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Sam Szafran ne nuancera plus la vie avec sa boîte aux 1600 pastels

Trop rare mais un peu moins en Suisse, le Parisien laisse une œuvre à part fidèle aux mêmes thèmes depuis cinq décennies.

Sam Szafran en 2013 dans son atelier de Malakoff dans la banlieue parisienne.
Sam Szafran en 2013 dans son atelier de Malakoff dans la banlieue parisienne.
GASSIAN

La nature lui avait façonné une bouille de rebelle sensible tenant en horreur «la lèche» dans le monde de l’art contemporain, l’existence – rude – l’avait encore marquée et creusée, mais Sam Szafran se servait aussi de cette mine comme d’un paravent. Discret, le Parisien décédé vendredi à la veille de ses 85 ans n’aimait pas se répandre, estimant qu’il n’y avait rien à ajouter à son œuvre. Cette subtile redondance et fascinante alternance entre les foisonnements de philodendrons, le capharnaüm de son atelier et la rigueur mathématique de cages d’escalier où le vertige s’arrogeait toujours le premier rôle, dans des constructions de plus en plus complexes, parfois même proches de l’anamorphose.

Un vertige terriblement mental, éminemment métaphysique et en contraste total avec sa technique, si charnelle. Le pastel – sa boîte en comptait plus de 1600 – posé comme autant de poussière de vie sur le papier-peau. En 2018, l’artiste né Samuel Berger était au casting de la Fondation de l’Hermitage dans son exposition «Pastels du XVIe au XXIe siècle», mais c’est la Fondation Gianadda qui la première lui avait ouvert les portes d’une institution muséale en 1999, renforçant ainsi ses liens avec la Suisse. Pays qui avait accueilli le gosse, rescapé de la rafle du Vél d’Hiv, et qui lui avait donné une épouse, Lilette, son modèle.

Sam Szafran reviendra en 2011 à Martigny dans une collective et en 2013 pour une grande rétrospective. Juste avant, sous la grande verrière de son atelier de Malakoff, bastion communiste, l’artiste nous confiait son rapport étrange au temps, comme son dévouement à l’art, une façon de combler la peur du vide. «Je travaille plus que jamais, disait-il alors, j’ai besoin de prolonger cette passion pour l’image. Peut-être vient-elle d’une adolescence qui en a été privée?»

Chez Gianadda, l’inconditionnel de Giacometti, qui avait pour nom de totem «Le petit Suisse», laisse plusieurs œuvres, deux céramiques monumentales, sa collection de 226 photographies, dont la plupart sont dédicacées par Henri Cartier-Bresson et un autre ami. «J’étais chez lui lundi dernier encore et suis resté une petite heure, assis au bord de son lit, témoigne Léonard Gianadda. Il était optimiste, il devait entrer à l’hôpital. On s’est raconté plein de souvenirs, c’était extraordinaire. Ce n’est pas pour rien que nous avons un Pavillon Sam Szafran.»

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