Cosey se hisse au sommet de l’art

Bande dessinéeSon goût pour l’exotisme et son sens du repérage l’ont conduit au nirvana culturel vaudois: le Grand prix de la Fondation vaudoise pour la culture. Un voyage qui débute à «24 heures».

Tirée du «Retour de la bête», cette case montre la précision du repérage à Lausanne. Bien sûr, le trait s’affinera avec les années. Cosey ne reviendra au noir et blanc qu’avec l’album «Calypso» en 2017. DR

Tirée du «Retour de la bête», cette case montre la précision du repérage à Lausanne. Bien sûr, le trait s’affinera avec les années. Cosey ne reviendra au noir et blanc qu’avec l’album «Calypso» en 2017. DR

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«C’est une chance pour moi et la bande dessinée: une reconnaissance par la culture officielle.» Cosey déjà sacré Immortel du neuvième art à Angoulême, reçoit le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la culture doté de 100 000 francs. Et le père de la très tibétaine série «Jonathan» de poursuivre: «C’est impressionnant, quand je repense à ma passion pour la BD il y a de nombreuses années, j’avais entre 8 et 10 ans, c’était inimaginable. Au mieux les gens regardaient ça avec un sourire poli: ce n’était pas de la culture. Chez Payot, au coin de la rue de Bourg et de la descente de Saint-François, existait un petit rayon Jeunesse avec une majorité de livres illustrés où étaient tolérés quelques Tintin et Lucky Luke. La BD, c’était pas sérieux, ça tuait l’imagination des enfants. C’est incroyable ce prix!»

En 1972, Bernard Cosendai frappe à la porte de «24 heures» pour y vendre son Jonathan amnésique. Marcel Pasche, alors directeur de la publication, le reçoit et décline son offre, mais se dit preneur d’une série dans laquelle les lecteurs puissent reconnaître les lieux de l’action. Ni une ni deux, Cosey se met aux repérages, une activité qui le guidera toute sa vie. Il enfourche sa moto et documente, muni d’un appareil de photo, des lieux emblématiques vaudois: le viaduc au-dessus de Chillon, la cathédrale de Lausanne, la tour Edipresse, le lac souterrain de Saint-Léonard, les pentes de Villars-sur-Ollon, Derborence, mais aussi Anzeindaz et Solalex. Les reportages du photographe Paul Aroïd (ndlr: le personnage inventé tout spécialement pour ce journal), «24 heures avec…» et «Le retour de la bête», paraissent en album en 1973 aux Éditions 24 Heures. Ce n’est ensuite qu’en 2017, avec «Calypso», son dernier titre paru, que le Vaudois renouera avec le noir et blanc.

Au Ladakh en 1976

Jonathan, très vite efface pourtant Paul Aroïd. «Souviens-toi Jonathan» paraît dans le journal «Tintin» en 1975. Et l’année suivante, l’auteur s’envole pour le Ladakh, premier de sept voyages vers le Tibet et ses confins, afin de constituer sa propre documentation. Le déplacement géographique donne accès aux émotions de l’exotisme et permet la récolte précieuse des petits riens qui font le sel de la vie ailleurs. Un matériau très précieux au moment d’enclencher un nouvel épisode de la série ou un album solo, un «one shot» (parfois double!), comme on dit dans le jargon du phylactère.

«Le colonel Jung Lang (ndlr: dont on admire la beauté charismatique dans «Celui qui mène les fleuves à la mer») m’a été inspiré, confie Cosey dans une préface de «Jonathan Intégrale», par la rencontre, dans la province de Ganzu, d’une jeune Chinoise, colonel, dirigeant les chœurs de l’Académie militaire d’une grande ville de la région. Une soirée à échanger quelques mots d’anglais, à partir de laquelle j’ai plus tard commencé à imaginer les tomes 12 et 13. Cette musicienne en uniforme était un personnage hollywoodien. Militaire au service de Pékin, elle n’en est pas moins intéressée par notre société capitaliste. Je n’aurais pas osé l’imaginer si je ne l’avais pas rencontrée.»

Les couleurs de Cosey passent invariablement par le bleu, le jaune, l’orange, le noir et le blanc. Cette gamme chromatique resserrée donne un la tout à fait spécial à son dessin minéral. «Le bleu et le blanc m’apaisent et ils me rendent joyeux. Le jaune est comme une nourriture, j’en ressens le besoin physique!» Ces caractéristiques chevauchent l’intégralité de l’œuvre.

