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«J’achète des artistes entre l’école et la notoriété»

Acteur très engagé sur la scène vaudoise de l’art contemporain, c’est en collectionneur que Laurent Delaloye se présente au Musée d’art de Pully.

L’exposition le démontre, le regard de Laurent Delaloye se pose aussi bien sur le figuratif que sur l’abstrait.
L’exposition le démontre, le regard de Laurent Delaloye se pose aussi bien sur le figuratif que sur l’abstrait.
PHILIPPE MAEDER

Dites-lui que sa collection d’art contemporain est vivante. Et Laurent Delaloye, qui se définit comme un «passionneur» – dans une contraction personnelle de passionné et de passeur – adore. Les Armleder, Koller, Rittner, Bouvier Ausländer, Scherrer, cette somme de signatures rayonnant avec ou depuis le canton de Vaud «correspond, dit-il, au fait que je suis en vie». Comprenez que l’homme est un curieux activiste, il conseille, commente, chronique (notamment dans 24 heures), il court aussi les écoles d’art, fréquente les ateliers, traque les lieux d’expositions insolites et, surtout, il aime surprendre les artistes à un moment de leur évolution entre «l’école et la notoriété». C’est là qu’une collection peut se construire, Laurent Delaloye le fait depuis trente ans, et c’est donc un petit extrait – mais significatif – que le Musée d’art de Pully accroche dans une exposition-dossier.

Aujourd’hui, vous avez plusieurs centaines de pièces, souvent des petits formats pour pouvoir en exposer un maximum, mais le déclic, d’où vient-il?

C’est presque une tradition familiale! Mon grand-père, mon père collectionnaient, et avec mes frères, nous avons toujours été entourés d’œuvres d’art. Il était évident que nous allions faire la même chose. Mais quand j’ai commencé, c’était en bon petit soldat, sur les mêmes terres qu’eux et trop heureux de dénicher une vue gravée de Lausanne donnée comme une pièce rare que je pouvais glisser dans un cadre à la feuille d’or. Puis il y a eu ce déclic dans l’atelier de Natacha Anderes, l’une des fondatrices du collectif lausannois Circuit. Elle présentait des pièces faites de pâte à modeler sur toile. J’ai acheté! Jamais je n’avais imaginé que la matière pouvait être ainsi détournée, transformée. Cet univers de possibles est, depuis, devenu l’un des traits forts de ma collection, ce que l’on voit n’est pas forcément ce qui est. J’aime quand rien n’est dit au premier regard. Voilà ce qui m’interpelle en permanence au sein d’une démarche de collectionneur qui suit l’artiste dans son évolution entre l’école et la notoriété.

L’interstice peut être vaste, très ouvert mais aussi plus risqué. Les étudiants qui sortent des écoles d’art ne sont pas tous des artistes, même si parfois on le leur laisse croire…

D’abord, pour parler très franchement, je m’en fous de me tromper! Mais avant l’acte d’achat, je fais plusieurs passages, je vais dans les classes de première, de deuxième année, en propédeutique et j’avoue que, spontanément, au lieu d’avoir un regard balayant toute la volée, il s’oriente toujours sur une ou deux personnes. Je les suis, je les regarde évoluer. Et si je devais faire une synthèse, ce sont souvent des sensibilités, des personnalités artistiques qui par la suite sont devenues visibles à un plus grand nombre. Et par la seule force de leur art.

Le canton de Vaud, votre territoire de chasse, fait preuve d’une rare ébullition et notamment dans les arts plastiques. Comment se frayer un chemin en évitant d’éventuelles coteries?

Avant tout, j’aimerais dire que cette ébullition est bien réelle et qu’elle n’a rien de fabriqué. Ensuite, je discute beaucoup, je cherche la cohérence, j’attends de l’œuvre qu’elle me raconte une histoire. Parfois, je peux être séduit sur le papier. Mais en arrivant à l’atelier, ça part dans tous les sens et c’est non! Mais quand une pièce me parle, quand il y a cette cohérence entre l’art et l’artiste, on sent la force s’installer, un peu comme lorsqu’on tombe amoureux. Après… il y a aussi l’expérience, elle permet de faire la différence entre les bonnes écoles et les gens qui se présentent par exemple au Montreux Art Gallery.

Être collectionneur d’art contemporain, c’est le droit d’aimer ou pas. Ce sont aussi des devoirs?

Complètement. J’essaie de transmettre, d’offrir le plus de visibilité possible aux artistes, comme à travers cette exposition au Musée d’art de Pully, et de parler d’eux. Ce que je fais à travers les chroniques publiées dans divers médias ou en travaillant sur un projet éditorial concernant les jeunes artistes. Mon devoir est là, faire cette lumière entre l’école et la notoriété afin de transmettre, aussi, tout ce que ces artistes m’ont donné.

Un travail qui pourrait aussi être celui de l’institution…

Je trouve aussi! J’espère qu’avec Plateforme 10, la possibilité sera donnée de voir la jeune création de façon permanente.

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