Ernst Kolb, un drôle de bonheur dessiné trait pour trait

ExpositionLa Collection de l’Art brut à Lausanne offre son premier accrochage muséal au monde de l’Allemand décédé il y a vingt-cinq ans. Une belle découverte.

Ernst Kolb travaille souvent le même format et toujours au stylo bille n'utilisant qu'une seule couleur.

Ernst Kolb travaille souvent le même format et toujours au stylo bille n'utilisant qu'une seule couleur. Image: CLAUDINE GARCIA

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Comme sa vie intérieure devait être riche! Peut-être enjouée, et peut-être même à l’abri de ces jalousies destructrices. Qui sait? Ernst Kolb (1927-1993) a noirci des pages intimes et des carnets d’une écriture dense, archaïque et difficilement déchiffrable sans s’épancher sur les montagnes russes de son existence. Une mère morte gazée, une vie de boulanger contrariée et condamnée par une allergie, un cœur qui s’est refusé à battre d’amour dans la foulée d’un inconsolable chagrin, une cohabitation taiseuse avec son père jusqu’à l’âge de 37 ans. Ou encore une aspiration de l’ailleurs digne d’un globe-trotter avant le couperet d’un diabète grave.

Alors ce discours ne laissant aucun espoir aux impossibilités – et surtout pas à celle d’une forme de spleen joyeux – ce sont ses personnages qui le tiennent. Il faut les voir défiler à la Collection de l’art brut à Lausanne! Tous soudés par une implacable cohérence et la force unitaire de leur drôle de vie, ils peuvent frôler l’étrange ou s’incarner déformés par le grotesque, mais c’est cette conjonction favorable qui se lit à la commissure de leurs lèvres comme dans les regards cillés d’une même douceur innocente. Il faut les fixer! Et… apparaît alors cette curiosité enchantée, cette ouverture ou cette pénétration du monde. L’expression ne déroge pas, qu’elle se noue dans une complexité linéaire ou dans le minimalisme du trio «yeux, nez, bouche», jamais elle ne s’aventure hors d’une sorte d’humeur rayonnante. Les traits appuient et confortent ce sentiment, fidèles au stylo-bille, ils emplissent – infiniment inventifs - et ne débordent pas. Ils structurent, donnent du volume, jamais ils ne disent rageusement ou ne subissent une force exutoire.

Le format varie peu, l’Allemand en aurait sorti un millier, assidu et dans le secret de son appartement avant qu’un artiste puis un écrivain ne les mettent en lumière. Des portraits. Des animaux fantastiques. Des personnages – policier, shérif, athlète, ouvrier, religieux, cantonnier, chevalier – les mains toujours en action. Mais encore des scènes interactives entre l’homme et son moi, l’homme et son double, l’homme et l’animal comme autant de petits mondes en mouvement et autosuffisants. Tous rentrent physiquement dans le cadre… de la feuille, avec une constance appliquée, quitte à être élastiques, à jouer des épaules, à s’aplatir le crâne ou à atomiser la vérité en renversant l’ordre anatomique. Un même médium, une seule couleur par dessin, Kolb reste dans ses rails, la fantaisie est intrinsèque à l’œuvre. «C’est sans doute le coup d’arrêt signifié par son diabète qui déclenchera son activité artistique, explique Anic Zanzi, commissaire de cette première exposition muséale. Kolb a la cinquantaine et ne manque rien de la vie politique ou culturelle de sa ville de Mannheim. C’est dans ces cercles qu’il récupère les prospectus qui lui serviront de support, c’est là qu’il se forge sa réputation de «citoyen Kolb» ou d’«homme aux sacs plastiques», un personnage aussi original et incompréhensible qu’incontournable. Un être simple mais qui, assoiffé de connaissance, s’est affranchi de sa condition modeste et fait une nouvelle place dans la société.»

Délicat, opportun, l’accrochage rythme l’immersion dans l’univers d’Ernst Kolb par thèmes, sans toutefois voiler une certaine évolution formelle. Les réseaux de traits se complexifient, les récits se densifient – à moins que ce ne soit dans le sens inverse; inexistante, la datation ne parlera pas! Reste cette sensation d’une illumination intérieure venue imprimer une surface, telle une empreinte inaltérable.


Lausanne, Collection de l’art brut Jusqu’au 17 juin, du ma au di (11 h-18 h) www.artbrut.ch (24 heures)

Créé: 12.02.2018, 18h20

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