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Le Japon se découvre brut

A Lausanne, sur les 25 créateurs exposés, beaucoup ne l’ont jamais été. C’est dire si la rencontre est galvanisante.

Déjà très jeune, Itsuo Kobayashi s’est intéressé à ce qu’il y avait dans son assiette, en dessinant le contenu précis. Au moment de se lancer dans la vie active, il trouve un travail dans un restaurant. Et s’il a dû cesser cette activité il y a une dizaine d’années en raison d’une névrite handicapante, il a continué de dessiner tous ses repas, mentionnant tous les détails.
Déjà très jeune, Itsuo Kobayashi s’est intéressé à ce qu’il y avait dans son assiette, en dessinant le contenu précis. Au moment de se lancer dans la vie active, il trouve un travail dans un restaurant. Et s’il a dû cesser cette activité il y a une dizaine d’années en raison d’une névrite handicapante, il a continué de dessiner tous ses repas, mentionnant tous les détails.
CLAUDINE GARCIA

Tous les jours, un feuillet après l’autre, Itsuo Kobayashi laisse parler ses goûts culinaires dans son journal qui tient beaucoup de l’intime. Sushis. Sashimis. Teriyakis. Il dessine et note tout, de la composition du plat à ses saveurs. Kazumi Kamae, elle, investit ses hérissantes céramiques de son amour pour le directeur de l’institution dans laquelle elle vit. Exposés à la Collection de l’art brut, à Lausanne, il y a aussi les myriades de petits cercles de Hiroyuki Doi qui constellent l’espace de leur poésie en même temps qu’ils dessinent un cosmos imaginaire. Ou encore ces portraits photographiques que Fumiko Okura assemble, créant une farandole humaine aussitôt déshumanisée d’un trait de crayon ravageur.

L’envie de poursuivre l’inventaire de ces formes venues d’ailleurs, de se laisser aspirer par ces intentions nouvelles, se rapproche sans doute, un peu, de celle d’un explorateur en terres inconnues. Enfin… presque inconnues! Tant ces créateurs et leurs travaux – peints, dessinés, photographiques ou encore sculptés – parlent le langage universel de l’art brut. Familier. Souvent à fleur de peau. Et si spontanément expressif.

Longtemps sa reconnaissance s’est limitée à l’Europe, avant de franchir nombre de frontières. Voilà l’heure du Japon venue, les projecteurs des institutions braqués en nombre sur ses créateurs. À Paris, la Halle Saint-Pierre propose le deuxième volet d’«Art brut japonais»; en 2017, c’était Nantes et Le lieu unique qui déroulaient «Komorebi». Mais Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l’art brut, n’y voit pas un nouvel eldorado palliant l’essoufflement d’un autre, pas plus que le début d’un tour des géographies de l’art brut.

«Nous continuons à découvrir des auteurs sous nos latitudes, le Lausannois Diego en est l’une des récentes et intéressantes preuves. Quant au Japon, notre institution l’a montré en 1997 déjà puis en 2008. Aujourd’hui, poursuit-elle, il s’agit de lever un certain malentendu sur cet Aaru buryutto dont la reconnaissance est encore subordonnée à une volonté politique d’intégrer les handicapés dans la société japonaise. Or le handicap pas plus que la folie n’ont été et ne sont des critères!»

Nana Yamazaki travaille, ou plutôt retravaille, ses vieilles chemises en leur offrant une deuxième vie d’objets sculptés dans un atelier d’art textile; Ryuji Nomoto enchevêtre ses projections de colle chaude dans un autre. Pourtant, des 25 auteurs présentés à Lausanne, si tous créent dans la marge d’un art officiel, tous ne vivent pas en institution. Edward M. Gómez, commissaire de l’exposition, en a débusqué un certain nombre. «Plus que des étiquettes forcément limitantes, ce sont, appuie-t-il, des visions artistiques que nous défendons en même temps que leur richesse et leur singularité.»

Issei Nishimura redessine le vivant d’un trait suprémaciste, Akina Miura rassemble les êtres que le temps a séparés, Momoka Imura compacte les tissus jusqu’à leur donner une texture minérale: les voix sont ardentes, elles s’expriment dans la différence, émotionnellement plus puissantes que celles qui cherchent absolument à la faire.

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