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A Evian, Paul Delvaux ne fait pas que du Delvaux

Son œuvre porté par l’étrangeté des rêves, le Belge (1897-1994) courtisé par les Surréalistes a préféré faire bande à part dans son univers. L’exposition du Palais Lumière traverse ses différentes étapes.

Les premières féminités n’éludent pas leur sensualité comme dans «Le Divan» en 1934.
Les premières féminités n’éludent pas leur sensualité comme dans «Le Divan» en 1934.
COLLECTION PRIVEE/ADAGP, PARIS 2017

Un homme légèrement voûté, un petit bonhomme à sa main droite, des pavés murant l’horizon… Il y a si peu de Paul Delvaux dans cette morosité des années 1920 qui ouvre l’exposition de l’artiste belge au Palais Lumière, à Evian. Et pourtant! Le dessinateur se fiant à l’architecture des lignes, le peintre des silhouettes aussi spectrales que lascives, le maître-songe d’un univers sans autre extravagance que celle de l’irréel, ce peintre est déjà là.

Fils de bonne famille, le gamin qui traçait sa voie jusqu’à la casquette de chef de gare a finalement pris le crayon, puis le pinceau, puis la poudre des rêves. Mais il a surtout pris le temps de concevoir Paul Delvaux, ses énigmes à plusieurs clés et ses perspectives ouvertes offrant de multiples échappatoires. Pour lire cet œuvre, l’exposition a choisi l’appui d’une déclinaison thématique évidente (le rêve, la théâtralité, la féminité, la solitude, le voyage). Fort riche en dessins, études et toiles des débuts dans les années 20-30 sorties d’une seule et même collection privée, elle aurait pu – dû? – exalter sa gestation. Faire davantage ressortir, donc voir, ce glossaire qui se met en place référence après référence. Parfois, c’est Picasso qui se lit dans la puissance de ses féminités, dans certains de ses profils plus négroïdes ou dans la dislocation des visages de Deux amies, d’autres, c’est Ensor, son aîné auquel il rendra une visite de jeune peintre. Ou encore, pêle-mêle, Lautrec, le Douanier Rousseau, Botticelli et un peu plus tard De Chirico.

«S’arracher aux effets faciles»

L’homme qui voulait peindre des tableaux dans lesquels il aurait pu vivre cherche. Et, sincère, il veut atteindre le «courage de s’arracher aux effets faciles dans la composition». Si les grandes toiles de la maturité mettent en exergue l’artiste qui tangue entre les états de conscience pour planter ses décors surréels, aux prémices de son art Delvaux est déjà ce voyageur entre les âges arrêtant le temps. La manière est souvent noire, moins lisse – on le surprend même à mettre de la pâte, de la matière sur la toile –, elle est même parfois diluée pour flirter avec une certaine envie de bestialité dans un univers où, déjà, les femmes tiennent le premier rôle.

Avant de neutraliser leurs charmes dans une blancheur virginale et de prendre la pose, sculpturales, ces Vénus sont d’abord en chair, voluptueuses, frondeuses. Dans un cabinet dit «érotique» qu’il n’y aurait pas eu besoin de rosir pour l’occasion, l’exposition marque un temps d’arrêt sur ces amies se livrant à des jeux interdits. Pour faire ses gammes, l’artiste reprend les grands classiques du genre dans l’histoire de l’art, les féminités sont allongées, suggestives, à la découverte de leur corps à travers un double, dans le bain, mariées, modistes ou encore entraînées dans une bacchanale. Plus tard, elles habiteront les architectures idéales en vestales d’un rêve d’infini, plus tard aussi, ces femmes poseront le silence, l’apesanteur et l’envie de sérénité en même temps que la signature de Delvaux. Un classique au rayon poster, un peintre jonglant avec ses obsessions – les trains et les squelettes s’y ajoutent – et qui plaît à l’âge où les idéaux caressent l’impossible.

Ses toiles de surréaliste, qui s’est toujours refusé à ce groupe afin de préserver son indépendance, font le tour du monde des musées mais le regard adulte, plus distant, résiste désormais à cet appel de l’étrange lorsque Delvaux finit par faire du Delvaux dans ses grandes machines. L’alternative existe quand l’artiste vacille, sensible, quand le monde réel a prise sur lui, et Evian la relaie en exposant la poésie monochrome d’une gare fumante de modernité, en accrochant le subtil désaccord entre une foule burlesque contemplant sans la voir une beauté à nu ou encore un Viol tramé de la violence de l’indifférence.

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