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«On fait la file pour un musée, pas pour le dernier iPhone»

Toutes générations confondues, les visiteurs ont été plus de 19 000 à se presser la semaine dernière pour découvrir le MCBA.

C’est en flux continu que les visiteurs (plus de 19 000 ) ont découvert »Atlas, cartographie du don», exposition inaugurale du MCBA.

«Sans titre», l’ellipse d’Anish Kapoor renvoyant l’image inversée du corps du spectateur a la cote dans la salle de 700 m2 à l’étage du nouveau Musée cantonal des beaux-arts (MCBA). Les collectionneurs de selfies se plantent devant pour sortir leur téléphone portable. Sur une cimaise voisine, ironie de l’histoire, «Les cours du temps», installation du couple Silvie et Chérif Defraoui travaillant sur la perception de l’image, son pouvoir, la manipulation du regard, aspire aussi les coureurs de photos. Mais, surprise, samedi aux premières heures de l’ouverture, ces chasseurs armés de leur téléphone portable restent assez rares! Oubliant un temps ce réflexe qui a aussi contaminé les musées, le public semble avoir d’autres priorités. Voir les nouveaux espaces. Découvrir les collections. Nombreux sont ceux qui vont lire le nom de l’artiste, le titre ou vérifier une provenance. «Soulages? C’est sûrement Alice Pauli qui les a offerts!» souffle un visiteur. Vérification faite, la certitude n’est que partiellement validée: Alain et Suzanne Dubois figurent également parmi les donateurs, comme l’artiste.

Les premiers des visiteurs qui se sont pressés tout le week-end (19 000 pendant cette semaine d'ouverture. En avril, ils étaient 21'000 pour voir le bâtiment vide) sont arrivés à 9 heures, impatients. Et à 10 heures les portes se sont ouvertes sur les 14,5 mètres de hauteur de «Luce e ombra», de Giuseppe Penone. «On l’avait vu en photo, mais c’est impressionnant de le voir en vrai, assure la Genevoise Anne-Claire Schumacher. C’est somptueux, en plus l’accueil est remarquable.» Conservateurs et médiateurs se sont répartis dans les salles organisant des visites guidées à la demande avec un rythme un peu plus soutenu dans la pièce envahie par le «Swiss Army Knife» de Thomas Hirschhorn, gigantesque installation dépliant comme dans un couteau suisse les différents ADN de la Suisse – de l’or nazi à l’art concret. «C’est du bonheur de travailler comme ça, il n’y a que des gens heureux», lance Jorge Pedrosa, en mission surveillance dans la salle «Tourner en rond, sans perdre le nord».

Bernard Fibicher, le directeur, n’a plus besoin de boussole pour quadriller les 3200 m2 de l’exposition, mais il surveille la température. «On craignait les bousculades mais même si les salles ne désemplissent pas, c’est très calme. Très serein. Il y a quelque chose dans le bâtiment qui fait cet état d’esprit, les gens me le disent spontanément.» Venu se mêler à la foule après les vernissages officiels, l’artiste vaudois Alain Huck abonde: «En plus d’être un espace physique où on se sent bien, on voit l’effet positif qu’un musée peut avoir sur l’âme des gens. Et ce n’est pas toujours qu’on célèbre la vraie ouverture d’un musée, l’incroyable défilé en continu du public le démontre.»

L’espace, la mise en valeur, la qualité de visite arrivent dans le trio de tête, avant des coups de cœur éventuels pour une œuvre ou une autre. «C’est un bel outil, confirment Catherine Menthonnex et Jean-Pierre Fonjallaz de Lutry. Maintenant, par rapport aux autres musées dans le monde, c’est sans surprise.» Touché par le fait «qu’on mette encore des budgets dans l’art», le Lausannois Dany Vasquez le dit avec d’autres mots: «Avec cette architecture brute – on aime ou on n’aime pas – mais on est tellement à la pointe de ce qui se fait que je n’ai pas l’impression d’être à Lausanne!» Arrêtés devant «Le massacre de la Saint-Barthélemy» de Dubois avec une impression de déjà-vu… dans les livres d’histoire, le Lausannois Yvan Nussbaumer et la Montreusienne Marion Fredembach se projettent déjà. «On ne fait pas la file pour le dernier iPhone mais pour le nouveau musée, oui. C’est génial, on va pouvoir rivaliser avec Bâle, Zurich. On a hâte d’avoir des expositions comme chez Beyeler.»

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