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Bernard Garo fait son tour de ville à Arlaud

Le Nyonnais investit l’espace lausannois en peintre mais aussi en photographe et en performeur pour témoigner d’une pratique diffuse mais concertée.

Le Nyonnais scelle la fin d’un cycle autour de quatre villes «Alexandrie, Reykjavik, Lisbonne, Istanbul» avec une grande exposition à Arlaud.
Le Nyonnais scelle la fin d’un cycle autour de quatre villes «Alexandrie, Reykjavik, Lisbonne, Istanbul» avec une grande exposition à Arlaud.
FLORIAN CELLA

La main du peintre accompagne de ses mouvements l’envie de libérer les tensions liées à une exposition, temps d’arrêt et du recul, dans une déjà longue carrière. Mais cette main du Nyonnais Bernard Garo s’ouvre aussi et se referme comme lorsqu’on prend une poignée de terre en signe de force. Cette terre de connaissances, cette couleur terre qui imprègne son œuvre, cette terre qui fait ou défait les mondes.

Ses œuvres, ses immenses formats déroulés à l’Espace Arlaud à Lausanne racontent cette terre autant qu’ils s’inspirent de son histoire. Il la peint comme une référence primitive ou historique, comme une peau couverte de cicatrices sismiques et de blessures laissées par l’horreur de la guerre, il la peint encore à l’état pur et sauvage d’une matière première ou, parfois, comme un magma plus énigmatique. Cherchez des ciels! Il n’y en a pas dans l’œuvre de Garo, pas d’horizon, pas âme qui vive… Prise pour témoin ou empreinte, il y a surtout la vie, une ample réflexion sur ce qu’elle draine ou ce vers quoi elle tend.

«Je regarde toujours les sols, glisse-t-il en photographe précédant ses toiles d’une collection de clichés. C’est là que sont les fractures et les vibrations.» Indéfectible, ce lien avec le magnétisme terrestre envoie même l’artiste – de façon consciente ou pas? – à terre pour peindre, ses toiles posées au sol. Même la palette de couleurs apposée avec une truelle ou essaimée au tamis lui vient de la terre, composée exclusivement de ces poudres extraites de la nature minérale ou végétale. Une manière supplémentaire pour Bernard Garo de revendiquer une appartenance à l’histoire commune, à la mémoire collective qui se construit tous les jours.

Abondant de générosité, le peintre aime parler de son art et avec l’assurance de son expérience, il aime l’évoquer comme une entreprise monumentale où chaque toile s’inscrit dans une continuité. Millimétrée. Réfléchie. «Je cherche le format idéal en fonction de ce que je vais peindre, on ne crée pas de la peinture sans connaître la peinture. Avant même de le commencer, je dois savoir le nombre de pièces que comportera un cycle, impossible pour moi de commencer une toile, si je n’ai pas l’idée des soixante suivantes. Après…, il n’y a plus qu’à se battre pour que cela suive.»

Accompagnée d’une imposante monographie reliant plusieurs domaines d’expertise, l’exposition à l’Espace Arlaud témoigne de l’élaboration d’une pensée existentielle au sein d’une totalité. Après avoir suivi l’axe Barcelone, Berlin, Bâle, Garo a dessiné une autre carte de son monde en reliant quatre autres villes, quatre points cardinaux à équidistance du Cervin: Alexandrie, Reykjavik, Lisbonne et Istanbul. Leur histoire marquée par des catastrophes culturelles, ces quatre villes rythment, se mêlent et se confondent sur le parcours thématique dessiné sur les quatre niveaux de l’Espace Arlaud pour chercher la symbolique des choses. «Je peins un monde instable, friable, un monde extérieur qui nous renvoie à l’intérieur et nous fait réfléchir sur ce moment présent où tout semble basculer.»

Bernard Garo insiste: «Peintre, je ne crée pas des images. A l’heure du virtuel, la place de la peinture, c’est d’être matière, une matière à réflexion. Mon engagement n’est pas politique, il est moral, c’est un cri.» Il s’entend, sensible! L’exposition s’appelle «Déflagration». Mais il arrive aussi que ce cri, toujours dense, devienne hurlement dans une salle dédiée à Alep où la profusion de propositions – cette même généreuse abondance qui fait l’homme – brouille le message.

Difficile de faire des choix quand on a tellement envie de dire! «Cette exposition, avance-t-il, c’est quinze ans de ma vie, de force, de labeur, de plaisir aussi dans une continuité, j’avais envie que l’on se rende compte de qui est Garo.»

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