Passer au contenu principal

Burland ouvre son «Bazar» chez Tinguely

L’artiste vaudois et ses merveilles grinçantes se glissent dans l’univers du sculpteur dans son antre fribourgeois. Un dialogue aussi inédit que joyeux.

Collages, gravures, sculptures, les pièces de François Burland occupent les deux salles d’expositions temporaires de l’Espace Tinguely-Niki de Saint Phalle.
Collages, gravures, sculptures, les pièces de François Burland occupent les deux salles d’expositions temporaires de l’Espace Tinguely-Niki de Saint Phalle.
DR

Autant le dire tout de suite, lui ne parle pas d’œuvre! François Burland n’aime pas se cacher derrière les grands mots vides et encore moins derrière les généralités. L’homme des réalités bricolées au rayon jouets, des antagonismes appondus en format affiche, des univers matériels suturés pour flirter avec la subversion, n’aime pas non plus se prendre trop au sérieux. Le choix est vrai, sincère, il ne doit rien à la posture et n’affecte pas davantage son propos d’artiste. Dans son monde déjanté mais truffé d’invitations à la réflexion, il est question des désordres du nôtre comme de ses valeurs chahutées. La différence? Elle est dans la forme, Burland investissant exclusivement dans les énergies jubilatoires et espiègles. «Il y a déjà assez d’adeptes du sérieux dans le monde de l’art contemporain sans venir encore grossir les rangs de ceux qui font la gueule! On peut très bien dire les choses de façon joyeuse et légère, assure le sexagénaire. L’art, c’est aussi ça! C’est ce qui fait qu’on entre en relation avec l’autre, enfin moi… c’est le moyen que j’ai de rencontrer les gens.»

Cette fois, le rendez-vous est fixé à Fribourg, à l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint Phalle: c’est là que le singulier camelot déballe son «Atomik Bazar», une œuvre établie sur la durée faite d’autant de récup que de détournement de sens. Constante mais aussi diffuse, elle se régénère sans perdre de sa force de frappe, son achalandage à chaque fois irrésistible avec ses promotions inégalables sur la naïveté épanouie comme sur l’ironie mordante.

«Il y a déjà assez d’adeptes du sérieux dans le monde de l’art contemporain sans venir encore grossir les rangs de ceux qui font la gueule!»

On y trouve de vraies bricoles, engins volants ou roulants, comme seul le Moyen Âge savait en catapulter sur les champs de bataille. Il y a aussi ces slogans, ces «Obéis, consomme», «Aux arts citoyens», «Total, partenaire officiel de la fin du monde» qui giflent les consciences, doués de cet humour indiscipliné que la communication de masse n’ose plus. Il y a encore – présentés à Fribourg pour la première fois comme une série – ces panoramas faussement suaves truffés de bébés potelés, de canons féminins, d’idéaux patriotiques ou publicitaires, ces collages qui déroutent l’imagerie originelle pour lancer d’autres desseins. Plus fertiles. Peut-être plus lucides.

Fascinant pas de deux

Mais il y a surtout comme une évidence, comme une réponse à Tinguely dans l’«Atomik Bazar» déballé par le Vaudois à Fribourg, même si l’œuvre n’a pas été créée dans ce sens, ni l’exposition imaginée dans cette perspective. Le lien, irréfléchi, l’osmose, inattendue… La convergence n’en est que plus galvanisante comme si ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. «J’avais 6 ans au moment d’Expo 64, raconte l’artiste. Je me souviens, même si je n’avais pas la compréhension de la portée d’une œuvre d’art, du trouble, de la joie, de la stupeur ressentis devant «Eurêka». Je me souviens aussi de la colère exprimée par certains devant cette machine ne servant à rien. J’avais compris, poursuit-il, que ce quelque chose d’absurde posait des questions et pouvait libérer la parole. Par la suite, je l’ai rencontré trois fois, fasciné par ce qu’il dégageait, dont une à Lausanne, à la Collection de l’art brut, alors qu’il offrait des dessins à tout le monde. J’avoue ne pas avoir bien compris, j’ai décliné. Aujourd’hui, j’aurais un Tinguely!»

La rencontre artistique dépasse le terrain de la récup – dont chacun a fait son vocabulaire esthétique – pour se nouer autour d’une même frénésie flambeuse et se sceller autour de ce foisonnement de fantaisies. Imperméable aux modes, aux contraintes, aux conventions, François Burland, comme Tinguely (1925-1991) collecte et dribble avec les sens, partageant encore avec le sculpteur cet art de décocher leurs flèches avec une malice subversive et cette liberté d’être. L’inclassable, rangé parfois avec la Neuve Invention ou encore dans l’escouade des résistants et des révoltés libertaires, s’éclaire encore d’une autre manière à Fribourg. Rien n’étant innocent dans sa furie créative. Jamais!

Fribourg, Espace Jean Tinguely-Niki de Saint Phalle

Jusqu’au 17 février, du me au di (11h-18h) http://www.mahf.ch

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.