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Avec sa gouge, Franz Gertsch transperce les filtres du réel

Rare et plus rare encore en Suisse romande, le Bernois, 87 ans, offre une pause hors du temps et grand format au Musée Jenisch à Vevey.

L'exposition veveysanne réunit vingt-deux estampes, des prêts privés, des pièces conservées au Musée Jenisch et des prêts de l'artiste comme "Winter", 2016, xylographie (190 x 255, 6 cm).
L'exposition veveysanne réunit vingt-deux estampes, des prêts privés, des pièces conservées au Musée Jenisch et des prêts de l'artiste comme "Winter", 2016, xylographie (190 x 255, 6 cm).
COLLECTION DE L'ARTISTE

D’abord… elles forcent au recul, un réflexe face à la majesté. Mais aussi une question d’échelle et surtout l’effet d’un silence qui s’impose. Prégnant. Contemplatif. Subjectif. Empreintes d’une hypersensibilité humaine ou naturelle, les xylographies de Franz Gertsch monumentalisent la présence. Des visages s’élevant sur plus de deux mètres de haut. Des cours d’eau noire courant sur cinq mètres de large.

Puis… vient le temps du détail, irrésis­tible parce qu’attisé par la curiosité. On s’approche. On scrute la naissance de cette sensation de réel, l’origine de cet éclat si vivant dans les regards, le souffle si altier d’une feuille de pétasite blanc. D’où viennent-ils? Quelle est cette rare magie? Au-delà de l’ample intériorité d’un méditatif, elle peut se résumer au faire! Ou en d’autres mots, à la virtuosité d’un artiste saisissant la fugacité d’un instant mais œuvrant avec le temps, son savoir, sa patience, sa lenteur. Il s’expose au Musée Jenisch à Vevey, une rare opportunité de voir les gravures de ce Bernois de 87 ans en Suisse romande.

Avantage à l’être et à la nature

Vingt-deux estampes et une technique! Du geste gravé à celui de l’impression, elles se fient à la seule main de Franz Gertsch réinterprétant sur bois le savoir-faire du «cribé» ou l’art du XVe siècle de piquer le cuivre d’infimes points à l’aide d’une gouge. Essaimés par constellations, nuées ou densités, ces points modèlent, ils composent, ce sont eux qui disent l’essence. La matrice prête pour l’encrage, la main l’accompagne puis le temps de l’impression venu, c’est elle encore qui maîtrise mais cette fois aidée d’autres, vu l’ampleur de la tâche s’étendant sur des formats de plusieurs mètres. C’est cette main qui masse la feuille de papier japon, qui dicte ses pressions et passe le temps nécessaire à l’égalisation de la couleur.

«Dans notre monde des technologies visuelles, le pixel est l’unité qui définit l’image, chez Gertsch, c’est un geste qui fait des trous… ou pas! Et au moment de l’impression, les rythmes, les sensations, les encrages diffèrent d’une feuille à l’autre, glisse Rainer Michael Mason, l’auteur du catalogue raisonné et commissaire de l’exposition veveysanne. Sur un maximum de 36 épreuves – mais souvent beaucoup moins – on n’en trouve pas deux identiques, ce sont toutes des épreuves d’artiste. Lequel a aussi été un jeune graveur extraordinaire, capable de la même maîtrise que Dürer dans un autoportrait en 1955, et qui continue à graver aujourd’hui. Actuellement, il travaille sur quelque chose de très émouvant, de très beau: une femme jaillissant des vagues.»

Pas une rétrospective

Cet alchimiste couru dès la Documenta de 1972 à Kassel, vu avec ses gravures dès 1990 au MoMA à New York, ce peintre souvent rapproché des hyperréalistes, ce saisissant lecteur des traits de Patti Smith, Luciano Castelli, Markus Raetz comme d’anonymes, l’accrochage veveysan va le chercher aux prémices de sa mise au point technique, dans les années 1980. «On a voulu cette exposition panoramique, donnant des points de repère, explique Rainer Michael Mason. Mais ce n’est pas une rétrospective, ce n’est pas nécessaire.»

Dont acte! Aérienne, la présentation papillonne sur le fil de la rareté pour accompagner Franz Gertsch jusqu’à l’une de ses dernières xylographies, Sommer 2017. Le rapport à l’être, à la nature prend l’avantage. Portraits et paysages se mêlent, se chassent et se croisent comme une seule et même perception de la réa­lité avec au départ, toujours, la photographie. L’expérience du regard, de la vue, la question de la ressemblance, de la vraisemblance. Si elle sert de support à l’œuvre peint ou gravé, si sa facture, sa netteté classique et ses outils fondent son style, la photographie «rendu maximum du réel» pour l’artiste, est surtout un jalon, une frontière qui se dépasse à la recherche d’un autre vertige. A Vevey, c’est lui qui saisit, c’est lui qui guide vers et à travers un espace-temps différent.

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