Cosey est animé par un éternel besoin d’innover, de chercher encore et toujours le livre parfait, celui que l’auteur rêverait de lire. Ce qui l’amène à oser décaler dessins et narration. Ce qui l’entraîne à imaginer une multitude d’histoires à partir des mêmes images comme ce Zeke, personnage dont la couverture de l’album reproduit un grand nombre d’imagettes. Pour le visuel de couverture de «Peter Pan» (un autre modèle de documentation sur le Valais celui-ci), le Vaudois avait dû insister auprès de son éditeur belge qui ne croyait pas à ce skieur dont la trace fendait la page blanche. Avec Cosey, la bande dessinée explore et tutoie les sommets.

Minnie en projet

Que va faire le Vaudois de ses 100 000 francs? Il ne nous le dira pas, mais il ne manque pas de projets. Sur quoi travaille-t-il en ce moment? Sur un deuxième album autour de Mickey. Après «Une mystérieuse mélodie» qui révélait comment la souris avait rencontré sa Minnie, il revient à cette dernière pour en dresser un portrait plutôt féministe, même si le mot est tabou chez Disney. D’autres projets en cours? «Je n’arrive pas à travailler sur deux albums en même temps. Je ne peux faire que de petits boulots, comme la couverture qu’on m’a demandée pour un bouquin sur Lausanne qui regorgera d’auteurs BD.»


Les lauréats 2018

«Dès le premier instant, on sent la passion qui l’anime et le motive, observe le jury. Christophe Guberan, c’est à la fois la joie de créer et de transmettre, de quoi répondre à notre soif de belles choses.» Né à Pompaples en 1985, le diplômé de l’ECAL et lauréat, entre autres, du prix Hublot Design 2016 a été remarqué pour ses recherches autour des technologies de production numérique. Ses créations ont été réalisées par des entreprises de premier plan telles qu’Alessi, USM, Steelcase et Google.

PRIX DE L’ÉVEIL
Françoise Jaunin, critique d’art
«Tout en défendant les artistes avec conviction et respect, Françoise Jaunin a aidé plusieurs générations à comprendre les démarches singulières en les expliquant, simplement, et en les mettant en valeur dans leur spécificité.» Critique d’art et journaliste – durant de nombreuses années au sein de la rédaction de «24 heures» –, Françoise Jaunin est membres de nombreuses fondations et associations culturelles. Elle a écrit plus de 50 livres, catalogues monographiques d’artistes et ouvrages sur l’art.

PRIX DE LA RELÈVE
Bruno Pellegrino, Daniel Vuataz et Aude Seigne, écrivains
«Ils ont appris à gommer leur ego au bénéfice d’un travail de groupe.» Ces trois jeunes auteurs – Lausannois pour les deux premiers, Genevoise pour la troisième – sont salués pour leurs parcours personnels à travers les lettres romandes mais, surtout, pour leur esprit collaboratif. Ensemble, ils rédigent un feuilleton littéraire – dont quatre épisodes sont déjà parus – inspiré par les séries télévisées: «Stand-by».

PRIX CULTUREL PHOTOGRAPHIE
Catherine Leutenegger,photographe
«Son travail analytique d’une formidable précision et d’une grande beauté allie humour et amour d’un art en mutation.» L’œuvre de Catherine Leutenegger, diplômée de l’ECAL, a été publiée et présentée sur le plan international.

PRIX CULTUREL THÉÂTRE
Matthias Urban, metteur en scène
«L’œil de Matthias Urban se pose avec une lucidité certes bienveillante mais sans complaisance sur la petite et la grande humanité qui l’entourent et si son regard pétille, c’est pour mieux scruter.» Auteur, comédien et metteur en scène, Matthias Urban est un habitué des plateaux romands depuis 1994. En 2016, il a monté «La comédie des erreurs», de Shakespeare, au TKM à Renens.

PRIX DU PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL
Valérie de Roquemaurel et Yann Oulevay, souffleurs de verre
«Souffler le verre est un pas de deux. Ou plutôt un pas de trois car, devant leur four, les deux verriers dansent avec le verre.» Les deux artisans partagent leur atelier à Pomy et sont investis dans la promotion de leur art.

Créé: 21.09.2018, 12h16

Paru dans Spirou et intitulé le lama hilare, ce dessin prouve l'attachement de Cosey à la BD et à l'humour.

Le colonel Jung Lang que l'on découvre dans «Celui qui mène les fleuves à la mer» croqué ici dans «Echo» paru chez Daniel Maghen en 2007

Cosey en dates

1950 Naissance de Bernard Cosendai à Lausanne.
1970 Rencontre capitale avec Derib.
1975 Parution dans «Tintin» de «Souviens-toi Jonathan. L’album (1er de 16) paraîtra au Lombard en 1977.
1982 «Kate», meilleur album à Angoulême.
1984 «A la recherche de Peter Pan».
1991 Meilleur scénario à Angoulême pour «Saigon-Hanoi».
2005 «Le Bouddha d’azur» (2 tomes).
2017 Grand Prix d’Angoulême.

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