Guy Brunet se fait son cinéma à l'Art Brut

Exposition Elevé dans un bain de pellicules hollywoodiennes, le créateur exposé pour la première fois à Lausanne écrit, réalise et anime ses propres films qui finissent toujours bien.

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Une dévotion sans limites, une immersion passionnée dans le monde du cinéma: la trajectoire de Guy Brunet ressemble à celle de Totò dans Cinema Paradiso sauf qu’elle n’a rien d’une fiction… Le souvenir de l’odeur de la pellicule comme du ronronnement des machines dans la cabine du projectionniste est toujours vif chez le créateur invité à la Collection de l’art brut. Et l’émotion à fleur de peau. Le cinéma qu’il habite en docte connaisseur, ce monde qui obnubile ses pensées et prolonge ses rêves, Guy Brunet l’a découvert dans l’ombre de son père, projectionniste et propriétaire d’une salle obscure dans l’Aveyron.

«Le week-end, il y avait jusqu’à trois séances pour un même film, se souvient-il. A la première, je me laissais porter par l’intrigue, à la deuxième je regardais le jeu des vedettes et après, le travail du réalisateur.» Avant de se faire son cinéma exclusivement à partir de matériaux recyclés, en créant les affiches, en dirigeant le casting puisé dans un réservoir de 800 silhouettes de carton à l’effigie de ses vedettes préférées, en réalisant les décors et en signant la mise en scène, Guy Brunet s’est donc fait sa propre école du cinéma. «J’avais 7 ans quand je me suis dit: pourquoi tu ne ferais pas réalisateur? Ça ne s’est jamais fait, je ne sais pas, glisse-t-il, est-ce que je suis né sous une mauvaise étoile?»

Ça ne s’est jamais fait… c’est lui qui le dit: à 70 ans, sa filmographie compte 14 longs-métrages – «les deux suivants sont en préparation» – et, dans la boîte à idées qu’il alimente depuis ses 16 ans, il y aurait plus de 350 scénarios. Tous finissent bien! «Petit, j’imaginais déjà changer la fin des films trop tristes. Le cinéma, c’est comme une fusée, on monte dedans et on regarde la Terre d’en haut.» Cette nécessaire distance avec un monde extérieur manquant de gaieté, Guy Brunet la cultive chez lui, au siège de sa maison de production Paravision (contraction de paradis et vision). Stakhanoviste la journée, il élabore silhouettes de carton, décors et affiches. Le soir, il tourne sévère avec lui-même et ne s’autorise que quatre heures de sommeil par nuit. Fasciné par le septième art, le créateur-réalisateur ne lui pardonne pas tout pour autant: il ne jure que par l’âge d’or hollywoodien qu’il réinvente à l’infini, mais tourne le dos au cinéma contemporain: «Il y a trop de sang qui coule, trop de réalité, ils ont démoli le cinéma de mon enfance.»

Sans étiquette
Ce cinéma de lumière, de toutes les lumières, Guy Brunet l’a infiltré en passionné compulsif. Passé des pages coloriées sur ses cahiers d’écolier aux formats mondiaux auxquels il offre une deuxième vie d’affiche cinématographique, des objets décorés aux boîtes de carton transformées en théâtre d’images, le créateur s’est affirmé dans son rôle. De plus en plus sophistiqué. De plus en plus impliqué. Mais, par-dessus tout, il est de la race des réalisateurs qui aiment les acteurs, qui cherchent et savent capter la vie dans le regard. De ceux qui aiment les gens.

Sans étiquette – art brut, modeste ou singulier – mais portée par une joie continue «d’offrir du rêve aux personnes, moi je ne peux pas être heureux dans ma vie», sa déclaration d’amour saute aux yeux tout au long de l’accrochage à la Collection de l’art brut. «Il y a là un grand théâtre d’ombres, reconnaît le commissaire Charles Soubevan. Généreux, bon, Guy Brunet n’est pas que cinéaste, il veut apporter du bonheur aux autres.» Ce bonheur au goût de fête permanente, ce bonheur au goût de l’enfance, que, solitaire, il rejoue en mettant en images un monde meilleur. (24 heures)

Créé: 03.06.2015, 10h09

800

C’est – environ – le nombre de figurines à l’effigie des stars du cinéma réalisées par Guy Brunet depuis 1994: ce sont ses acteurs et presque tous mesurent 1,38 mètre, la taille idéale pour ses films. L’exposition lausannoise en présente 150, des doubles que le créateur a réalisés pour les musées qui les lui demandent.Il conserve les silhouettes en carton originales chez lui afin de continuer son œuvre de réalisateur. Les prochaines? Guy Brunet les a déjà en tête: ce sera Emile Couzinet, producteur et réalisateur girondin, et Marcel Pagnol.

Guy Brunet fait de la Télé

En dates

1945 Naît à Viviez, commune d’un bassin minier de l’Aveyron. Ses parents y exploitent un cinéma, le Caméo.

1958  Seconde son père comme projectionniste jusqu’à ce que l’arrivée de la télévision dans tous les foyers solde l’activité familiale.

1973 Entame une série de jobs comme ouvrier dans les usines du bassin minier jusqu’en 1986 où il se retrouve
au chômage.

1994 Retourne à Viviez et commence son œuvre cinématographique.

2002 Vernit sa première exposition dans un musée, au Musée international des arts de Sète.

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