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La génétique du graffiti s’écrit par chapitre à Lausanne

Rendez-vous annuel avec les Romands, l’exposition éphémère de la galerie Kolly brise les murs avec cinq nouvelles signatures.

Gris 1 joue sur les références et les profondeurs.
Gris 1 joue sur les références et les profondeurs.
KOLLY GALLERY

L’art dans la rue, l’art en galerie… chez Julien Kolly, pas de contraires rédhibitoires, pas d’antinomies stériles: les mauvais garçons savent tomber le masque de l’illégalité et ne dédaignent pas les commandes officielles sur les murs des grandes villes! Certains y voient une façon de déjouer les affres de l’éphémère, d’autres une belle occasion de financer leur art du bitume, mais aucun ne lâche ni ne trompe sa part d’ombre. Loin d’un bête principe ou d’une posture, c’est un gage de crédibilité dans un monde encore en mal de règles où l’effet de mode banalise les fondamentaux. En déballant son expo pop-up, une fois l’an à Lausanne, le galeriste ne cesse de les rappeler.

Les bras tatoués, le col serré – ou, en d’autres termes, l’esprit libertaire et l’intransigeance du gardien du temple –, le passionné, passé par Yverdon et désormais établi à Zurich, suit la quête d’un patron du graffiti comme un fil rouge, comme une recherche en légitimité. «Who’s Your Daddy», l’exploration en est à son troisième chapitre, il s’ouvre ce jeudi jusqu’à dimanche avec, aux cimaises d’un sous-sol du Flon, cinq signatures. Cinq artistes qui n’ont donc pas abandonné la conquête de l’espace public mais qui viennent gagner une certaine pérennité en galerie. L’appel d’air est vivifiant, plus de 600 dossiers arrivent à la porte de la Kolly Gallery, extrêmement peu la passent, voire aucun!

«A la base, on a des grapheurs, des lettreurs qui écrivaient leur nom dans la rue ou sur les trains, la vague street est venue ensuite, avec notamment Space Invader, ce qui ne me dérangeait pas trop. Mais maintenant, assène Julien Kolly, on voit venir des artistes diplômés des beaux-arts en mal de visibilité qui assurent pouvoir faire «style graffiti». Or ce n’est pas… un style! Où est l’illégalité? Cette prise de l’espace public pour faire sa pub? Cette faculté de faire de l’art avant même d’avoir pensé être artiste?»

Défiant depuis des années leurs poursuivants – policiers ou médiatiques – les Allemands Moses & Taps sont de ces clandestins qui ont sprayé 1000 trains en 1000 jours et qui donnent une réplique plus feutrée en galerie tout en explosant d’autres codes, esthétiques cette fois. Fuyants, peut-être, mais références incontournables, ils sont dans les bagages de Julien Kolly. Comme le Parisien Gris1, subtil ordonnateur de mises en abyme du graffiti. Comme Steph Cop, sorti de la bidimensionnalité pour faire œuvre à la tronçonneuse à partir d’arbres tombés de fatigue dans les forêts franc-comtoises. Comme encore le Bâlois Sweet Uno, resté dans la furie de la poésie originelle, et le conteur romantique parisien SupaKitch. Tous sont des nouveaux venus à Lausanne – le principe de ces expositions pop-up –, mais tous sont des piliers de la scène graffiti, accrochés et collectionnés.

«On croit à une effervescence, on disserte même. Mais, reprend le galeriste zurichois, c’est un trompe-l’œil! Des artistes qui portent un vrai projet, capables de faire évoluer leur univers et de durer, il n’y en a pas à profusion. Par contre, s’il faut apprécier une ébullition, c’est dans l’évolution des tenants de la scène. Tous cherchent, essaient et commencent à s’extraire de la toile, leur deuxième support après le mur. Ils osent le carton, la résine, le verre, le bois. C’est là que se niche la véritable évolution.» Sauf qu’il y en a une autre, mais elle tient encore de l’espoir pour Julien Kolly, rêvant de l’entrée en scène du monde institutionnel. «Si, sur la dernière décennie, les prix ont augmenté – avec JonOne, par exemple, on est passé de 1000 à 15 000 ou 20 000 francs pour une pièce –, on doit désormais agrandir le cercle d’acteurs-prescripteurs. Il faut des expositions d’envergure muséale, autrement dit un regard, une sélection, une légitimation. Et, c’est une certitude, on va vers une épuration.»

Lausanne, Côtes-de-Montbenon 16 Je 14 sept (18 h-21 h), ve-di (12 h-18 h) www.kollygallery.ch

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