Christian Gonzenbach: «L’inspiration est un mot qui m’attire peu»

Beaux-artsLe plasticien conjugue art et sciences à artgenève et sur le site de l’EPFL.

<i>Fracking </i>ou le liquide devenu forme de Christian Gonzenbach se dresse à l’entrée nord du Rolex Center sur le site de l'EPFL.

Fracking ou le liquide devenu forme de Christian Gonzenbach se dresse à l’entrée nord du Rolex Center sur le site de l'EPFL. Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il s’est frotté au bozon de Higgs, parle processus, métabolisation, formes fractales et n’hésite pas à débattre de la physique des particules. Normal! Christian Gonzenbach est «L’artiste sur le campus 2014-2015». Sauf que le Genevois, invité par l’EPFL à réactiver un regard critique en nouant un dialogue art et sciences, ne joue pas à la tête chercheuse. Il l’a. Un peu pour avoir commencé sa formation académique en biologie mais aussi – et surtout – parce que sa démarche de plasticien va, comme les sciences, là où la connaissance n’a pas encore fait son œuvre. La différence? La poétique de l’imprévisible. «L’art ne change pas le quotidien mais sa perception et pour y parvenir, souligne l’artiste, il ne peut se borner à poser un objet de plus sur la planète, il doit entrer en interaction.»

Enigme formelle et sémantique dressée à l’entrée nord du Rolex Center, Fracking commence par déjouer la perspective linéaire du bâti. «Le choix de l’implantation est laissé à l’artiste, explique-t-il, se mettre devant le Rolex, tient du challenge. Mais j’aimais son envergure de bâtiment généraliste ouvert à tous.»

Jouant les pleins contre les vides, le triptyque en 3D du plasticien emprunte son rythme à un circuit électronique et sa mise en scène à un cabinet de curiosités. Des propagations en formes de cumulo-nimbus, d’éponges de mer, de récifs de corail, des curiosités comme seule la nature est capable d’engendrer à moins que le miracle d’un processus…

Pour Fracking – titre emprunté à la technique de fissuration d’une roche en injectant un liquide –, Christian Gonzenbach a laissé la fonte d’aluminium devenir forme en traçant son chemin dans le sable. Les étranges excroissances étaient nées. Elles portent l’esthétique du visible, disent la poésie de l’aléatoire mais jamais elles n’imposent de signification.

«Ce qu’il y a d’étonnant, s’amuse-t-il, c’est que les formes de Fracking sont issues d’une fascination pour les formes naturelles, alors qu’elles n’ont justement rien de naturel.» Parti pour être biologiste, aujourd’hui plasticien et prof à la HEAD, Christian Gonzenbach n’avait pas imaginé bifurquer vers une discipline à la fois si proche et si distante.

L’appel de l’indépendance et la possibilité de continuer à rêver l’ont emporté même si le Genevois assure: «L’inspiration est un terme qui m’intéresse peu. Mon travail n’est pas issu d’un imaginaire, il se nourrit de lui-même, attentif aux accidents, aux imprévus. J’aime me mettre en situation de danger, pousser chaque fois plus loin les hypothèses, c’est ce qui permet d’avancer.»

Si le scientifique ne renie pas son vocabulaire, l’artiste aimerait influencer la façon de voir les choses. «D’où, appuie-t-il, l’intérêt d’inviter l’art sur le campus de l’EPFL. La science remonte le fil vers la connaissance du processus, l’œuvre d’art va au-delà. Je le fais sans être dans la représentation de ce qui est connu, si le résultat a un côté esthétique, ça m’amuse, ça ne me gêne pas.» (24 heures)

Créé: 30.01.2015, 17h58

Articles en relation

Le salon artgenève rassemble 74 galeries internationales

Art contemporain La 4e édition du salon international artgenève ouvrira ses portes à Palexpo du jeudi 29 janvier au dimanche 1er février. Plus...

Infobox

EPFL, Rolex Center
Jusqu’au vendredi 31 juillet
www.culture.epfl.ch

En dates

1975 Naît à Genève

1994 Se lance dans un cursus académique scientifique et suit les cours de biologie à l’UNIGE jusqu’en 1995

1995 Débute la HEAD à Genève. Aujourd’hui, il y enseigne

2005 Achève un Master of art à Londres

2010 Participe à «C’est la vie, vanités de Caravage à Damien Hirst» au Musée Maillol à Paris

2011 Présente «Holometabolic» à la Galerie SAKS à Genève

2012 Expose avec «La jeunesse est un art» au Kunstmuseum d’Aarau et avec les lauréats du prix Irène Reymond à Pully

2014 Vernit «Salmigondis» à la galerie Vincent Sator à Paris

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.