Le Chat de Geluck ronronne en version monumentale

Arts visuelsEn pleine forme dans son nouvel album, le fameux félin s'apprête à investir les Champs-Elysées sous la forme de vingt statues géantes. Rencontre avec son auteur.

Philippe Geluck entouré de deux statues du Chat, «Le discobole» et «J’ai les boules».

Philippe Geluck entouré de deux statues du Chat, «Le discobole» et «J’ai les boules». Image: DR

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Et de 22 pour le Chat de Philippe Geluck. Toujours en pleine forme après plus de trente-cinq ans d’existence, le félin replet du dessinateur belge exécute une rumba très personnelle sur la couverture de son nouvel album, truffé de haïkus irrésistibles. Perso, j’aime bien celui-ci: «Le chien fait ce qu’il peut. Le chat fait ce qu’il veut.» Avant d’investir un musée du dessin d’humour à son effigie, en 2023 à Bruxelles, le débonnaire félidé s’apprête à déambuler le long des Champs-Elysées, sous forme de statues monumentales. Vingt bronzes sur socle, hauts de 2 mètres environ, le présenteront de début avril à mi-juin 2020 dans différentes scènes humoristico-poético-surréalistes. De passage à Genève, son auteur en ronronne d’aise...

Les pages de garde de ce 22e album du Chat comportent une centaine de titres. Dont celui-ci: «Chat ne s’arrêtera donc jamais?» Éternel, votre matou?
C’est un peu mon souhait. Jusqu’à présent, les idées me viennent à flots continus, et même de plus en plus. J’ai moins de problèmes d'inspiration aujourd'hui qu’il y a une vingtaine d’années. Et si cela m’arrivait, je pourrais puiser dans les carnets où je note mes idées. Il m’arrive aussi de les consigner dans mon téléphone portable. Du coup, j’ai des centaines de dessins potentiels d’avance. Je pourrais encore donner le change pendant un certain nombre de mois, voire d’années si l’inspiration venait à se tarir.

Qu’est-ce qui vous traverse l’esprit en premier: la petite phrase en forme de «punchline» ou le dessin dans son ensemble?
Une scène visuelle, je l’imagine forcément avec le dessin. Lorsque le gag est plus verbal, plus philosophique, les mots me suffisent. Je dessine alors le Chat dans un deuxième temps. Le reproche qu’on pourrait me faire, c’est qu’il se ressemble d’une image à l’autre. J’aurais la possibilité de réutiliser des dessins déjà réalisés, en effaçant les bulles pour insérer un autre texte. Mais je ne le fais pas. En réalité, même s’il s’agit du même personnage, il n’est jamais tout à fait pareil dans le regard, le sourire ou l’attitude.

Vous travaillez à l’ancienne, avec de l’encre et du papier?
Oui, au feutre et au pinceau. Je ne dessine pas sur tablette ou sur écran. J’aime qu’il subsiste un original sur papier. Si je scanne mes dessins, c’est pour nettoyer de petites scories. La mise en couleurs est réalisée par Serge Dehaes, avec lequel je collabore depuis une trentaine d’années.

Le Chat va se matérialiser sous forme de vingt sculptures en bronze. Vous marchez sur les traces de Rodin?
Une de ces vingt sculptures constitue en tout cas un hommage au maître. Elle s’appelle «Le Parleur» et représente le Chat flanqué de grands phylactères. Dans le premier, il est écrit: «Rodin a fait très fort avec son Penseur.» Dans le deuxième, on peut lire: «Mais Geluck met la barre plus haut encore avec le Parleur!»

Comment vous est venue l’idée de ces statues?
Elles ont un lien direct avec le projet de musée que je prépare à Bruxelles. J’ai réuni une partie du budget. Pour le compléter, j’ai monté un projet me permettant de solliciter des fondations, des entreprises ou des collectionneurs privés. Je propose ces vingt sculptures à la vente, aux alentours de 300'000 euros chacune. Je me suis engagé publiquement à ne percevoir aucun centime de bénéfice personnel sur ces ventes. L’argent ira en premier à la tournée des sculptures, parce qu’il faut les fabriquer, les assurer, les entretenir, les surveiller. À terme, l’argent ira au Musée du Chat.

Vos bronzes s’écoulent comme des petits pains?
On en a déjà vendu dix, cela s’annonce plutôt bien. Je suis libéré d’une angoisse terrible. Si je n’en avais vendu aucun, cela aurait été une catastrophe économique pour moi, que j’aurais assumée. Mais surtout, qu’aurais-je fait de ces vingt sculptures monumentales en bronze?

On vous connaît comme dessinateur, moins comme sculpteur.
J’ai commencé mes premières œuvres en trois dimensions il y a quarante ans. Depuis, je n’ai jamais réellement arrêté. Ces douze dernières années, j’ai augmenté le rythme. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté la télévision. Je ne pouvais pas me trouver sur les plateaux et à la fonderie en même temps.

Itinérante, l’exposition des sculptures du Chat passera-t-elle par la Suisse?
J’en serais ravi. Ça ne dépend pas de moi. Je propose, les villes disposent. Des négociations sont en cours. J’ai bon espoir. Je sais qu’il y a eu une réaction négative de quelqu’un qui n’a pas compris le sens de la démarche et qui a réagi en disant: «Geluck fait ça pour vendre davantage de livres!» Or, il ne s’agit nullement d’enrichissement personnel. J’ai la chance de vivre confortablement de mes droits d’auteur, je pourrais lever le pied. Ma femme me supplie d’ailleurs de me calmer, mais c’est un trop beau projet. L’exposition ne coûtera pas un centime aux villes qui l’accueillent. C’était une des conditions sine qua non.

Si vos Chats en bronze se posent par ici, ce sera à Genève ou à Lausanne?
Genève me semble le lieu le plus logique car il s’agit d’un carrefour international. Je sais qu’elle présente des expositions urbaines sur le quai Wilson. Ce serait un endroit sublime. C’est un peu les Champs-Elysées genevois. À Lausanne, sur les quais d’Ouchy, cela aurait aussi de l’allure.

«La rumba du Chat» Philippe Geluck. Éd. Casterman, 48 p.

Créé: 29.11.2019, 18h19

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