«J’aimerais inciter à regarder longuement»

PortraitDes expositions à Mont-sur-Rolle et Lausanne ainsi qu’une riche monographie célèbrent Claire Nicole. Une artiste qui a fait vœu de silence pour ne pas décrire.

A l’atelier, Claire Nicole perd toute notion du temps.

A l’atelier, Claire Nicole perd toute notion du temps. Image: PATRICK MARTIN

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Dans son atelier des hauts de Lausanne, Claire Nicole a sorti «quelques petites choses». Ses œuvres, ses souffles multiples, ses éclats de liberté, ses odes à l’informe, des… petites choses? Les sourcils en froncent d’incrédulité! Confrontée à son péché de modestie, l’artiste se retranche, le rire nerveux, et passe vite à autre chose.

Par exemple, les livres. Ces livres d’artiste qu’elle façonne, objets, à un exemplaire ou à tirage restreint. Ces incidences spontanées avec les mots des autres, ces témoins d’une fascination pour le verbe poète que la Bibliothèque cantonale universitaire rassemble en ce moment dans un parcours à travers le sensible.

Tri des images

Portée par une vague d’événements simultanés dont un accrochage à la Galerie Isabelle Gétaz, à Mont-sur-Rolle, la prolifique Lausannoise s’arrête aussi sur la très belle monographie à peine sortie de presse. «Combien de nuits blanches pour faire le tri des images? Il est vrai que cet ouvrage traverse une bonne partie de ma vie… Mais, rassure-t-elle, c’est une étape, pas une fin.»

C’est aussi la déposition d’une évolution continue, l’histoire d’une œuvre porteuse de ses propres gènes dès le départ. «J’ai ressorti des travaux du temps où j’étais encore à l’école (ndlr: dans les années 60), c’est fou, le noir-blanc y était déjà, l’écrit aussi. Comme si je savais ce qui allait arriver. Quand je pense que j’y étais déjà et que, sourit-elle, il a fallu tous ces détours…» Totalement libre, tenant l’équilibre entre l’intelligible et l’inaccessible, à la fois fluide et dense, la régénération vient de l’intérieur.

Ces livres d’artiste, cette très récente inclinaison pour le noir et ses nuances infinies, ces «petites choses»! Finalement, pourquoi pas. Même si l’œil conditionné à la quête de repères verra parfois une silhouette s’incarner dans une ombre qui passe, s’il cherchera une référence végétale ou géométrique, jamais l’œuvre de la Lausannoise ne se trahit: elle poétise l’informe. Elle engendre aussi le vide. «Il en faut, il faut créer des vides.» Des silences.

A l’abri des bruits

Claire Nicole s’arrime à la matière, ces terres qu’elle amasse depuis toujours pour les broyer et désormais ces bois de châtaignier qu’elle brûle et concasse. Rivée au toucher comme à une religion, l’artiste caresse cette matière, elle l’appose au doigt, au chiffon, à la fourchette ou même avec une pique à thon ramenée de Chine «pour sa beauté». Ou encore avec ces vieux pinceaux, des compagnons de vie à même de continuer son geste.

«J’ai toujours aimé toucher. En balade, je ne peux m’empêcher de prendre dans les mains une branche, un caillou, une feuille. D’ailleurs, confie-t-elle, aux beaux-arts, le prof me voyait sculpteur.» Claire Nicole est devenue cette peintre et graveur qui a fait de l’indépendance de la matière une règle. Une énergie. Une dynamique. Même si elle fuit les classifications, l’abstrait ne lui fait pas peur: le mot lui va. «Je pars du principe que tout est déjà dans la nature, on n’invente rien, on met juste en forme différemment sans exprimer quoi que ce soit.»

Son atelier souvent fermé à clé dans un geste très symbolique, Claire Nicole y est à l’abri d’un monde qui s’est emballé et s’enferre dans le «mensonge». L’artiste s’y sait, elle s’y sent protégée. Sans aller jusqu’à brandir l’acte de résistance, elle admet l’obstination à faire ce qu’elle fait pour «inciter à regarder lentement, longuement.» Son propre biorythme pour créer. Lentement. Longuement. Sans montre! Elle n’en porte jamais. «Quand je ne travaille pas plusieurs jours de suite – le cas en période d’exposition – je me sens comme étrangère à moi-même.»


Mont-sur-Rolle, Galerie Isabelle Gétaz Décrochage aujourd’hui (13 h-17 h) www.galerie-igetaz.ch Lausanne, BCU Riponne Jusqu’au di 9 avril 2017. tlj (8 h-23 h) www.bcu-lausanne.ch

Créé: 26.11.2016, 20h01

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