Cosey consacré par ses pairs

Bande dessinéeDu 25 au 28 janvier, le dessinateur vaudois présidera le Festival d’Angoulême. Son nom et sa carrière sont liés à «24 heures». Interview.

Cosey devant son chalet dans les Alpes vaudoises se dit très heureux d'avoir été choisi par ses pairs dessinateurs. FLORIAN CELLA

Cosey devant son chalet dans les Alpes vaudoises se dit très heureux d'avoir été choisi par ses pairs dessinateurs. FLORIAN CELLA

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La saga Jonathan s’est achevée sur Celle qui fut, mais Cosey n’a pas cassé son crayon pour autant. Dernier opus paru: Calypso chez Futuropolis, aux noirs intenses à la David B., Marjane Satrapi ou Vallotton lorsqu’il gravait. D’autres titres viendront, dont sans doute une nouvelle histoire autour de Mickey, après Une mystérieuse mélodie parue chez Glénat en 2016. Il planche aussi sur une histoire qui pourrait se passer au Mexique dans les années 50-60. Mais avant, il y aura le sacre d’Angoulême entre le 25 et le 28 janvier prochain, période pendant laquelle le Vaudois présidera (même s’il n’aime pas le terme) le festival.

À la veille de cette consécration, vous sentez-vous sur un petit nuage? C’est l’occasion d’une extraordinaire mise en lumière de mon travail. Mais ça me bouffe mon temps car les demandes n’arrêtent pas. Ce qui me réjouit grandement, c’est d’avoir été plébiscité par la majorité de la profession (ndlr: tous les auteurs ont la possibilité de voter via Internet). C’est énorme! D’autant plus qu’après le premier tour, j’étais en concurrence avec Manu Larcenet et Chris Ware, auxquels j’avais moi-même accordé deux de mes trois voix. La troisième allant à Christophe Blain. Je n’ai pas participé au deuxième tour. Avec cette façon de voter, impossible de parler de copinage.

Concrètement, qu’allons-nous découvrir de Cosey à Angoulême? Une exposition rétrospective montrera mon travail. J’ai demandé qu’un coin y soit réservé à Derib, car j’ai été son élève. Et il s’est montré très généreux en ouvrant les portes de son atelier au débutant un peu farfelu qui débarquait chez lui. Je lui dois beaucoup. Un bus des transports angoumoisins arborant mes personnages et mes décors devrait circuler pendant une dizaine d’années. Vingt-quatre images de mon univers se liront aussi sur un mur extérieur. Malheureusement, projeter en réel les diapositives, avec des commentaires lus par des actrices, de Zeke raconte des histoires, n’a pas pu aboutir faute d’argent.

Et côté officialités?
Lors de la journée officielle du jeudi, Françoise Nyssen, ministre française de la Culture, me remettra la médaille de chevalier des Arts et des Lettres.

Vos premières planches ont paru dans 24 heures. Expliquez-nous?
En 1972, à 22 ans, je suis allé présenter à Marcel Pasche, alors à la tête du quotidien vaudois, mon projet de personnage amnésique au Tibet qui s’appelait Jonathan. Il m’a dit: pour nous, c’est plus intéressant de prendre un Blueberry, un Astérix ou Boule et Bill. Il avait raison, j’étais un débutant. Mais il a ajouté: la seule chose qui pourrait nous intéresser c’est une BD dans laquelle nos lecteurs reconnaîtraient des paysages, des coins de pays, des éléments de la région. Je suis donc monté sur ma moto, muni d’un appareil photo assez nul et basique, et j’ai photographié la cathédrale de Lausanne, le tout neuf viaduc de Chillon, Derborence, le lac de Saint-Léonard… C’est donc à Marcel Pasche que je dois ma façon de pratiquer le repérage.

Cette prépublication dans 24 heures a débouché sur la publication de votre premier album…
En effet, deux reportages de mon personnage Paul Aroïd, 24 heures avec et Le retour de la bête, ont été édités par les Éditions 24 heures en 1973. Un autre récit de 44 pages, Un rire au fond du l ac, n’a paru que dans le journal. Malgré un petit progrès dans le dessin, l’histoire est moins bien. Je n’y croyais plus, rêvant de plus en plus de mettre en scène mon amnésique au Tibet (ndlr: «Souviens-toi, Jonathan» paraîtra dans le journal «Tintin» en 1975). Je suis parti plus tard au Ladhak, repensant à la technique de repérage expérimenté pour 24 heures, afin de documenter le Tibet, dont on ne connaissait à l’époque qu’une trentaine de photographies, dont vingt prises par Alexandra David-Néel. Les trois premiers tomes, je les ai dessinés sans repérages.

Comment vous viennent les idées pour un nouvel album?
Alors ça, si je le savais… J’essaie de trouver celle que j’aimerais lire. Je ne pense pas au public, car il ne sait pas lui-même ce qu’il souhaiterait, je pense à moi. J’écoute de la musique, je bouquine, je vais marcher. Je prends des notes tout le temps. Je recycle des anciennes. Il existe des idées qui persistent dans les carnets, qui reviennent. À l’image d’éléments qui attendent et dont c’est le tour un beau jour. D’autres ne sortiront jamais, car elles ne sont pas très intéressantes ou trop compliquées. C’est vraiment la partie la plus mystérieuse de la création, la plus difficile et, quand ça marche, la plus jouissive. Trouver une idée qui plaît, c’est extraordinaire, mais ce n’est pas tous les jours. Je n’ai jamais trouvé une idée qui résume toute une histoire. Des éléments surgissent, et je ne vois pas toujours où cela va me conduire.

Connaissez-vous l’abattement?
À ce niveau-là, oui. C’est très angoissant. Je me dis: j’ai tout donné, je suis à bout. À chaque fois, c’est ça! Et lorsque ça s’arrange, j’éprouve toujours l’impression naïve d’avoir trouvé le truc pour l’album et que c’est résolu à jamais. Mais au suivant, je replonge dans cette espèce de mutisme des idées.

Vous dites: «On ne peut pas construire un trait. C’est en nous.» Mais encore?
C’est notre personnalité, comme la tessiture de la voix d’un chanteur. C’est quelque chose de spontané… La composition d’une image est l’organisation d’une surface. Elle est essentielle à l’intelligibilité de l’ensemble. Le lecteur ne doit pas se demander ce qu’il voit. Mais ce n’est pas le trait. Lui tient à la main, à ce qu’on est. C’est très mystérieux. Le trait c’est comme la démarche de quelqu’un. Ce n’est pas quelque que chose qu’on travaille. Même si les comédiens apprennent à marcher… L’amélioration du trait est spontanée. Paradoxalement, le trait devient lui-même quand on l’oublie. (24 heures)

Créé: 11.01.2018, 21h01

Cosey en dates

1950:Naissance de Bernard Cosendai à Lausanne.
1970:Rencontre Derib.
1975:Parution dans Tintin de Souviens-toi, Jonathan, premier épisode de la saga. L’album paraîtra au Lombard en 1977.
1982: Kate est meilleur album à Angoulême.
1984:À la recherche de Peter Pan, qui se passe en Valais et que beaucoup considèrent comme son chef-d’œuvre.
1991:Meilleur scénario à Angoulême pour Saigon-Hanoi.
2005:Le Bouddha d’azur.
2017:Grand Prix d’Angoulême et parution de Calypso.

Festival d’Angoulême
du 25 au 28 janvier
www.angouleme.fr

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