Les bonnes raisons de se rendre à Fumetto

Bande dessinéeLe festival de Lucerne jouit d’une aura d’inventivité et de convivialité toute spéciale. Et voici la 25e édition.

«La vie est si mystérieuse». Le style de Max, habitué de Fumetto, est aussi minimaliste que drôle.

«La vie est si mystérieuse». Le style de Max, habitué de Fumetto, est aussi minimaliste que drôle. Image: DR

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Fumetto est né dans les marges alternatives, en 1992, sur les friches industrielles situées derrière la gare de Lucerne. Personne n’aurait alors parié un kopeck que ce festival deviendrait le meilleur du pays. Un fait divers tragique, l’incendie en 1993 du fameux pont de bois couvert de Lucerne, lui a donné un sérieux coup de pouce. Car la Municipalité a accordé à la toute jeune manifestation une visibilité hors pair en lui permettant, l’année suivante, d’accrocher sur le pont reconstruit… plus beau qu’avant. Et qui a-t-on vu exposer là? L’Italien Lorenzo Mattotti, dont les originaux de Feux étincelaient, l’Espagnol Max, au trait souple et à l’esprit marrant, l’art sauvage de la Berlinoise Anke Feuchtenberger et le travail proche de la peinture de la Belge Dominique Goblet. Cette année, pour la 25e édition qui débute samedi, l’immense Mattotti est de retour à Lucerne en compagnie du toujours facétieux Max. L’inventeur du journalisme en cases, l’Américain Joe Sacco, fait aussi partie du voyage. L’artiste en résidence se nomme Joost Swarte, à qui l’on doit notamment l’expression «ligne claire». Sans oublier les toujours très audacieux dessinateurs du Frémok belge et les délires organiques de la Marseillaise Caroline Sury. Qui dit mieux?

Certainement pas BD-FIL, qui annonce Derib et Tintin au sommet de l’affiche de son rendez-vous de l’automne prochain. Il ne s’agit pas de casser du sucre sur la manifestation lausannoise mais de rendre hommage à des Lucernois qui ont la chance d’être mieux mis en valeur dans leur ville. Car ce que BD-FIL ne parvient pas à faire, exposer dans les salles de Rumine, Fumetto le fait depuis belle lurette dans le prestigieux KKL (Kultur- und Kongresszentrum Luzern). Et pendant les dix jours que dure le festival, impossible à qui déambule dans la ville de ne pas apercevoir une des enseignes orange de Fumetto flotter sur ou à côté d’un bâtiment historique. A Lausanne, lorsque BD-FIL crépite, rien ne permet de s’en rendre compte à la rue de Bourg ou à la rue Centrale.

Des lieux qui bougent

Mais comparaison n’est pas raison. Ce qu’on aime sur les bords de la Reuss, c’est la dissémination des lieux d’exposition. Et le plaisir qu’il y a de parcourir une jolie cité, pas seulement la vieille ville, pour se rendre à des endroits qui changent au fil des ans et des disponibilités des lieux. Beaucoup d’adresses restent, mais périodiquement de nouvelles, parfois foncièrement étonnantes, surgissent. Une des plus pérennes et des plus clinquantes est celle du Schweizerhof, en bordure de rade. Car le cinq-étoiles se fait un point d’honneur de loger et d’exposer l’artiste en résidence. On y a vu Loustal, Blutch ou Exem.

Vous ne parlez pas couramment la langue de Goethe? Aucun problème, les expos sont présentées en allemand, en français et en anglais. Vous mésestimez l’art de vivre et de faire la fête des Lucernois? Les soirées d’ouverture et de clôture du festival devraient vous faire changer d’avis. Vous êtes effrayés à l’idée de vous retrouver dans un événement élitiste? Rien de plus faux, mais il faut reconnaître que la bande dessinée se perçoit différemment outre-Sarine. Elle ne flirte guère avec les gros nez, ou si peu, elle fraie davantage avec l’art et le dessin pur.

Point de super-mégalibrairie du neuvième art à Fumetto: en gros, seuls se vendent les livres des artistes exposés. Si toutes ces raisons ne vous atteignent pas, tant pis. (24 heures)

Créé: 11.04.2016, 19h45

Faire le voyage de Lucerne pour de grands moments

Le voyage à Lucerne pour Fumetto offre souvent plaisir et découverte. Je me souviens avoir vu exposer Edmond Baudoin dans un vieil atelier de menuiserie en reconversion. C’est à Lucerne que j’ai découvert Chris Ware alors qu’il n’était connu que des membres de L’Association. La rétrospective consacrée à l’œuvre de Tardi, l’an dernier, en a émerveillé plus d’un: elle se tenait dans une piscine désaffectée. Si Fumetto fait toujours une place de choix aux artistes français ou belges, il n’oublie pas les gens du Nord et les Américains. J’y ai vu Gary Panter et Peter Blegvad, Richard McGuire, bien avant «Ici» et en versions animées, ou Daniel Clowes.

Plus populaire, j’y ai gobé tout Crumb et l’underground de la première heure, sans oublier la vaste rétrospective consacrée à Jack Kirby et ses superhéros, de Captain America aux Fantastic Four.

Avec le temps, Lucerne a su devenir une grande capitale du neuvième art. L’exposition «25 ans de bande dessinée» se lira sur les murs de la ville.

Un livre à édition limitée échantillonnera les innombrables artistes venus se montrer à Lucerne.

Le festival

Lucerne, divers sites
Du sa 16 au di 24 avril
Rens.: 041 412 11 22
www.fumetto.ch

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