujours, travaillant la même planche sur trois niveaux: un lavis montrant le peintre vivant, du crayonné pour ses souvenirs, et de la couleur pour ses tableaux. A ne pas rater, enfin, un film de la TSR de 1976, intitulé La bande à Derib. On y découvre, réunis à La Tour-de-Peilz et interrogés par Georges Kleinmann, Franquin, Peyo, Greg, Jijé et Giraud. Ce beau monde cause sérieusement sans oublier de faire les pitres. La fondue aux fraises de Gaston n’est pas loin. On y entend aussi François de Ribaupierre, peintre et père du bédéaste, et sa mère.

La dernière expo qu’abrite le Romandie, «Flower Power» , est vouée à un public averti. «C’est le fruit d’une collaboration entre le Centre BD de Lausanne et la Fondation F.I.N.A.L.E., abritée par la Galerie Humus, précise Cuno Affolter, conservateur. On y assiste à la révolution sexuelle qui bouscule la fin du XXe siècle et qui est colportée, par la BD, dans différents journaux.» Pas tous contre-culturels, car on y repère Lui et Playboy. L’endroit, un espace tout en long, explose de couleurs. Graphistes et dessinateurs ne se sont pas privés de psychédélisme. Et si les chairs montrées passent par l’intime, on y recense aussi, sociologiquement, l’histoire récente de l’évolution des mœurs. On ressort de l’ancien Romandie heureux et la tête sous le bras. (24 heures)

Créé: 16.09.2016, 08h14

Infos pratiques

BDFIL, Lausanne
Jusqu’au 19 septembre
www.bdfil.ch.

Des rencontres au-delà des expositions

En collaboration avec BDFIL, le Mudac expose «Le monde d’Hergé» et le Rolex Learning Center, à Ecublens, s’intéresse aux mondes imaginaires des trois Suisses Krum, Frederik Peeters et José Roosevelt. Le concours Nouveau talent, sur le thème «Migration(s)», montre les bédéastes de demain au Forum de l’Hôtel de Ville. Le Premier Prix revient au Français Yann-William Bernard (né en 1980) devant le Suisse Lucien Metzener (1991). Une kyrielle de rencontres et de discussions sont prévues avec les 75 auteurs présents.

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