«C’est le plus beau musée de Suisse!»

InterviewBernard Fibicher, directeur du MCBA bientôt installé dans «son» nouveau musée, dévoile ses plans.

Bernard Fibicher, directeur du musée.

Bernard Fibicher, directeur du musée. Image: FLORIAN CELLA

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Nommé en 2007 dans l’idée de porter le projet d’un musée à Bellerive, Bernard Fibicher aura dû attendre 12 ans pour s’installer dans une nouvelle demeure. L’historien de l’art, 62 ans, a accompagné le projet depuis le début et ne cache pas sa joie de nouveau locataire. Interview d’un directeur du MCBA qui peut enfin oublier les contraintes et la vétusté du Palais de Rumine.

Quel est votre ressenti maintenant que vous voyez le musée presque fini?
Je suis émerveillé par les espaces d’exposition, splendides, la matérialité de l’ensemble, la lumière, les proportions, l’éclairage… C’est l’outil parfait, le plus beau musée de Suisse! Je le dis très objectivement (sourire).

Cela fait longtemps que vous accompagnez ce bâtiment?
Je fais partie de la commission de construction, j’ai donc participé à tous les choix décisifs et l’élaboration de certains aspects. Cela va des portes en chêne au sol en terrazzo. Mais le plus important, en mon rôle de responsable d’une collection cantonale, c’est la qualité globale, que les conditions de stockage soient optimales, ainsi que l’éclairage, la ventilation, le taux d’humidité. L’aménagement du rez-de-chaussée est resté ouvert le plus longtemps avec des questions à régler au sujet de l’espace de médiation ou de notre shop-librairie.

La circulation du public vous a-t-elle aussi occupé?
Dès le concours, le projet était déjà presque parfait à 95%, un cas exceptionnel. On aurait presque pu construire le bâtiment le lendemain. Le MCBA a aussi profité de la sagesse d’un spécialiste de la muséographie comme Dieter Bogner, de Vienne. C’est un détail, mais il y a des toilettes à tous les étages alors que dans 80% des musées que je connais, il faut perdre une demi-heure pour s’enfoncer dans les sous-sols et revenir dans les salles. La circulation fait partie du confort de visite, elle doit être la plus aisée possible, appuyée par une signalétique claire.

Comment seront utilisés les espaces d’exposition?
Les deux niveaux ouest de la collection permanente, les plus grands avec plus de 1600 m2, offriront un parcours très structuré débutant avec Louis Ducros et le XVIIIepour finir par l’art contemporain du XXIe. À l’est, ceux des expositions temporaires, de 1200 m2 au total, ils ne permettront pas de faire une boucle, mais ça nous donne la possibilité de faire parfois deux expos distinctes en même temps. Une par étage. Il est même théoriquement possible d’ouvrir de plus grands espaces pour une exposition temporaire en les prenant sur la permanente. Chaque pièce exposée dans les salles a désormais sa place dans les dépôts qui sont d’ailleurs loin d’être pleins – avis aux collectionneurs!

Pour rythmer l’espace des expositions, disposerez-vous aussi de parois amovibles?
Oui, nous aurons des cimaises mobiles, d’un type très précis de celles qui sont par exemple utilisées au Schaulager de Bâle. Elles permettront de moduler toutes les scénographies possibles, que ce soit pour créer un axe central ou pour couper, irriter un peu l’ensemble et se resserrer autour de certains artistes.

Vous aurez aussi à disposition une Kunsthalle, la salle Projet et une salle Focus.
L’espace Projet présentera quatre expos par an, d’artistes contemporains d’ici ou d’ailleurs. La Russe Taus Makhacheva sera la première programmée, mais nous prévoyons aussi la Vaudoise Anne Rochat, Prix Manor 2020. L’idée est d’y faire travailler les artistes avec le lieu dans une approche moins classique et de réagir plus vite que pour les grandes expositions temporaires qui représentent souvent trois ans de travail. Quant à l’espace Focus, qui ne présente aucune ouverture sur l’extérieur, c’est un peu notre cabinet pour des œuvres fragiles. Il est destiné à des présentations plus intimes d’œuvres liées aux collections. C’est là que nous pourrions exposer les gravures de Vallotton ou faire un dossier sur des œuvres restaurées de la collection.

Le nouveau bâtiment modifie-t-il déjà vos échanges avec d’autres institutions?
Cela change fondamentalement la donne. Nous devons encore attendre d’avoir fait nos preuves pour parler d’égal à égal avec certains musées de l’étranger, même si nous avons déjà de très bons rapports avec le Musée d’Orsay à Paris et d’excellents contacts avec les institutions viennoises qui nous offrent la possibilité de notre première grande expo temporaire, «Vienne 1900», au printemps 2020. Plusieurs collègues américains de passage en Suisse en ont profité pour faire une visite et ils étaient soufflés par la qualité du bâtiment!

