Les «Footballeurs» de Niki de Saint-Phalle reviennent de blessure

Beaux-artsRestaurateur attitré de l’œuvre de l’artiste qu’il a accompagnée dans la création de nombreuses pièces, Gérard Haligon était à Lausanne pour soigner l’œuvre installée au Musée olympique.

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La partie peut reprendre sur la pelouse du Musée olympique. Les Footballeurs ont rechaussé leurs crampons après seulement quelques jours d’arrêt mais de longues minutes d’un travail de restauration patient et passionné. Un travail de ponçage fin, de retouches ciblées au pinceau en poil de martre pour finir par un soin protecteur au vernis: l’œuvre attentionnée de Gérard Haligon! L’ami, le compagnon d’ouvrage, l’ombre portée de Niki de Saint-Phalle sur des centaines de pièces. «Je viens encore de l’époque où l’artiste était l’artiste et où l’artisan n’avait pas à se mettre en valeur mais à démontrer son savoir-faire.»

Restaurateur officiel et exclusif de la tribu d’une super-nana, le Français était à ses côtés en 1993 pour donner de l’envergure aux Footballeurs du Musée olympique. Il était même là avant que le duel pour le ballon, entre le Blanc à terre et le Black callipyge, ne s’incarne en fibre de verre et résine époxy. Une histoire cousue d’inédits avec, pour la femme de Jean Tinguely, sa première commande officielle en Suisse et la conquête d’un terrain inconnu.

«Elle avait déjà travaillé le duo à plusieurs reprises, mais s’attaquer au sport était une vraie découverte. Qu’est-ce qu’on a regardé comme matches de foot pour qu’elle puisse étudier les passes! A la différence que moi, je suivais la partie pendant qu’elle se désintéressait de l’enjeu pour scruter mouvements et positions.» Appelée par la beauté du geste, par l’intensité des corps à corps, par le déploiement d’énergies, la belle amazone s’est plu sur le champ sportif, au point de s’aventurer sur les parquets et sur les terrains de baseball pour sa série «Black Herœs».

Le sport comme facteur de paix

«Elle considérait le sport comme un état d’esprit susceptible d’atténuer les divergences et les clivages entre les gens de provenances et de croyances différentes. Elle le voyait, poursuit le restaurateur, comme un rempart contre les conflits. On comprendra qu’il ne fallait pas lui parler de sport violent. Elle n’aurait, d’ailleurs, jamais créé à partir d’un sport de combat.»

Le foot? Dans l’air du temps, il s’est imposé tout naturellement au moment où Juan Antonio Samaranch passait commande. Le jour du vernissage, le président du CIO lisait une autre évidence: entre les courbes généreusement audacieuses de la sculpture, il y voyait un heureux présage pour l’équipe suisse de foot, probable qualifiée pour l’aventure américaine de la Coupe du monde 1994. C’était dit, c’était inscrit dans leurs gènes: les Footballeurs de Niki de Saint-Phalle et ces compétitions internationales allaient vivre une longue complicité. En marge de l’Euro 2016, le prochain rendez-vous est fixé au Musée du sport de Nice. Autre raison de leur remise en forme!

A chaque retour sur une pièce qu’il a contribué à faire naître, Gérard Haligon revit une parcelle d’une intense histoire avec une «amoureuse de la vie». «Le jour où mon père l’a rencontrée, elle cherchait un artisan-mouleur. Il a immédiatement compris qu’avec ses envies de couleurs, ce serait une bonne cliente.» Comprenez… un nouveau défi pour la troisième et quatrième génération de Haligon, au service des artistes. L’arrière-grand-père a développé l’entreprise dans le sillage de Rodin, le grand-père dans ceux de Bourdelle et de Maillol, le père en travaillant avec Miró, Dubuffet, Botero, Diego Giacometti et Niki de Saint-Phalle. «Il y a eu des bons moments de délire et, souffle-t-il, quelques moments chauds. Elle n’était pas toujours facile; elle pouvait se mettre en colère quand la technique ne lui permettait pas de réaliser ses envies. Mais c’était une artiste avec qui le travail n’en était pas…»

Créé: 08.12.2015, 10h09

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