Son errance a fini par ramener Edouard Morerod à sa terre

ExpositionNé à Aigle en 1879 et mort en 1919, le peintre plébiscité à Paris, traceur de beauté sauvage en Espagne, n’y avait jamais exposé.

L’exposition traverse l’œuvre d’Edouard Morerod, chapitre après chapitre.

L’exposition traverse l’œuvre d’Edouard Morerod, chapitre après chapitre. Image: JACQUES DOMINIQUE ROUILLER

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Aigle aurait dû rappeler au fils du notaire Morerod ses jeux d’enfant insouciant, comme ses tours du monde imaginaires, avec sa sœur, dans la demeure familiale. Aigle aurait encore pu servir de solides racines à ce peintre épris d’ailleurs, qui prendra la direction de l’Andalousie pour vivre son voyage intérieur. Mais ce sont les heures sombres de sa courte existence – il a succombé à une tuberculose à l’âge de 40 ans – que la cité et, au-delà, son pays d’origine lui rappellent. Orphelin de père à 10 ans, de mère à 12 ans, l’artiste Édouard Morerod trouvera dans la fuite la force d’exister et de créer, comme la quintessence de sa quête. C’est la beauté qu’il recherche, son essence, sa pureté originelle qui aurait survécu à la brutalité de la vie comme aux charges létales d’une certaine modernité. Cette beauté… parfois bestiale, d’autres virginale, il va l’exhumer chez les gitans de Tolède, de Séville, d’Almería, et se faire connaître comme le «peintre des gitanes».

La titularisation date de son entrée dans la cour des grands, dès 1906, à peine quelques années après être arrivé à Paris. Son port d’attache, l’endroit où le solitaire vit sa vie d’homme, où son esprit s’élève, le lieu où l’artiste se renfloue. Aujourd’hui, sorti des limbes par l’Association des amis de Morerod, replacé dans les radars par une importante rétrospective au Musée d’art de Pully en 2017, l’appréciation n’est plus aussi réductrice, voire simpliste. C’est un artiste foisonnant d’envies multiples, un puissant dessinateur, un peintre flirtant avec le mystère de l’ombre autant qu’avec la lumière, qui se présente pour la première fois dans sa ville natale. Pile cent ans après sa mort!

L’énergie déployée par ses promoteurs ajoutée à l’enthousiasme très actuel pour des artistes doués pour dire l’humanité et épris d’authenticité, mais un peu oubliés, permettent donc ce nouvel accrochage, le premier sur ses terres natales. Un peu moins exhaustif qu’à Pully et moins audacieux, il joue principalement des différents tempi du peintre. Les très nombreux portraits ancrés dans une réalité sensible. Quelques paysages captant une lumière plus humaine que solaire. L’Espagne, le Maroc, tout un éventail de pays, sauf que ce n’est pas en voyageur avide de découvertes qui les peint, mais plutôt en explorateur de leurs vibrations intimes.

De la Suisse à Tanger

Il y a la Suisse, bien sûr, là où le jeune homme fait ses premières gammes sur les traits marqués d’un paysan ou sur les contours juvéniles d’une proche. Là encore où le tuberculeux revient pour se soigner, désespéré de n’avoir que la montagne à peindre. Il y a aussi Paris, ses poètes, ses musiciens et comédiens dont Morerod sonde le caractère au-delà de leurs traits. Avec, de temps à autre, une physionomie qui inspire davantage ce chercheur d’une ligne de plus en plus pure qu’il est également! L’artiste en fera la démonstration en Espagne sur Pastora, sa favorite, «ce singulier petit animal» qu’il rencontre en 1907 et dont il estime avoir fait une centaine de portraits. Mais cette ligne, c’est au Maroc qu’il la sublime. En synthèse de la vie, de ses tensions et de ses vibrations. Imperméable aux révolutions artistiques du début du XXe siècle mais pas à son temps en quête de nouveaux repères, Édouard Morerod est aussi ce chasseur-là. Mais, au lieu de se précipiter et de courir après la modernité, il a dressé la beauté vraie, pure, primitive, en rempart contre la perte de valeurs.


Aigle, Espace Graffenried
Jusqu’au 7 septembre, me-sa 10-12 h, 13 h 30-17 h; je 9 mai (18 h 30), conférence de Jacques Dominique Rouiller, «L’art comme un baume»
www.edouard-morerod.com

Créé: 07.05.2019, 09h53

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