Le MCBA va-t-il enfin pouvoir réparer cet oubli du patrimoine dans lequel vivent les Vaudois depuis trop longtemps?
Tout à fait, depuis 1940 il n’y a plus de présentation permanente. Nous allons d’ailleurs miser sur notre collection, c’est capital. Il s’agit d’une belle collection au niveau suisse, grande, développée. Elle n’est pas du même acabit de celle de Bâle avec ses Holbein et ses Picasso, mais elle est unique, nous allons la montrer et un passage à Lausanne deviendra inévitable. Les musées n’ont pas tous à montrer les mêmes artistes. Nous aurons un très beau circuit, attractif, avec des découvertes mais aussi notre vedette patrimoniale, Vallotton, avec toujours une dizaine de ses œuvres exposées en roulement. Tout comme celles de Ducros, de Gleyre, de Steinlen ou de Soutter, dont nous possédons plus de 600 œuvres.

Que va changer cette mise en valeur?
Les Vaudois n’auront plus besoin d’aller à Paris pour découvrir Gleyre, on pourra faire ça ici! L’offre pour les écoles et la médiation culturelle vont aussi en profiter, d’autant plus que l’accès à la collection permanente sera gratuit. Cela peut aussi permettre à la population étrangère de mieux comprendre leur canton d’accueil. Dans tous les cas il y a un travail sur la continuité qui se traduira par exemple par la possibilité de retrouver des œuvres iconiques en permanence. J’ai toujours été content de revoir «Les ambassadeurs», d’Holbein, dans la même salle à la National Gallery depuis mes années d’études à Londres!

La présentation de la collection permanente suivra-t-elle un fil chronologique?
Nous nous sommes posé la question. Fallait-il chercher une exposition par chapitre thématique ou un ordonnancement plus classique? Nous avons opté pour la seconde solution, chronologique, surtout pour des raisons didactiques à destination des écoles. Défendre la notion de l’histoire de l’art et une évolution des formes et des contenus nous paraissait important.

En octobre, la première exposition, «Atlas», se penchera sur l’histoire, ancienne et récente, des donations. Le dialogue avec les collectionneurs évolue-t-il maintenant que le musée est sur le point d’ouvrir?
Oui, il y aura d’ailleurs quelques surprises lors de l’exposition. On n’en est pas encore au stade de devoir refuser des offres mais je sens un intérêt croissant de la part de collectionneurs importants qui étaient jusque-là plus réticents. On verra bien…

Plateforme 10 est voué à s’agrandir. Avec la responsabilité d’ouvrir les feux, vous vous réjouissez d’accueillir vos voisins du Musée de l’Élysée et du Mudac?
Nous sommes seuls sur le site pour l’instant, mais je suis parfaitement conscient que notre impact sera plus important et que nous pourrons attirer plus de monde, lorsque le site sera complet. Il y aura aussi la possibilité de mutualiser certains outils ou du personnel. Cette réunion de trois institutions dans un même périmètre revêt deux aspects. Elle nous ouvre la possibilité de belles collaborations avec, par exemple, le montage, tous les 3-4 ans, d’une grande exposition commune. Mais elle nous force aussi à travailler nos spécificités. Dit autrement, à trois nous sommes plus forts que seuls, mais nous devenons aussi des concurrents. J’espère pouvoir être jaloux d’une belle exposition du Musée de l’Élysée qui me pousse à me dépasser, que ce soit dans le contenu ou la promotion. Une belle dynamique se prépare.


Visite en primeur du Musée cantonal des beaux-arts

Créé: 05.04.2019, 06h46

Le musée, ses chiffres, ses expos

Le musée
Fondé en 1841 par le peintre et mécène Marc-Louis Arlaud, le musée s’est installé en 1906 au Palais de Rumine. Ses collections comprennent plus de 10'000 œuvres.

Fréquentation
La direction espère plus que doubler les 30'000 à 40'000 visiteurs qui foulaient, chaque année, ses anciennes salles sises du côté de la Riponne.

Finances
Le budget montera à près de 8 millions de francs, dès 2020.

Expositions
Dès son ouverture en octobre prochain, le MCBA promet 8 à 10 expositions par année, contre 3-4 auparavant. Après l’accrochage inaugural «ATLAS - Cartographie du don» qui plongera le public dans les collections du musée et à côté des salles permanentes, l’institution annonce, pour 2020, «À fleur de peau. Vienne 1900, de Klimt à Schiele et Kokoschka», «Jardin d’Hiver: la scène contemporaine vaudoise», Jean Otth puis Kiki Smith. Sont annoncés dans l’espace «Projet»: Taus Makhacheva, Jorge Macchi et les lauréats du Prix culturel Manor. Dans l’espace «Dossier»: Les dessins d’Albert-Edgar Yersin, les aquarelles de Giovanni Giacometti puis Christian Boltanski.

Un livre
En octobre, lorsque le MCBA dévoilera sa première exposition, un ouvrage de plus de 200 pages paraîtra chez Rizzoli New York et racontera, sous la plume du spécialiste en architecture Philip Jodidio, la construction du nouveau bâtiment

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