La famille Töpffer n’en finit pas de croître

Bande dessinéeGenève chante les cases à travers une très riche exposition, un livre éclairant et les prix qui portent le nom de l’inventeur du média.

Wazem par wazem ou comment par le dessin témoigner de son métier de bédéaste. WAZEM

Wazem par wazem ou comment par le dessin témoigner de son métier de bédéaste. WAZEM

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C’est à l’usine abritant le Mamco que le chant des phylactères serpente sur les murs. Bang! ne montre pas que des Genevois. En bas, afin d’accompagner les planches de Ceppi et Poussin partis autrefois faire BD ailleurs, courent les originaux de Tardi, Mœbius, Fred, Druillet, Bretécher, Mandryka ou Pratt. Les plus frappants sont signés Forest: quelle taille et quel talent pour le créateur de Barbarella, ami du très genevois Pierre Strinati (lire ci-dessous)!

L’étage étale tout ce que Genève compte de bédéastes depuis les années 70. Belle foison qui rend aussi compte d’un formidable culte du fanzinat et d’une scène également riche en films d’animation. Il y a les Tirabosco, Peeters, Wazem, Buche, Zep que l’on attend. Les moins connus aussi, Kalonji, Ben, Andréas Kündig ou Nicolas Robel, par ailleurs éditeur de B.ü.L.b. Comix.

Les femmes sont à l’aise, Isabelle Pralong et ses formidables travaux au trait et à la broderie avec Aurélie William Levaux, Nadia Raviscioni, Albertine, Joëlle Isoz et Peggy Adam. Ne pas rater le très polyvalent et libre Baladi, animateur infatigable de la Fabrique de fanzines. S’extasier sur les noirs si profonds d’Exem avant qu’il ne tombe dans la ligne claire. S’emballer sur un très grand format arty attribué à Elvis Studio, pour Helge Reumann et Xavier Robel. Reste le reportage dessiné cher à Chapatte.

Comme la tête vous tourne après tant de créativité, il est utile de se plonger dans le livre qui prolonge ce déballage. Vous comprendrez alors en lisant les chapitres de Gabriel Umstätter et Raphaël Oesterlé quels germes ont fait pousser ce foisonnant terreau et comment il a perduré depuis le XIXe siècle. Sur un ton plus décalé, car trempé dans le jus même de la BD, deux contributions revigorent particulièrement. Voyez le dialogue amphigourique et dessiné entre Ibn Al Rabin et Yannis La Macchia sur le fanzine. Et les chaudes confessions, en vingt planches, de Wazem sur l’art de mener le métier de bédéaste… et ses à-côtés. En entretiens, Zep, Ceppi et Baladi content leurs débuts, tout comme les éditeurs d’Atrabile, et Marc Villa pour Atoz, dont le journal Sauve qui peut a publié les tous premiers pas de Titeuf.

Les Prix Töpffer 2016 sont allés à Catherine Meurisse ( La légèreté , Dargaud) pour l’international et, côté genevois, à Peggy Adam ( Plus ou moins… l’hiver , Atrabile). Quant au Prix de la jeune bande dessinée, il échoit à la Vaudoise Camille Vallotton pour Speculum Mortis. Oui, trois femmes.


Genève, Le Commun, rue des Bains 28

«Bang!» jusqu’au je 26 janvier 2017 Rens.: 022 418 45 30 Töpffer & Cie, la BD à Genève 1977-2016 Collectif d’auteurs Ed. AGPI & Bang!, 235 p. (24 heures)

Créé: 12.12.2016, 22h02

Trois mots d'hsitoire

Après Töpffer l’inventeur et ses descendants pratiquant la «littérature en estampes», Genève a conservé un pied à l’étrier de la BD essentiellement à travers les journaux satiriques de la fin du XIXe siècle. On citera Guguss’, Le Bossu, Le Papillon et Sapajou. Les dessinateurs qui s’y font remarquer, Auguste Viollier ou Louis Döes, s’essayent aussi à la bande dessinée.

Au début du XXe, c’est par un Belge, le Gantois Frans Masereel, pacifiste engagé dès 1914 à la Croix-Rouge, que le genre s’enrichit. Le graveur sur bois y inaugure des cycles narratifs muets (illustration: détail d’un dépliant de 1920, «Un fait divers»), mais qui se lisent comme des romans graphiques. Et puis Tintin fait son irruption dans les pages très catholiques de l’Echo illustré dès 1932.

Pour aller vite, la naissance de la bédéphilie mondiale doit beaucoup à un article du Genevois Pierre Strinati paru en 1961 dans la revue française Fiction.

Et 1968 donne des ailes à des Genevois pour créer fanzines et journaux de résistance. Poussin prend son envol, bientôt rejoint par Ceppi, et ils montent à Paris pour vivre de leurs cases.

La scène alternative locale et le monde des associations permettront pourtant à d’autres dessinateurs, Ab’Aigre, Aloys, d’être vus dans la rue. Et puis le monde politique va puiser dans le vivier des dessinateurs pour réaliser des affiches, celles d’Exem ou de Zep parmi beaucoup d’autres. Ce vivier va finir par accoucher de maisons d’édition, Atoz, Drozophile, Atrabile ou Hécatombe, et faire de la ville de Calvin une capitale töpfférienne.

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