Les gens de l’ombre font aussi renaître le MCBA

EvénementLe Musée cantonal des beaux-arts est porté par la passion et le travail des employés. Rencontres.

Claudine Bergdolt, Laurent Burla, Sandrine Moeschler et Sandro Sciuto (Photos: Vanessa Cardoso)

Claudine Bergdolt, Laurent Burla, Sandrine Moeschler et Sandro Sciuto (Photos: Vanessa Cardoso) Image: Vanessa Cardoso

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Claudine Bergdolt, hôtesse d’accueil, 55 ans

Dans le vaste et majestueux nouveau hall d’accueil du Musée cantonal des beaux-arts, depuis le début de la semaine, Claudine Bergdolt prend enfin ses marques, soulagée après une longue période transitoire. «Depuis la fermeture officielle du MCBA au Palais de Rumine, dès la clôture de l’exposition Ai Weiwei en janvier 2018, on m’a placée dans différents secteurs, de la bibliothèque au secrétariat, explique-t-elle. Sans poste fixe ni endroit pour poser mes affaires, cette étape a été mouvementée. J’étais toujours en vadrouille!» Fidèle employée à la réception du musée, cette mère célibataire a aussi été témoin de nombreuses mutations qui ont rythmé la vie de l’institution. Sans jamais oublier la base d’un métier qu’elle affectionne depuis une trentaine d’années.

«Oui, les programmes informatiques ont modifié une partie de mon activité. Mais le contact avec les gens reste la clé de voûte de mes journées. Porté par la ponctualité, une présentation irréprochable, et surtout… le sourire quoi qu’il arrive!» Rayonnante et attentionnée, Claudine Bergdolt reconnaît sans problème tous les visiteurs fidèles qui reviennent et qu’elle appelle parfois même par leur nom. «Vous nous avez manqué, s’exclame un groupe de dames qui s’avancent, le regard affectueux. Ça fait tellement plaisir de vous retrouver!» En véritable professionnelle, celle qui se réjouit des nouveaux espaces prend déjà tout en main, et renseigne avec panache les personnes qui la questionnent. «Je reste toujours zen, impartiale, et je n’hésite jamais à prendre les doléances. Il faut toujours rester à l’écoute!»


Laurent Burla, gardien de salle, 49 ans

Laurent Burla, gardien de salle, a choisi l’aile ouest du premier étage pour discuter. Au milieu de la salle Flux, entouré de chefs-d’œuvre comme ceux du plasticien suisse John Armleder (1948) ou de l’incroyable «Au bord du Nil» de Paul Klee (1879-1940), l’homme confie, rêveur: «J’aime ces espaces en enfilade. Cette salle est intéressante puisqu’elle confronte des toiles anciennes et des œuvres contemporaines.» En parallèle à son amour toujours grandissant pour l’art – il peint aussi des portraits durant son temps libre –, Laurent Burla a déjà eu mille vies. Son enfance passée à Lausanne, il sort du système scolaire à la fin de l’école obligatoire, réalise un apprentissage de monteur en chauffage et s’engage sur divers chantiers. Puis il change de voie et passe dix années au service de Swisscom.

«En 1989, j’étais un des premiers hommes à travailler au Service de renseignement. 24 heures avait même écrit un papier à mon sujet, «Voix mâle au 111»! Toujours assoiffé de nouvelles découvertes, il quitte son emploi et devient jardinier de la ville, puis massothérapeute et enfin DJ! Au MCBA, il est d’abord auxiliaire dès 2016. Il y a trois mois, il obtient son premier contrat. «Le terme officiel est surveillant de musée, mais moi je préfère «gardien». Ça renvoie à quelque chose de plus poétique et d’ancien.» Tous les jours, l’homme se sent investit d’une mission. «J’ai le sentiment de défendre un patrimoine qu’il faut transmettre aux générations futures. Et je me sens proche des œuvres. Quand je suis seul, je leur parle.»


Sandrine Moeschler, médiatrice culturelle, 42 ans

Fidèle au Musée cantonal des beaux-arts depuis neuf ans, Sandrine Moeschler, responsable de la médiation culturelle, est restée très active durant l’année qui a précédé l’ouverture du nouveau bâtiment, même si le contact avec le public était moindre. «Cette période a été extrêmement riche. Nous avons pu enfin prendre du recul avec la pratique de terrain, tout en élaborant deux ouvrages pour accompagner les enfants dans leur découverte d’œuvres du musée.» Le premier, tactile pour les petits dès dix-huit mois, permet d’entrer dans les œuvres par le geste. Grâce au second, les enfants déjà lecteurs plongeront dans une quinzaine d’œuvres par le biais de récits. «Aujourd’hui la médiation dans les lieux culturels est devenue incontournable. Les attentes sont de plus en plus nombreuses et diverses. Il ne suffit pas de réaliser de magnifiques expositions pour attirer des personnes d’horizons variés.»

Sandrine Moeschler a étudié l’histoire de l’art pour décortiquer et expliquer les œuvres. «Aujourd’hui mon but est de décomplexer les gens face à l’art. Et j’essaie de l’atteindre en proposant plusieurs portes d’entrée dans les œuvres.» Proche du milieu de l’art dès sa plus tendre l’enfance et observant son père Jean-René, peintre, Sandrine Moeschler a ensuite vécu l’illumination en visitant une exposition de l’artiste américain Bill Viola. «Ce qui me passionne aujourd’hui au MCBA, c’est de travailler à partir d’œuvres de diverses périodes. J’aime inviter les gens à prendre le temps de regarder les œuvres et dialoguer avec eux. C’est très stimulant.»


Sandro Sciuto, contremaître maçon, 42 ans

«Pendant toute la période sur le chantier, une question me hantait: est-ce qu’on va y arriver?» Sandro Sciuto, contremaître maçon installé à Échallens, s’est donné corps et âme pour faire naître le nouveau bâtiment du MCBA, sans jamais obtenir la certitude qu’il pourrait respecter les délais. À la tête de La Transfo, une petite entreprise de génie civil située à Féchy, il s’est occupé de la construction de la base du bâtiment, ainsi que des extérieurs, des bordures en béton, des dallages et des caniveaux. Avec un père et un grand-père ayant pratiqué le même métier, c’est tout naturellement qu’il a trouvé son bonheur en suivant cette voie.

Mercredi, très ému par le résultat qu’il découvre lors d’une rencontre avec ses collègues ouvriers, il observe longuement toutes les lignes creuses de la façade nord. «Architecturalement parlant, ce lieu est parfait. Lors du travail, je ne pensais pas qu’il serait aussi beau. C’est un bâtiment rare.» Et de rajouter: «Lorsqu’on travaille pour une telle œuvre, on désire davantage s’y rendre à la fin pour admirer l’ensemble terminé. Par exemple, toutes les finitions du hall d’entrée sont extrêmement subtiles. En tant que maçon, on ne travaille que sur des matériaux bruts, mais on ne se rend pas bien compte des dernières touches.» Aujourd’hui il prévoit déjà d’emmener sa femme et son fils admirer les premières expositions. «J’ai participé à une œuvre symbolique, qui va rester longtemps. Pendant tout le processus de création, je suis rentré très fier le soir, en racontant à mon épouse que j’avais passé ma journée à faire un lieu utile à tous…»

Créé: 05.10.2019, 17h56

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