Le génie a vu ces pages de près

DocumentUn trésor de la Bibliothèque de Genève sort de l’ombre samedi 2 mars.

L'auteur du traité de géométrie au moment où il offre son ouvrage enrichi de dessins supervisés par Léonard de Vinci au duc de Milan.

L'auteur du traité de géométrie au moment où il offre son ouvrage enrichi de dessins supervisés par Léonard de Vinci au duc de Milan. Image: BGE

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Le temps d’un samedi, le traité de géométrie «De Divina Proportione» joue les vedettes à la Bibliothèque de Genève (BGE). Au lendemain d’un vendredi consacré aux communications scientifiques, le volume italien de 1498 est présenté au public de 10 à 16 heures dans l’Espace Ami Lullin de la BGE.

«Ce précieux volume manuscrit enrichi de dessins sera exposé de mai à juin aux Scuderie del Quirinale à Rome, dans le cadre du 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci», explique Paule Hochuli Dubuis, conservatrice des manuscrits de la BGE. «Il est normal qu’avant son séjour en Italie, ce trésor entré dans les collections de la bibliothèque en 1756 puisse être admiré par le public. La dernière fois qu’il est sorti de l’institution, c’était en 2006 pour une exposition sur la Renaissance italienne dans les collections genevoises à la Fondation Martin Bodmer.»


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Objet de collection, ce livre l’est à plus d’un titre. Par sa rareté, par son contenu (il y est question du nombre d’or) et par l’identité de son auteur, Luca Pacioli, un moine mathématicien ami de Léonard de Vinci. «Il n’existe que deux exemplaires du traité de Pacioli, l’un à Milan et l’autre à Genève. Ce dernier contient des dessins de polyèdres auxquels Léonard a vraisemblablement collaboré quand il se trouvait avec Pacioli à la cour du duc de Milan, Ludovic Sforza», affirme le professeur Mauro Natale, de l’Université de Genève. Ce spécialiste de la Renaissance italienne est le dernier orateur de la table ronde de vendredi sur «Un manuscrit de Léonard de Vinci à Genève?». Une question à laquelle l’érudit répond de manière positive: «Luca Pacioli cite Léonard dans l’exemplaire de Genève comme ayant pris part à l’élaboration des dessins. Les a-t-il tracés de sa main ou a-t-il seulement guidé leur exécution? Cela ne sera jamais tranché. Il n’en demeure pas moins que ce volume est très précieux et rarissime», conclut Mauro Natale.

À la BGE, «De Divina Proportione» est conservé aux Bastions, mais il rejoindra bientôt le nouveau dépôt municipal ultrasécurisé appelé Carré Vert. «Il y sera mieux qu’avant son tout premier sauvetage en 1915, lorsque son état de détérioration dû à l’humidité avait nécessité un bain de vapeur de formol», raconte Magali Aellen-Loup, conservatrice-restauratrice à la BGE. «Ce traitement désinfectant a semble-t-il ralenti le processus, mais une restauration complète du document a eu lieu de 1992 à 1996 par les soins d’Andrea Giovannini à Bellinzone, au Tessin. Pour consolider le parchemin et combler les trous formés par les micro-organismes, le restaurateur a utilisé une solution de fibres de parchemin dans une suspension hydroalcoolique.»

Depuis cette restauration, le manuscrit, dans sa couverture neuve, a retrouvé un bon état de santé. Seules les taches laissées par ses anciennes mésaventures témoignent de son passé agité. «Le bâtiment du collège où se trouvait la Bibliothèque de Genève avant de déménager aux Bastions a connu une inondation mémorable en 1825», relate Paule Hochuli Dubuis. «La détérioration du volume avait-elle commencé là? On sait que «De Divina Proportione» appartient à la bibliothèque depuis la mort d’Ami Lullin, donateur de sa collection de livres précieux à l’institution en 1756.»

Longtemps avant qu’Ami Lullin fasse venir de Paris les 88 manuscrits (dont celui de Pacioli) qu’il avait acquis en 1720 des héritiers des collectionneurs Paul et Alexandre Petau, Léonard de Vinci en personne est passé par Genève. «Il est probable qu’il est venu après avoir traversé les Alpes pour se rendre en France vers 1516», narre le professeur Natale. «Il fait à cette occasion des observations concernant les rives de l’Arve que l’on retrouve dans son «Codex Atlanticus», recueil de notes qui auraient pu servir à la rédaction d’un ou plusieurs traités qu’il n’écrivit jamais.»

Créé: 03.03.2019, 11h20

La Suisse, coffre-fort de ses «illégitimes»

Les expositions de son œuvre rarissimes en Suisse, c’est dans les endroits les mieux gardés du pays que Léonard de Vinci se fait remarquer. Que ce soit à un poste-frontière ou dans un coffre-fort! Ainsi notre pays abriterait l’une de ses Jocondes, sœur aînée du tableau le plus célèbre du Louvre. Connue sous le nom de la «Mona Lisa d’Isleworth», l’œuvre a passé entre les mains de différents propriétaires britanniques avant de trouver refuge à Zurich, après avoir été accrochée aux murs d’une régie immobilière lausannoise. Lors de son très médiatique retour, orchestré en 2012 à Genève par The Mona Lisa Foundation, un ingénieur pulliéran s’était souvenu dans ces colonnes qu’il avait vu ce sourire chez un ami. «Je lui avais dit: «C’est une belle reproduction que tu as là au mur, on dirait la vraie Joconde.» Comment ce portrait était-il arrivé à Lausanne et pourquoi? Mystère. Mais dans la foulée de cette discussion, avec les autres copropriétaires du tableau, les deux amis ont couru les experts et fait quelques tentatives sur le marché de l’art, sans succès! L’attribution de cette «Mona Lisa d’Isleworth» à Vinci toujours très contestée n’effraie pas ses propriétaires actuels, en 2012 à Genève: ils n’avaient pas économisé sur le bling-bling pour convaincre et pas davantage sur le récit des examens menés par un chapelet d’experts allant du spécialiste en sciences forensiques à l’historien de l’art.


La «Mona Lisa d’Isleworth» présentée à Genève en 2012 (Image: REUTERS)
Cliquer ici pour agrandir

Depuis, on ne sait si le tableau dort toujours en Suisse, mais le site internet de The Mona Lisa Foundation annonce des présentations européennes pour 2019 après quelques rares excursions à Singapour en 2014 et Shanghai en 2016. Authentique ou simplement projetée, l’ombre de Léonard de Vinci a plané deux fois encore sur la Suisse, en 2012, alors que «La Belle princesse» s’extrayait de son discret abri aux Ports Francs de Genève. Pièce attribuée au maître toscan par plusieurs léonardistes, elle est également revendiquée par un faussaire britannique. L’année suivante, brigades financières italiennes et suisses faisaient aboutir leur enquête dans une banque privée de Lugano, juste avant la vente pour 120 millions d’euros d’une huile représentant Isabelle d’Este. Or, si Léonard l’a bien dessinée (pièce conservée au Louvre), selon les experts rien n’atteste qu’il l’ait peinte. Florence Millioud Henriques

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